‹ Les poètes humoristesChapitre 2 sur 85 · HUMOUR · texte numérisé non relu

HUMOUR

A Monsieur S. C0L0NNA-CÉSAR1

n affectueux et reconnaissant

II n'est pas mauvais dt profiter d'un livre gai pour don-

* ru i au lecteur, bien disposé par le titre, quelques renseignements sérieux et pour essayer de lui faire admettn quelques vérités dites pédantes. J'ai assez usé de ce procédé peu loyal (1) pour l'avouer à présent et je puis h faire sans danger car j'abuserai moins que d'habitude, aujourd'hui, de la patience de mon public. Il me suffira de faire appel à son i><>n sens poui qu'il me lise. Il est impossible, en effet, il me semble, de lire un choix d'oeuvres humoristiques sans chercher à définir l'humour.

« Les préfaces sont faites pour ne pas être lues » écrivait naguère Alphonse Daudet dans une préface </i>i fut lue nui tout le monde. J< rappelle ce mot pour les lecteurs tutoies à V excès <t j'ajoute, d'avance, afin que le plaisir qu'il pi mlront à feuilleter ce recueil soit sans mélange s'ils passent la préface, que nous n'arriverons pas à donner dt I humour une définition parfaite — ce qui ne veut point dire que nous ne le définirons pas. Au contraire, trouverons d'innombrables rit-finition* de l'humour.

D'une part, Adolphe Brisson déclare: « Le terme général d'humoriste comporU des subdivisions qu'il est inté-

i v. Les Poètes libertins, Les Chansonniers gaillards et, en collaboration avec M.-C. Poinsot : Les Poètes patriottfoi irs sociaux Louis-Michaud, éditeur).

cessant d'indiquer et des nuance* <jui, dans la langue cou rante, ne sont pas assez précises » (1). D'autre part, M. F. Baldensperger, le seul lettré français qui ait étudié la question à fond, constate: « ~U 'humour sert d'enseigne à une hôtellerie fort spacieuse où l'histoire littéraire offre l'hospitalité à des voyageurs qui doivent s'étonner de se trouver ensemble autant peut-être que les étrangers avec qui Candide fut à talile à Venise ». C'est trop juste. Le suisse G. Keller, les anglais Fiefding, Sterne et Swift, les allemands Ee.utcr et Seidel, les américains Artemus Word, Edgar Poe et Mark Twain, les écossais Carlyle et Un ni s. le norvégien Holberg, les français Georges Courte/ i ne. Tristan Bernard, Jean Lorrain ou Alphonse Allais sont aussi différents les uns des autres qu'il est possible. Leur influence sur leur temps, leur manière d'exprimer, leur conception personnelle de l'existence et l'aspect général de leur œuvre offrejit une absolue disparité. Pourtant, il n'y a ni abus de langage ni sophisme à les grouper tous sous la désignation d'humoristes. Je ne succomberai 2,as à '" tentation de faire de l'humour à propos de l'humour. Allons plutôt au fond de la question. Et d'abord remontons à l'origine.

Nous nous sommes accoutumés, en bons adeptes <lr la doctrine classique, à laisser nos humoristes en dehors de ce (lui, donne à notre littérature foute sa grandeur et toute sa signification. Nous avons rejeté en marge de nos pages glorieuses, les excentriques et les burlesques: les Cyrano de Jlerr/i rac, les Scarron, bien d'autres à qui on commence ù rendre justice et, comme le remarquait, il y a dix ans, M. Baldensperger, notre admiration officielle « n'a adopté qu'avec bien des réserves dis humoristes avant la lettre comme Rabelais ». Car si le mot est récent et exotique, la chose existe depuis toujours dans notre trésor littéraire. Pour une fois, le Français, classi ficafeur par essence, est en défaut. Il s'est laissé distancer de beaucoup par les septentrionaux étrangers qui considèrent, depuis deux siècles, l'humour comme un « mode autonome d'expression littéraire avec ses formules, ses procédés, ses recettes, et même

i) Nos humoristes. Préface.

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