LES DJINNS
Murs, ville, Et port, Asile De mort, Mer grise Où brise La brise, Tout dort.
Dans la plaine Naît un bruit, C'est rhaleine De la nuit.
Elle brame Comme une âme Qu'une flamme Toujours suit.
I^a voix plus haute Semble un grelot. — D'un nain qui saute C'est le galop :
Il fuit, s'élance, Puis en cadence Sur un pied danse Au bout d'un flot.
h Djinn, a name given to bad splrits by the Arabs,
Io6 tES POÈTES FRANÇAIS.
La rumeur approche ; L'écho la redit.
C'est comme la cloche D'un couvent maudit ; — Comme un bruit de foule, Qui tonne et qui roule, Et tantôt s'écoule Et tantôt grandit
Dieux ! la voix sépulcrale
Des Djinns ! — Quel bruit ils font !
Fuyons sous la spirale
De l'escalier profond !
Déjà s'éteint ma lampe,
Et l'ombre de la rampe,
Qui le long du mur rampe,
Monte jusqu'au plafond.
C'est l'essaim des Djinns qui passe.
Et tourbillonne en sifflant.
Les ifs, que leur vol fracasse, Craquent comme un pin brûlant, Leur troupeau lourd et rapide, Volant dans l'espace vide, Semble un nuage livide Qui porte un éclair au flanc.
Ils sont tout près ! — Tenons fermée Cette salle où nous les narguons.