OASIS
Pendant l'un des innombrables banquets offerts à Willette pour fêter sa promotion dans la Légion d'honneur, le poète Hugues Delorme, conversant avec Catulle Mendès, se plaignait de la rareté des vrais poètes : « Non, non, répondit Mendès, les bons rimeurs ne manquent point ; mais on les connaît mal. Ainsi j'ai lu, par hasard, des vers charmants d'un certain Bobèche... » Le propos ayant été rapporté à Léon Valbert (Bobèche), celui-ci répondit à l'auteur de Scarron par les vers suivants :
Quand je regarde en arrière Le long chemin parcouru Dans ma piteuse carrière De rimailleur incongru,
Bien souvent je me chapitre, Me disant : « Bougre d'outil, « De tes boniments de pitre « Plus tard, que restera-t-il ?
« Mieux eût valu que tu prisses « Ton luth pour chanter, nigaud, « Oh ! oh ! les impératrices...
« Ou le Savon du Congo !
CHOIX DE TOESIES
« Lorsqu'à la gloire nouvelle j. On rêve d'accéder, on
« Extirpe de sa cervelle
« Cinq actes pour l'Odéon...
« Mais de la tienne, embrumée, « N'exigeant rien, tu voulais « Décrocher la renommée i Avec des versiculets !
c Prétention ridicule !
« Ignores-tu, non-valeur, « Que lorsque l'on versicule « On n'est qu'un versiculeur? »
Eh bien ! pourtant, n'en déplaise A mon grincheux Moi-Tant-Pis, Mon Moi-Tant-Mieux, fort à l'aise, Peut lui répondre : a Glapis
« Tant que tu voudras, enrage... !
« Mes strophes de maboul ont
« Bu mériter le suffrage
« De Mendès, fils d'Apollon.
« Rien d'autre je ne souhaite :
« Palmier dans mon Sahara,
« Ce suffrage d'un poète
« De tout me consolera
« Et voici — je m'en gratule — « La devise que je suis :
« Machin »'■ daigne, Catulle « AV puis et Bobèche suis/ » (1)
Léon Valbert (2).
L] A quelque temps de là, Bobèche, conservant le souvenir
de la louange spontanée de Mendès, sut, pour une fois.
er de manière et faire preuve de la plus sincère et de
la plus délicate émotion en publiant les vers de Luge te Ve-
neres, qu'on lira plus loin.
m Valbert, écrivain gaulois. Romancier, auteur dramatique, poète satirique surtout, d'un art 1res personnel el très maître de sa forme. Léon Valbert est le pseudonyme d'Albert Vavasseur. Œuvres : Le Compartiment des