‹ Les poètes français du XIXe siècle;Chapitre 94 sur 393 · Itour, refera to the two preceding Unes · texte numérisé non relu

Itour, refera to the two preceding Unes

v. hugo. .:: j

Ma fille, va prier ! — D'abord, surtout, pour celle Qui berça tant de nuits ta couche qui chancelle, Pour celle qui te prit jeune âme dans le ciel, Et qui te mit au monde, et depuis, tendre mère, Faisant pour toi deux parts dans cette vie amère, Toujours a bu l'absinthe et t'a laissé le miel?

Elle ignore — à jamais ignore-les comme elle I Ces misères du monde où notre âme se mêle ; Faux plaisirs, vanités, remords, soucis rongeurs, Passions sur le cœur flottant comme une écume, Intimes souvenirs de honte et d'amertume Qui font monter au front de subites rougeurs !

Moi je sais mieux la vie ; et je pourrai te dire, Quand tu seras plus grande et qu'il faudra t'instruire, Que poursuivre l'empire, et la fortune et l'art, C'est folie et néant ; que l'urne aléatoire 2 Nous jette bien souvent la honte pour la gloire, Et que l'on perd son âme à ce jeu de hasard !

Va donc prier pour moi ! — Dis pour toute prière : — Seigneur, Seigneur mon Dieu ! vous êtes notre père, Grâce, vous êtes bon ! grâce, vous êtes grand ! — laisse aller ta parole où ton âme l'envoie ; Ne t'inquiète pas, toute chose a sa voie, Ne t'inquiète pas du chemin qu'elle prend !

1. A jamais IGNORB-LB8 oommh bllb ! May you ignore them erer m ahe did.

1 L'UBMK ALKATOIRS, la CAOfKK, U hCUOrO, la/brttffM.

114 ^ s POETES FRANÇAIS.

Il n'est rien ici-bas qui ne trouve sa pente.

Le fleuve jusqu'aux mers dans les plaines serpente ;

L'abeille sait la fleur qui recèle le miel.

Toute aile 1 vers son but incessamment retombe :

L'aigle vole au soleil, le vautour à la tombe,

L'hirondelle au printemps et la prière au ciel !

Lorsque pour moi vers Dieu ta voix s'est envolée, Je suis comme l'esclave, assis dans la vallée, Qui dépose sa charge aux bornes du chemin ; Je me sens plus léger : car ce fardeau de peine, De fautes et d'erreurs qu'en gémissant je traîne, Ta prière en chantant l'emporte dans sa main I Juin 1830.

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