LE BERGER
... Si vo's v'iez pas vo's taire Vous fous man saibot pou' les dents (2). 'Saivez, quand i'seus en colère I' seus vif c'ment dix vieux carcans.
I' vo's dis qu'i' veut lai justice
Et seurtout qu'on m'rend' mes mo'tons !
Si' en faut fa're 1' sacrifice
'Irai, vo's l'jure, en Cassation!...
Charles Jabœuf (3).
(1) Coups.
(2) Je vous lance mon sabot par les dents.
(3) Cette pièce, caractéristique de la finesse et de la naïveté paysannes, est écrite en patois du Morvan, l'un des moins connus de nos dialectes locaux, l'un des plus originaux et celui qui se rapproche le plus, par sa littérature moderne, très peu volumineuse d'ailleurs, de la saveur des fabliaux. Comparez avec le Prestre qui fu mis au lardier (p. l) et aussi avec le patois berrichon d'Hugues Lapaire : Insolent (p. 121), les Petits Coc/io??s (p. 122) et le Souhait (p. 124). L'auteur de la Justice des Bergers, Charles Jabœuf, né à Rouge, près Arnay-le-Duc (Côte-d'Or), le 17 août 1829, eut la vie la plus mouvementée qu'il soit possible d'imaginer. — Après ses années de séminaire à Autun (Saône-et- Loire) il renonce à la carrière ecclésiastique et s'embarque à Anvers, à 24 ans, pour l'Amérique. De 1854 à 1860 il séjourne au Mexique (Monterrey et Gadereita-Jimenez). à New-York, New-Brunswick, Baltimore, la Nouvelle-Orléans, Chicago, Yonkers (N. Y.), Montgomery (Alabama), Somer-
CHOIX DE rOESIES