‹ Les poètes français du XIXe siècle;Chapitre 89 sur 393 · V. HUGO. IO · texte numérisé non relu

V. HUGO. IO

Quel bruit dehors ! hideuse armée De vampires et de dragons !

La poutre du toit descellée Ploie ainsi qu'une herbe mouillée, Et la vieille porte rouillée Tremble à déraciner ses gonds !

Cris de l'enfer ! voix qui hurle et qui pleure ! L'horrible essaim, poussé par l'aquilon, 1 Sans doute, 6 ciel ! s'abat sur ma demeure.

Le mur fléchit sous le noir bataillon.

La maison crie et chancelle, penchée, Et l'on dirait que, du sol arrachée, Ainsi qu'il chasse une feuille séchée, Le vent la roule avec leur tourbillon I

Prophète! 2 si ta main me sauve De ces impurs démons des soirs, J'irai prosterner mon front chauve Devant tes sacrés encensoirs !

Fais que sur ces portes fidèles Meure leur souffle d'étincelles Et qu'en vain l'ongle de leurs ailes Grince et crie à ces vitraux noirs!

Ils sont passés ! — Leur cohorte S'envole et fuit, et leurs pieds Cessent de battre ma porte De leurs coups multipliés.

1. Aquilon, a poetical name of the riorth vrind* % Prophète, refera hère to Mohamed.

io£ Ies poètes français.

I/air est plein d'un bruit de chaînes, Et, dans les forêts prochaines, Frissonnent tous les grands chênes, Sous leur vol de feu plies !

De leurs ailes lointaines

Le battement décroît,

Si confus dans les plaines,

Si faible que Von croit

Ouïr la sauterelle

Crier d'une voix grêle

Ou pétiller la grêle

Sur le plomb d'un vieux toit

D'étranges syllabes Nous viennent encor ; — • Ainsi des Arabes Quand sonne le cor,* Un chant sur la grève Par instants s'élève, Et l'enfant qui rêve Fait des rêves d'or !

Les Djinns funèbres»

Fils du trépas, Dans les ténèbres Pressent leurs pas ;

L Cor, conitrne -.quand sonne le cor tes Arabe*.

Août 1828.

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