LE LION ENCHAINE
• M. Jean Richepin, de l'Académie Française, a donné une nouvelle conférence d l'Université des Annales politiques et littéraires. »
{Les Journaux.)
0 Richepin, noble crinière, Voici bientôt quelque trente ans, Tu bondis hors de ta tanière En poussant des cris éclatants...
Et lorsque ta voix de tonnerre Clamait, sur le mode brutal, Un chant féroce et sanguinaire Ou quelque hymne au rythme fatal.
Le bourgeois avait la colique S'il devait quitter sa maison, Et, devenu mélancolique, Disait sa suprême oraison.
Quantum mutatus! — 0 bon barde Dont la voix fit trembler le ciel, Yoi< i, soudain, qu'on te bombarde Conférencier officiel
De ces séduisantes Annales
Où des Messieurs, groupés en chœurs .
Disent des choses peu banales
A leurs « cousines », — jolis cœurs..,
O Richepin, l'Académie (On fait, vois-tu? ce que l'on peut), Déjà, par son œillade amie, T'avait désarmé quelque peu...
Quand, de ce club honnête et sage, Tu signas l'antique statut, Tu fis gronder, sur ton passage, Les deux lions de l'Institut. ..
ISO LES TOÈTES HUMORISTES
Maintenant, une théorie D'enfants aux yeux pleins de beauté Te fait une chaîne fleurie Et te mène en captivité.
Plus d'une blonde qui se grise
Aux sonorités de ton chant,
En caressant ta tête grise,
Dit : « Voyez ! il n'est pas méchant ! »
Lorsque la folle chevelure D'une brune au charme infini Se mêle à ta rude encolure, Soudain tu te crois rajeuni.
Et dans Paris, Versaille, Asnière, On croit voir, — spectacle touchant, — Sous une clarté printanière, Les Aubes mener le Couchant...
Chacune de ces enfants sait que Tu veux adoucir ta chanson. — Vois donc ! L'une, pour son keepsake, Coupe ta crinière, ô Samson !
Vue autre, — pendant que rimaille.
Pour elle, un cousin en melon, — S'approche en sourdine et limaille Tes ongles de fer, ô Milon !
Elle ne fera plus blessure, Ta dent qui, jadis, morcela. — Chaque cousine se rassure :
Monsieur Dorchain n'est-il pas là?
Près de toi, tout le groupe danse
Avec d'adorables maintiens...
— On peut bien dire : « Adieu, prudence !
Amour, Amour, quand tu nous tiens. » —
si quelque blonde, d'aventure, < lémit : « Pourtant, s'il se fâchait ! » Dis : « Je suis doux comme, en peinture. Dans le grand cadre de Baschet... »
CHOIX DE POÉSIES 121
Car Monsieur Baschet — noble artiste Qui. pour bien des gens riohes, peint, — - A. de Bee grands yeux d'améthyste, Scruté tes traits. Jean Richepin...
•Taillais plus ton gosier ne laine Un énorme rugissement. — De ton i bef gris, qui se balance, happe un clair roucoulement,
Comme si. près de ta luette Faite pour les cliants vigoureux.
Se cachait la frêle alouette Ou le l'ossignol langoureux.
0 Richepin ! âme domptée !
De ton sort, je suis envieux...
Tu connais la vie enchantée; El si. demain, je deviens vieux.
Je veux, en ces heures prochaines, Célébrer les bonheurs humains !
.Mais il me faut semblables chaînes Que tiendront de semblables mains.
André Jurénil (1).