‹ Les poètes français du XIXe siècle;Chapitre 84 sur 393 · V. HtJGO · texte numérisé non relu

V. HtJGO

On entendit des voix qui disaient dans la nue :

— " Jeune ange, Dieu sourit à ta gloire ingénue ;

" Viens, rentre dans ses bras pour ne plus en sortir ; " Et vous, qui du Très-Haut, racontez les louanges,

" Séraphins, prophètes, archanges, " Courbez- vous, c'est un roi ; chantez, c'est un mar-

[tyr!"

— " Où donc ai-je régné ? demandait la jeune ombre. "Je suis un prisonnier, je ne suis point un roi.

4< Hier je m'endormis au fond d'une tour sombre. €l Où donc ai-je régné ? Seigneur, dites-le-moi. " Hélas ! mon père est mort d'une mort bien amère j 1 " Ses bourreaux, 6 mon Dieu, m'ont abreuvé de fiel : u Je suis un orphelin ; je viens chercher ma mère, " Qu'en mes rêves j'ai vue au ciel.' '

Les anges répondaient : — " Ton Sauveur te réclame. lt Ton Dieu d'un monde impie a rappelé ton âme. " Fuis la terre insensée où l'on brise la croix, " Où jusque dans la mort descend le régicide.

" Où le meurtre d'horreur avide, ' * Fouille dans les tombeaux pour y chercher des rois!" 2

1. Mon péri est mort d'une mort bien amèrk. Louis XVI was beheadad January 21st 1793.

2. Rois. It is said that the remains of LouU XVI were exbumed and thrown tr' tb/«win4s.

— " Quoi ! de ma longue vie ai-je achevé le reste? " Disait-il ; " tous mes maux, les ai-je enfin soufferts ? t( Est-il vrai qu'un geôlier, de ce rêve céleste, " Ne viendra pas demain m' éveiller dans mes fers ? / Captif, de mes tourments cherchant la fin prochaine, "J'ai prié, Dieu veut-il enfin me secourir?

" Oh ! n'est-ce pas un songe ? a-t-il brisé ma chaîne ? 1 ' Ai-je eu le bonheur de mourir ?

" Car vous ne savez point quelle était ma misère ! " Chaque jour dans ma vie amenait des malheurs : " Et lorsque je pleurais, je n'avais pas de mère, " Pour chanter à mes cris, pour sourire à mes pleurs. " D'un châtiment sans fin languissante victime, " De ma tige arraché comme un tendre arbrisseau, ''J'étais proscrit bien jeune, et j'ignorais quel crime "J'avais commis dans mon berceau.

I ' Et pourtant, écoutez : bien loin dans ma mémoire, " J'ai d'heureux souvenirs avec ces temps d'effroi ; "J'entendais en dormant des bruits confus de gloire, " Et des peuples joyeux veillaient autour de moi.

" Un jour tout disparut dans un sombre mystère ; "Je vis fuir l'avenir à mes destins promis :

"Je n'étais qu'un enfant, faible et seul sur la terre, " Hélas ! et j'eus des ennemis.

" Ils m'ont jeté vivant sous des murs funéraires ;

II Mes yeux voués aux pleurs n'ont plus vu le soleil,

•' Mais vous que je retrouve, anges du ciel, mes frères,

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