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LE NEZ

Heureux comme un César je suis à cette guerre

Où l'on combat armé d'un grand pot et d'un verre :

Plutôt un coup de vin me perce et m'entre au corps

Qu'un boulet qui, cruel, rend les gens sitôt morts.

Le cliquetis que j'aime est celui des bouteilles;

Les pipes, les tonneaux pleins de liqueurs vermeilles.

Ce sont là mes canons, qui battent sans faillir

La soif, qui est le fort que je veux assaillir.

Je trouve, quant à moi, que les gens sont bien bêtes

Qui ne se font plutôt au vin rompre la tête

Qu'aux coups de coutelas en cherchant du renom.

Que leur chaut, étant morts, que l'on en parle ou non ?

De trop boire frappée, une tête en réchappe,

Sent bien un peu de mal lorsque le vent la happe.

Mais, quand on a dormi, le mal s'en va soudain.

A ces grands coups de Mars, tout remède y est vain.

Il vaut bien mieux cacher son nez dans un grand verre

Il est mieux assuré qu'en un casque de guerre :

Pour cornette ou guidon suivre plutôt on doit

Les branches d'hière ou d'if qui montrent où l'on boit.

Olivier Basselix (1).

•mode de son temps : rondeaux, virelais, chants royals, etc

est surtout la ballade qu'il affectionne : il en existe plus de 1.200 clans son œuvre. Deschamps combattit les Anglais aux côtés de Charles V et de Charles VI. C'est vraisemblablement à Charles V, qui ne goûtait de la poésie que le côté utilitaire, que nous devons de découvrir dans l'œuvre

■hamps tant de pièces consacrées à l'hygiène, à l'éducation, à la morale, etc. Eustache Deschamps s'intéressait .1 tout, écrivait sur tout et critiquait tout, depuis les mœurs corrompues de la Cour jusqu'à l'emploi de la truffe dans 1 alimentation, en passant par les usuriers, les avocats, les femmes, les prêtres, etc. Il est en outre l'auteur de notre

i- Art poétique : L'Art de dicter et faire chanson*. ballades, virelais et rondeaux.

ivier Basselin, foulon de Vire-en-Normandie, vivait au xve siècle. Compositeur de poésies et de chansons gaîl-

e1 bachiques connues sous le nom de Vaux-de-Vire.

lition est muette sur les détails de sa vie. On ignoi

t iiuix UK roxsiss 1 1

EPITRE AU ROI POUR AVOIR ETE Dl-ROin (1)

On dit bien vrai. la BMTO&ise {fortune

Ne vient jamais qu'elle n'en apporte une Ou deux ou trois avérants elle, Sire. \""tre cœur noble en saurait bien que dure] Et moi, chétif, je ne suis roi ni rien. L'ai éprouvé, et vous conterai bien.

Si vous voulez, comme vint la besogne. J'avais un jour un valet de Gascogne Gourmand, ivrogne et assuré menteur.

Pipeur, larron, jureur, blasphémateur, Sentant la hart de cent pas à la ronde. Au demeurant, le meilleur fils du monde.

1 •• vénérable billot fui averti De quelque argent que m'aviez départi. Et que ma bourse avait grosse apostume : Si se leva plus tôt que de coutume Et me va prendre en tapinois icelle. Puis vous la mt t très bien sous son aisselle. \ >nt et tout (cela se doit entendre), Et ne crois point que ce fut pour la rendre Car oncques puis n'en ai oui parler. Bref, le vilain ne s'en voulut aller Pour si petit; mais encore il me happe Saye et bonnet, chausses, pourpoint et cappe : De mes habits, en effet, il pilla Tous les plus beaux, et puis s'en habilla Si justement, qu'a le voir ainsi i Vous l'eussiez pris en plein jour pour son mi

jusqu à la date de son déci -. L< - oeuvri - dt Basselin furent

- par Jean Le Soux, continuateur des

Vaux-de-Vire 9 la fin du xvi siècle Des éditions <ie l'œuvre

fin vieux foulon furent j n 1 1 ■ ] i »"- « - en 1670, isll (par .M. An sru-tin ! m par M. Louis Dul \i. ju

Lien Travers . La meilleure <ie toutes est celle de r i Varia de-Vire d'Olivier BûsseUn • / <// Jean Le Bom Paris, Adolphe Delab ! 1521.

2 LES rOETES HUMORISTES

Finalement, de ma chambre, il s'en va Droit à l'étable, où deux chevaux trouva ; Laisse le pire, et sur le meilleur monte, Pique et s'en va. Pour abréger le conte. Soyez certain qu'au partir du dit lieu N'oublia rien fors à me dire adieu.

Ainsi s'en va, chatouilleux de la gorge. Le dit valet, monté comme un Saint-George, Et vous laissa Monsieur dormir son soûl. Qui au réveil n'eût su finer d'un sou. Ce Monsieur-là, Sire, c'était moi-même Qui, sans mentir, fus au matin bien blême Quand je me vis sans honnête vêture Et fort fâché de perdre ma monture ; Mais de l'argent que vous m'aviez donné Je ne fus point de le perdre étonné ; Car votre argent, très débonnaire Prince, Sans point de faute est sujet à la pince. Bientôt après cette fortune-là, Une autre pire encore se mêla De m'assaillir, et chaque jour m'assaut Me menaçant de me donner le saut Et de ce saut m'envoyer à l'envers Rimer sous terre et y faire des vers.

C'est une lourde et longue maladie De trois bons mois, qui m'a toute étourdie La pauvre tête, et ne veut terminer. Ains me contraint d'apprendre à cheminer, Tant affaibli m'a d'étrange manière, Et si m'a fait la cuisse héronnière.

Que dirai plus ? au misérable corps

Dont je vous parle il n'est demeuré fors

Le pauvre esprit, qui lamente et soupire

Et en pleurant tâche à vous faire rire.

Et pour autant, Sire, que suis à vous

De trois jours l'un, viennent tâter mon pouls

Messieurs Braillon, Le Coq, Akaquia

Pour me garder d'aller jusqu'à quia.

Tout consulté, ont remis au printemps

CHOIX. DK POÉSIES 18

Ma guérison : mais, à ce que j'entends,

Si je ne puis au printemps arriver,

Je suis taillé de mourir en hiver,

Et en danger, si en hiver je meurs,

De ne pas voir les premiers raisins meurs.

Voilà comment, depuis neuf mois en ça,

Je suis traité. Or, ce que me laissa

Mon larronneau long temps a, l'ai vendu,

Et en sirop et julep dépendu ;

Ce néanmoins, ce que je vous en mande :

N'est pour vous faire ou requête ou demande :

Je ne veux point tant de gens ressembler

Qui n'ont souci autre que d'assembler ;

Tant qu'il vivront, ils demanderont, eux;

Mais je commence à devenir honteux,

Et ne veux plus à vos dons m'arrêter.

Je ne dis pas, si voulez rien prêter,

Que ne le prenne. Il n'est point de prêteur.

S'il veut prêter, qui ne fasse un debteur.

• ez vous, Sire, comment je paie?

Nul ne le sait, bï premier ne l'essaie; Vous me devrez, si je puis, de retour, Et vous ferai encores un bon tour, A cette fin qu'il n'y ait faute nulle, Je vous ferai une belle cédule A vous payer, sans usure s'entend, Quant on verra tout le monde content ; Ou si voulez, à payer ce sera Quand votre los et renom cessera.

i sentez que suis faible des reins Pour vous payer, les deux princes Lorrains Me piégeront. Je les pense si ferm Qu'ils ne fauldront pour moi a l'un «les termes. Je sais assez que vous n'avez pas peur Que je m'enfuye ou que je sois trompeui : Mais il fait bon assurer ce qu'on pri Bref, votre paye, ainsi que je l'arrête, K.-t aussi sûre, advenant mon trépas, Comme advenant que je ne meure pas.

1 'l LES TOETES HUMORISTES

Advisez donc si vous avez désir De rien prêter, vous me ferez plaisir ; Car, puis un peu, j'ai bâti à Clément, Là où j'ai fait un grand déboursement ; Et à Marot, qui est un peu plus loin : Tout tombera, qui n'en aura le soin.

Voilà le point principal de ma lettre.

Vous savez tout, il n'y fault plus rien mettre ;

Rien mettre, las ! certes, et si, ferai.

Et, ce faisant, mon style j'enflerai,

Disant : 0 Roi, amoureux des neuf Muses,

Roi, en qui sont leurs sciences infuses,

Roi, plus que Mars d'honneur environné.

Roi, le plus Roi qui fût onc couronné,

Dieu Tout Puissant te doint pour t'étrenner

Les quatre coins du monde gouverner,

Tant pour le bien de la ronde machine,

Et pour autant que. sur tons en es digne.

Clément Marot il).

(1) Clément Marot, de Cahors. en Quercy (1497-1544). Très indépendant de caractère et de facture, il ne doit rien ni à la lecture des anciens ni à l'étude en général. Valet de chambre de Marguerite de Valois, il n'eut guère que deux maîtres littéraires : la vie et la Cour. Sa spontanéité e1 son franc-parler lui valurent une vie presque aussi mouvementée que celles de Villon et de Théophile de Vian. Emprisonné pour hérésie, puis pour avoir rossé le guet, vagabondant a travers toute la France, étourdi incorrigible, sans le sou à chaque tournant de sentier, il ne quitte un instant pour cela ni son insouciance de gai luron, ni sa bonne humeur, ni sa désinvolture, ni sa grâce, ni sa franchise. Ses malheurs lui fournissent des sujets d'épîtres. de badinages, de eoqs-à-l'ûne — et tout cela est spirituel, élégant, en termes précis et choisis, en vers ciselés finement. Les poésies de Marot sont simples comme les causeries d'un homme libre, expérimenté, joyeux, sensible quand il faut, nerveux à souhait et mordant quand cela - Clément Marot est le descendant direct des derniers trouvères. A consulter : Les Œuvres de Clément Marot ae Cahors, en Quercy valet de chambre <iu roy avec une biographie par Georges Guiffrey (J. Schémit. éditeur .

. HOIS ni. POESIES

LA POUDBE MX PUCES

Pour son plaisir, non d'argent trop muni,

Faifeu alla d'esprit non immuni

Pour mieux user de cautelle ou miracle,

Chez les Bretons vendre le tyriacte,

En se vantant qu'il guérit de tous maux,

Sans y faillir, tant sont-ils anormaux.

Bref, quand eut fait bien ou mal ses reputes,

Il s'en alla vendre la poudre aux puces.

Il avait fait force petits cornets,

Pour affronter tous ces jolis cornets

Où n'y avait que sciure de bois

Bien fort poudré. A donc à ses abois

Chacun accourt : lors en fit bonne vente

Car, pour tout vrai, publiquement se vante

Que les puces toutes fera mourir.

Là eut argent pour son fait secourir,

Tant et si bien, qu'il fut assez content.

Que bien sont fous de là s'être amusés Sans qu'il leur dit la manière d'user De la poudre que il leur a vendue; A l-'aifeu va, sans faire autre attendue, Lui demander la manière et la sorte Qu'il faut user de la poudre qu'il porte. Il lui répond, sans faire long caquet, Que mettre faut les puces en paquet, Puis les prendre chacune seule à seule Et leur pousser la poudre dans la gueule : Toutes mourront sans faire long séjour. Lois chacun rit d'avoir eu celuy jour Tel passe-temps, et si bonne réponse; Mais, tout soudain, le galland fit esponse A.vec l'argent qu'eut par Bon plaisant jeu : Il s'en alla. . a dire adieu.

I il u:i.k de Bordk;.\é (1).

i: Charles «le Bordtgué, né a Angers, Sa vie demeure assez mystérieuse. <>u ignore la date de sa naissance et

SONNET

Ha ! que je porte et de haine et d'envie Au médecin qui vient, soir et matin, Sans nul propos tâtonner le tétin, Le sein, le ventre et les flancs de ma mie !

Las ! Il n'est pas si soigneux de sa vie Comme elle pense ! Il est méchant et fin. Cent fois le jour il la visite afin De voir son sein qui d'aimer le convie.

Vous qui avez de sa fièvre le soin, Parents, chassez ce médecin bien loin.

Ce' médecin, amoureux de Marie,

Qui fait semblant de la venir panser.

Qu'il plût à Dieu, pour le récompenser, Qu'il eût son mal et qu'elle fût guérie !

Konsard (1).

celle de sa mort. Tout ce que l'on peut affirmer, c'est qu'il jouissait d'une certaine réputation en 1530 et que, malgré sa qualité de prêtre ; il était libertin. Ses poésies sont généralement assez lestes.

(1) Pierre de Ronsard, né au Château de la Poissonnière, dans le Vendômois, le 25 février 1525, d'une famille ancienne et noble originaire de Hongrie. Elevé à Paris, au Collège de Navarre qu'il quitta, dégoûté de l'étude, pour devenir page du duc d'Orléans qui le donna à Jacques Stuart, roi d'Ecosse. Par la suite, le duc d'Orléans se l'attacha de nouveau et l'employa à diverses négociations. Ronsard accompagna Lazare Baïf, à la Diète de Spire et dans ses conversations avec ce savant il prit le goût des lettres. Il apprit le grec en même temps qu'Antoine Baïf, fils de Lazare, sous la direction de Dorât, puis se livra tout entier à la poésie. « Ses vers furent tant estimés, dit le Dictionnaire historique, littéraire et critique publié à Avignon en 1759 (T. V.). que l'on n'eut rien de meilleur en notre langue. » Il fut estimé et protégé par les rois Henri II, François II, Charles IX et Henri III et mourut à Saint-Côme de Tours, l'un de ses bénéfices, le 27 décembre 1585. Il admit dans ses

CHOIX DE TOÉSIES \~i

SONNET

() qu'il est doux le plaisant jeu d'aimer! Qui eût pensé une telle délice?

Si c'est cela que l'on appelle vice, Le vice ainsi joie se peut nommer.

Il fallait donc le faire plus amer, Chagrin, pleurant, mauvais, plein d'artifice ; Non gai. riant, naturel, sans malice, Comme est l'amour qui me fait enflammer.

Si le vice est d'avoir douce allégresse, La vertu donc est pleine de tristesse : Chaque chose a sa contrariété.

Si Vertu pleure et que le Vice rie.

Le philosophe est gonflé de folie; Car rire duist à notre humanité.

Le Capitaine La.sphrise (1).

SONNET

Avoir peu de parents, moins de train que de rente. Et chercher en tout temps l'honnête volupté, Contenter ses désirs, maintenir sa santé, Et l'âme de procès et de vices exempte

vers le mélange des différents dialectes des provinces tran et babilla à la française une quantité prodigieuse de termes grecs. C'est pourquoi on possède de cet admirabli rlmeur plus de poésies qu'on n'eu lit. Le meilleur choix de ivres est dû au délicat poète Auguste Dorchain [La Chefs-d'Œuvre lyrique» de Ronsard et de son école, M vol., Percbe, éditeur.) L'oraison funèbre de Ronsard fut prononcée par le cardinal du Perron.

i Marc de Papillon, dit le Capitaine Lasphrise (1555 1G00). Amateur d'un talent agréable. On ne connaît de lui que quelques poésies.

1S LES TOETES HUMORISTES

A rien d'ambitieux ne mettre son attente, Voir ceux de sa maison en quelque autorité. Mais sans besoin d'appui garder sa liberté, De peur de s'engager à rien qui mécontente ;

Les jardins, les tableaux, la musique, les vers,

Une table fort libre et de peu de couverts.

Avoir bien plus d'amour pour soy que pour sa dame,

Etre estimé du Prince, et le voir rarement,

Beaucoup d'honneur sans peine et peu d'enfants sans femme.

Font attendre, à Paris, la mort fort doucement.

• Yaitquelin des Yveteaux (1).

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