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LE MINISTRE D'ETAT FLAMBÉ

Mazarinade (2)

Page, vite, ôte-moi mon pot, Il me servira d'écritoire.

Mais pour bien barbouiller ce sot, Non pas en style de Marot,

(1) Poète très divers, né à Paris (1610-16G0). On trouve dans ses innombrables poèmes de circonstance, de la brutalité et de la préciosité, de la bouffonnerie et du désespoir, de la gauloiserie et de l'émotion. On peut le considérer comme l'annonciateur de Molière. Il épousa la petite-fille d 'Agrippa d'Aubigné qui fut plus tard Mme de Maintenon. Perclus de rhumatismes jusqu'à l'infirmité, sa vie ne fut qu'une longue souffrance supportée avec héroïsme. Ses œuvrrs 1rs plus célèbres sont : le Virgile, travesti et le Roman comique.. Son épitaphe, vraiment touchante, dans laquelle il rappelle ses douleurs, est mémorable :

« Celui qui cy maintenant dort

« Fit plus de pitié que d'envie

« Et souffrit mille fois la mort

« Avant que de perdre la vie.

« Passant, ne fais ici de bruit,

« Prends garde qu'aucun ne l'éveille,

« Car voici la première nuit

« Que le pauvre Scarron sommeille. »

(2) Chanson politique contre Mazarin. Marigny excellait dans ce genre. « ...En fit-on des Mazarinades à l'époque île « la Fronde ! Il est vrai que, bien souvent les poètes sati- « riques obéissent plutôt à leur rancunes personnelles qu'à •< un sentiment de patriotisme sincère. Les Marigny, les • l!lot, les Barrillons, Scarron lui-même, dans cette guerre « que le grand Condé, avec un peu trop d'indifférence,

( m >TX DE POÉSIES Siil

Mais en style bouffi de gloire, Et pour le peindre en astarot, Cherche de l'encre la plus noiic!

Sans savoir pourquoi ni conum •le sens en moi quelqu'un qui jase:

C'est une Muse assurément Qui, poui Mazarin seulement, V£e monte aujourd'hui sur Pégase.

Mais à ce nom quel changement !

Ce cheval tremble tomme un aze !

Cette encre est noire comme un four, favorable présage !

auvais démon de la cour En aura de:-sns le \ isa je.

Ah! ah! je vous tiens, Mazarin.

malin de notre France Qui, pour obséder son destin,

ie soir et le matin.

Main basse dessus sa pitance :

A ce i oup, \ uns serez très fin Si vous évitez la potence.

Oui, vous tranchiez du Fier-à-bras Ki pensiez, dans ce mal extrême, Xi. us couper les jambes et bras, deux draps, Traiter noble et bourgeois de même, El réduire le Mardi-Gras, Cette année à faire carême.

r i vous, pernicieux Agent,

- hevaux j< ûnent à la crèche :

Vous avez volé notre argent :

lail la guerre des pots de chambre » accumulent sur l'Italien des pasquils, les triolets, les chansons, les

■ vaudevilles, les sonnets, les épîtres, el ce tas de pièces a tout l'air d'une énorme facétie carnavalesque » l. Fonsny

a '. y\n doorenO

Il n'est endroit où le sergent N'ait fait quelque mortelle brèche, Et par vous le peuple indigent Ne sait de quel bois faire flèche.

Ce fut lors que les délicats Virent bien votre perfidie, Que vous riiez à tour de bras Des farceurs dont vous faisiez cas Pour faire sotte comédie, Cependant qu'ailleurs nos soldats Jouaient leur propre tragédie.

Vous pensiez, fauie de morceaux.

Mettre à nos jours de courtes bornes : Mais depuis peu, chapons et veaux.

Bécasses, moutons, lapereaux, g Nous empêchent bien d'être mornes :

Paris est fourni de pourceaux Et crève de bêtes à cornes.

Cependant la Pomme de pin,

La Chasse, l'Echarpe et la Coupe.

L'Aigle, les Faisans, le Dauphin.

Le Cormier et le Gros Raisin

Ont toujours, depuis, quelque troupe

Confuse de voir que le vin

N'y reproche rien à la soupe.

C'est là que nous bénissons tous Nos ressentiments légitimes, Que nous voyons, à deux genoux.

Les traits qu'Apollon contre vous Décoche tous les jours en rimes, Et qu'il s'y boit autant de coups Que vous avez commis de crimes.

Cyrano de Bergerac (1).

(1) Savinien Cyrano de Bergerac, né en 1G20. Mort en 1G.">") Disciple de Tristan l'Hermite. Improvisateur d'une imagination stupéfiante. Son œuvre, mélange brillant et hardi de burlesque, de libertinage et de préciosité, restera comme une

CHOIX DE POÉSIES

\ Il AISE

On apprenti marchand était,

Qu'avec droit Nicaise on nommait,

Garçon très neuf hors sa boutique

Et quelque peu d'arithmétique ;

Garçon novice dans tous les tours

Qui se pratiquent en amours.

Bons bourgeois, du temps de nos pères,

S'avisaient tard d'être bons frères;

Ils n'apprenaient cette leçon

Qu'ayant de ia barbe au menton.

Ceux d'aujouid'hui, sans qu'on les flatte,

Ont soin de s'y rendre savants

Aussitôt que les autres gens.

Le jouvenceau de vieille date,

Possible, un peu moins avancé,

Par les degrés n'avait passé.

Quoi qu'il en soit, le pauvre sire

En très beau chemin demeura,

Se trouvant court par celui-là :

C'est par l'esprit que je veux dire.

Une belle pourtant l'aima,

C'était la fille de son maître,

Fille aimable autant qu'on peut l'être,

Et ne tournant autour du pot,

Soit par humeur franche et sincère,

Suit qu'il fût force d'ainsi faire,

Etant tombée aux mains d'un sot.

Quelqu'un de trop de hardiesse

Ira la taxer ; et moi, non :

Tels procédés ont leur raison.

Lorsque l'on aime une déesse,

Elle fait ces avancesdà.

Notre belle savait cela.

des plus attachantes >t ûei plus pittoresq-es de notre littérature. A citer : la .Voit A'Agripptne ><■ Pédant i<>ur, comédies, et le fameux ouvrage Autre Momie, voyage Imaginaire

dans les astres.

Son esprit, ses traits, sa richesse.

Engageaient beaucoup de jeunesse A sa recherche ; heureux serait Celui d'entre eux qui cueillerait.

En nom d'hymen, certaine chose Qu'à meilleur titre elle promit Au jouvenceau ci-dessus dit : Certain dieu parfois en dispose, Amour nommé communément.

Il plut à la belle d'élire Four ce point l'apprenti marchand.

Bien est vrai, car il faut tout dire.

Qu'il était très bien fait de corps, Beau, jeune et frais ; ce sont trésors Que ne méprise aucune dame, Tant soit son esprit précieux.

Pour une qu'Amour prend par l'âme, Il en prend mille par les yeux.

Celle-ci donc, des plus galantes,

Par mille choses engageantes

Tâchait d'encourager le gars,

N'était chiche de ses regards.

Le pinçait, lui venait sourire,

Sur les yeux lui mettait la main,

Sur le pied lui marchait enfin.

A ce langage, il ne sut dire

Autre chose que des soupirs.

Interprètes de ses désirs.

Tant fut, à ce que dit l'histoire.

De part et d'autre soupiré,

Que leur feu dûment déclaré.

Les jeunes gens, comme on peut croire,

Ne s'épargnèrent ni serments,

Ni d'autres points bien plus charmants.

Comme baisers à grosse usure ;

Le tout sans compte et sans mesure :

Calculateur que fût l'amant.

Brouiller fallait incessamment ;

La chose était tant infinie.

i lloIX DK POÉSIES

Qu'il y faisait toujours abus.

Somme tout, il n'j manquait plus Qu'une seule cérémonie.

Bon Eait aux filles l'épargner.

( '■ ne Eut pas sans 1-. Œl< ! 2

Bien du regret, bien de l'envié.

1 ! vous, disait la belle amie, •Je me la veux Caire ensei Ou ne la savoir de ma vie.

Je ti saurai, je vous promets :

Tenez-vous certain désormais De m'avoii pour votre apprentie Je ne puis pour vous que ce point; Je suis franche: n'attendez poinl Que, par un langage ordinaire, .!>■ vous promette de me faire Religieuse, à moins qu'un jour L'hymen ne suive notre amour.

Cet hymen serait bien mon compte, N'en doutez point; mais le moyen?

Vous m'aimez trop pour vouloir rien Qui me pût causer de la boule.

Tels et tels m'ont l'ait demander ; Mon père est prêt de m'accorder :

Moi je vous promets d'espérer Qu'à qui ce soit qu'on m'engage, Soit conseiller, soit président.

Soit veille ou jour de mariage, Je serai vôtre auparavant, Et vous aurez mon pucelage. »

Le garçon la reinei cia

Comme il put. A huit jours de là,

11 s'oflre un parti d importance,

La belle dit à son ami :

« Tenons-nous en à celui-ci,

Car il est homme, que je pense.

A passer la chose an gros sas. »

La belle en étant BUT ce cas, On la promet : on la commence:

LES TOETES HUMORISTES

Le jour des noces se tient prêt.

Entendez ceci, s'il vous plaît.

Je pense voir votre pensée Sur ce mot-là de commencée.

C'était alors, sans point d'abus.

Fille promise, et rien de plus.

Huit jours donnés à ia fiancée.

Comme elle appréhendait encor Quelque rupture en cet accord, Elle diffère le négoce Jusqu'au propre jour de la noce, De peur de certain accident Qui les fillettes va perdant.

On mène au moutier cependant Notre galande encor pucelle :

Le oui fut dit à la chandelle.

L'époux voulut avec la belle S'en aller coucher, au retour.

Elle demande encor ce jour, Et ne l'obtient qu'avecque peine ; II fallut pourtant y passer.

Comme l'aurore était prochaine, L'épouse, au lieu -Je se coucher.

S'habille. On eût dit une reine.

Rien ne manquait aux vêtements. Perles, joyaux et diamants :

Son épousé la faisait dame.

Son ami, pour la faire femme.

Prend heure avec elle au matin :

Ils devaient aller au jardin Dans un bois propre à teile affaire ; Une compagne y devait faire Le guet autour de nos amants, Compagne instruite du mystère.

La belle s'y rend la première, Sous le prétexte d'aller faire Un bouquet, dit-elle à ses gens.

Xicaise, après quelques moments.

La va trouver ; et le bon sire,

Cbabgb (uni m. la ( -<> 1 1 1 1 - 1 1 k (XVLIi siècle.

LES TOETES HUMORISTES

Voyant le lieu, se met à dire :

« Qu'il fait ici d'humidité !

Foin ! votre habit sera gâté ; Il est beau, ce Ferait dommage,:

Souffrez, sans tarder davantage, Que j'aille quérir un tapis.

— Eh ! mon Dieu ! laissons les habits, Dit la belle toute piquée ;

Je dirai que je suis tombée.

Pour la perte, n'y songez point:

Quand on a temps si fort à point,

I! faut en user, et périssent

Tous les vêtements du pays !

Que plutôt tous les beaux habits

Soient gâtés, et qu'ils se salissent,

Que d'aller ainsi consumer

Un quart d'heure ! un quart d'heure est cher !

Tandis que tous les gens agissent

Pour ma noce, il ne tient qu'à vous

D'employer des moments si doux.

Ce que je dis ne me sied guère ;

Mais je vous chéris, et vous veux

Rendre honnête homme, si je peux.

— En vérité, dit l'amoureux, Conserver étoffe si chère

Ne serait point mal fait à nous.

Je cours; c'est fait; je suis à vous: Deux minutes feront l'affaire. »

Là-dessus, il part, sans laisser Le temps de lui rien répliquer.

Sa sottise guérit la dame ;

Un tel dédain lui vint en l'âme.

Qu'elle reprit dès ce moment

Son cœur, que trop indignement

Elle avait placé. « Quelle honte !

Prince des sots, dit-elle en soi,

Va, je n'ai nul regret de toi :

Tout autre eût été mieux mon compte.

Mon ben ange a considéré

CHOIS 1>K POESIES

Que tu n'avais pas méi Lté Une Faveur si pré\ ieuse ;

•le ne veux plus être amoureuse

Que de mon mari; j'en fais vœu.

Et de peur qu'un reste de feu

A le trahir ne me rengage,

•le vais sans tarder davantage,

Lui porter un bien qu'il aurait

Quand Nicaise en son lieu serait, i

A ces mots, la pauvre épousée

Sort du bois, fort scandalisée.

L'autre revient, et son tapis:

Mais ce n'est plus comme jadis.

Amants, la bonne heure ne sonne

A toutes les heures du jour.

J'ai lu dans l'alphabet d'amour

Qu'un galant près d'une personne

Va toujours le temps comme il veut:

Qu'il le prenne donc comme il peut.

Tous délais y font du dommage :

Nicaise en est un témoignage.

Fort essouffle d'avoir couru,

Et joyeux de telle prouesse,

Il s'en revient, bien résolu

D'employer tapis et maîtresse.

Mais quoi! la dame en bel habit.

Mordant ses lèvres de dépit,

Retournait vers la compagnie,

Et de sa flamme bien guérie,

Possible allait dans ce moment.

Pour se' venger de son amant.

l'm ter a son mai i la ibose

Qui lui causait ce dépit-là.

Quelle chose? c'est celle-là

Que fille dit toujours qu'elle a.

Je le crois; mais d'en mettre ja

Mon doigt au feu, ma foi ! je n'ofe :

Ce que je sais, c'est qu'en tel ras

Fille qui ment ne pèche pas.

Grâce à Nicaise, notre belle,

Ayant sa fleur en dépit d'elle, # S'en retournait tout en grondant Quand Nicaise, ia rencontrant :

« A quoi tient, dit-il à la dame, Que vous ne m'ayez attendu Sur ce tapis bien étendu? Vous seriez en peu d'heure femme.

Retournons donc sans consulter :

Venez cesser d'être pucelle, Puisque je puis, sans rien gâter.

Vcus témoigner quel est mon zèle.

— Non pas cela, reprit la bel]-1 :

Mon pucelage dit qu'il faut Remettre l'affaire à tantôt.

J'aime votre santé. Nicaise.

Et vous conseille auparavant De reprendre un peu votre vent :

Or, respirez tout à votre aise.

Vous êtes apprenti marchand.

Faites- vous apprenti galant.

Vous n'y serez pas sitôt maître !

A mon égard, je ne puis être Votre maîtresse en ce métier.

Sire Nicaise, il vous faut prendre Quelque servante du quartier.

Vous savez des étoffes vendre Et leur prix et leur perfection :

Mais, ce que vaut l'occasion.

Vous l'ignorez; allez l'apprendre! »

La Fontaine (1).

. (1) Je ne pense pas que l'on puisse refuser à La Fontaine le titre d'humoriste. Nul auteur français ne l'est plus ou mieux que lui. Les Contes ont été écrits pour la duchesse de Bouillon, exilée dans sa terre de Château-Thierry. La Fontaine donna par là une preuve de plus de sa fidélité et de son dévouement à ses amis. « Les contes, écrit M. G. Lanson, c'est la pure tradition des auteurs champenois et picards, c'est l'inspiration du fabliau avec un peu de l'art de Boccace. » Mcaise parut pour la première fois en 1665. La Fontaine (1621-1695) avait alors U ans. Qu'on ne s'étonne

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