Toi, refer %o fatale puissance
Hélas ! ainsi que vous j'invoquai V Espérance ; Mon esprit abusé but avec complaisance
Son philtre empoisonneur :
C'est elle qui poussant nos pas dans les abîmes, De festons et de fleurs couronne les victimes
Qu'elle livre au Malheur.
Si du moins au hasard il décimait les hommes,
Ou si sa main tombait sur tous tant que nous sommes
Avec d'égales lois !
Mais les siècles ont vu les âmes magnanimes, I^a beauté, le génie, ou les vertus sublimes,
Victimes de son choix.
Tel, quand des dieux de sangi voulaient en sacrifices Des troupeaux innocents les sanglantes prémices a
Dans leurs temples cruels, De cent taureaux choisis on formait l'hécatombe, Et l'agneau sans souillure, ou la blanche colombe,
Engraissaient leurs autels.
Créateur tout-puissant, principe de tout être, Toi pour qui le possible existe avant de naître,
Roi de l'immensité, Tu pouvais cependant, au gré de ton envie, Puiser pour tes enfants le bonheur et la vie
Dans ton éternité !
1. Dikux DR sang, the gods of paganism. Translate de sang by blood-tbiraty. X Prkmicxs, note the inverted order of this sentence.
Sans t' épuiser jamais, sur toute la nature Tu pouvais à longs flots répandre sans mesure
Un bonheur absolu :
L'espace, le pouvoir, le temps, rien ne te coûte. Ah ! ma raison frémit ! tu le pouvais sans doute,
Tu ne Tas pas voulu.
Quel crime avons-nous fait pour mériter de naître ? L'insensible néant t'a-t-il demandé l'être,
Ou Pa-t-il accepté ? Sommes-nous, 6 hasard, l'œuvre de tes caprices? Ou plutôt, Dieu cruel, fallait-il nos supplices
Pour ta félicité ?
Montez donc vers le ciel, montez, encens qu'il aime, Soupirs, gémissements, larmes, sanglots, blasphème,
Plaisirs, concerts divins ; Cris du sang, voix des morts, plaintes inextinguibles, Montez, allez frapper les voûtes insensibles
Du palais des destins !
Terre, élève ta voix ; cieux, répondez ; abîmes, Noir séjour où la mort entasse ses victimes,
Ne formez qu'un soupir !
Qu'une plainte éternelle accuse la nature, Et que la douleur donne à toute créature
Une voix pour gémir ! -^-- * '^
74 I*HS PORTES FRANÇAIS.
Du jour où 1 la nature, au néant arrachée, S'échappa de tes mains comme une œuvre ébauchée,
Qu'as- tu vu cependant ?
Aux désordres du mal la matière asservie, Toute chair gémissant, hélas ! et toute vie
Jalouse du néart ! 2
Des éléments rivaux les luttes intestines,
Le Temps, qui flétrit tout, assis sur les ruines
Qu'entassèrent ses mains, Attendant sur le seuil tes œuvres éphémères ; 3 Et la mort étouffant, dès le sein de leurs mères,
Les germes des humains !
La vertu succombant sous l'audace impunie, L'imposture en honneur, la vérité bannie ;
L'errante liberté Aux dieux vivants * du monde offerte en sacrifice ; Et la force, partout, fondant de l'injustice
Le règne illimité ?
La valeur sans les dieux décidant les batailles / Un Caton 6 libre encor déchirant ses entrailles Sur la foi de Platons; 6
1. Du jour où, from the day when. Note ou In French, whlle when 1s used in English.