LE GÉANT
Les nuées du ciel elles-mêmes craignent que je ne vienne chercher mes ennemis dans leur sein.
MONTENABRI.
O guerriers ! je suis né dans le pays des Gaules, Mes aïeux franchissaient le Rhin comme un ruisseau, Ma mère me baigna dans la neige des pôles Tout enfant, et mon père, aux robustes épaules, De trois grandes peaux d'ours décora mon berceau.
Car mon père était fort ! I/âge à présent l'enchaîne. De son front tout ridé tombent ses cheveux blancs. Il est faible ; il est vieux. Sa fin est si prochaine, Qu'à peine il peut encor déraciner un chêne Pour soutenir ses pas tremblants !
C'est moi qui le remplace! et j'ai sa javeline, Ses bœufs, son arc de fer, ses haches, ses colliers ; Moi ! qui peux, succédant au vieillard qui décline, Les pieds dans le vallon, m' asseoir sur la colline, Et de mon souffle au loin courber les peupliers )