‹ Les poètes humoristesChapitre 64 sur 85 · CHAUCHARD LEGUE · texte numérisé non relu

CHAUCHARD LEGUE

M. Chauchard, fondateur des Grands Magasins du Louvre, laisse, par son testament, deux initiions à M. Calmette, directeur du Figaro ; quinze millions à M., Mme et Mlles Leygues, et trente millions à Mme Boursin.

{Les Journaux, en 1009.)

Pour que le sort l'attache au char Du triomphateur, du richard, Chauchard, fils de Ploutos, Chauchard Ouvre boutique, et, dans sa rue, Le public engoué se rue.

— Elle porte un nom : Rivoli. —

(I) Gabriel Randon dit Jehan Rictus, né à Boulogne-sur- Mer en 1867. Elevé à Londres puis en Ecosse. Débuta aux Quat'z-Arts. en 1896, avec ses Soliloques du pauvre « écrits i ki us cette langue faubourienne si gouailleuse, si éloquente et si pittoresque ». « Mon désir, a-t-il écrit à Gérard Walch, ce fut d'émouvoir tous les hommes et d'appeler leur attention sur des colères et des douleurs, tellement réelles et tellement sincères, qu'on a l'habitude de mépriser. » Œuvres : Les Soliloques du Pauvre (1895) ; Doléances (1900) ; Cantilènes du Malheur (1902) ; Fil-de-Fer, roman (1906), etc. A lire : le* articles de Jehan Rictus publiés par Comœdia et les Hommes du Jour. A consulter : Poètes du Nord par A. -M. Gossez, Inthologie des Poètes français contemporains de walch T. III.) et les Poètes sociaux (Louis-Michaud).

Extrait tlu Courrier français

« J aval» juré 'le tivn mm maîtresse.

J'avais juré de vivre «ans amour !....■■

(Dessin de Heidbrinck.)

En haut des bâtisses carrées,

Tout le camp de ses rivaux lit,

Avec des mines effarées,

Le mot : Louvre! en lettres dorées.

Il détaille mille denrées :

Cabas, bas, en-tout-cas, rabats ;

Et, vrai marquis de Carabas,

Par ses trésors il renouvelle

Le prodige — on en est baba ! —

De la grotte d'Ali-Baba.

Où donc le temps où, pauvre diable, Il débutait au « Pauvre Diable » ?

En songeant aux bons Boucicaut, Il prend aussi son boursicot, Et, généreusement, il l'ouvre, — Mais pas pour les commis du Louvre.

Il veut, homme aux blancs favoris, Favoriser ses favoris, Et qu'un présent amical mette Dans l'aisance l'ami Calmette.

Il laisse surtout la bourse importante à Mme Boursin.

(Trente millions sur... l'antenne, — C'est, — la chose est plus que certaine. De quoi courir l'après- trentaine.)

Puis, éblouissant l'Univers, Il encouragea l'Art des Vers.

Certes, Chauchard vendait les ganses Aux chalands fervents d'élégances ; Mais il aimait, jusqu'à l'excès, Notre beau langage français Où, si gentiment, l'on badine.

Cet amphitryon où l'on dîne Savait choyer, d'un cœur aimant.

Ceux qui causent éloquemment.

— Mézières ! pour changer les thèmes, Tu fis parler les chrysanthèmes

( HOIX DE rOÉSIES ] 1'

Dont le cœur d'or chantait le sien ! (1) Mais, bon académicien,

ea te dépassait, — je gage, — Dans L'art exquis du beau langage :

Car Cbauchard lui met — c'est humain — Quinze millions dans la main...

Maintenant que l'or l'environne,

omme du Lot-et-Garonne, Tant aimé sur les bords du Lot, Devient député du Gros Lot.

Leygues de l'éloge se tire

Beaucoup mieux que de la satire.

Il fit, poète au front serein,

Coffret brisé, Lyre '/'airain.

La bouche ouverte en tirelire,

Chez Chauchard. dans de beaux décors,

Il trouvait les nobles accords

Que, de ta corde, on tire, lyre,

Quand on se trouve tout heureux

D'avoir bu des vins généreux.

Il chantait, sous l'éclat du lustre,

Chanchard le grand, Chauchard L'illustre.

Sans voir, — naïf chardonneret, —

Qu'un beau jour Chauchard donnerait

A son bien-aimé légataire

La somme qui, soudainement,

De surprise et d'étonnement

Fit tomber presque Leygue à terre.

Son coffret bri*é, maintenant,

' rempli d'un or rayonnant, Et. devant sa famille émue, En coffre-fort il se transmue!

— Leygues, ton nom, — c'est positif, — Semble un programme impératif

i Au cours 'i un banquet, M. A. Mézlères, de L'Académie aise, lut il"- rers dans lesquels il comparait Le cœur de M Chauchard au cœur généreux et touffu du chrysanthème.

(Ceci soit dit sans épigramme) Ou l'impératif d'un programme Très nettement explicatif...

Mais c'est surtout la poésie, Le rythme ailé, la fantaisie, Qu'en toi Chauchard encouragea En te laissant l'or d'un rajah.

■ — ■ Ah ! si les bourgeois richissimes Gravissaient plus souvent les cimes Pour causer aux rimeurs ardents, Ils les verraient si transcendants, Si joyeux, fervents et lyriques, Si verveux, vibrants, chimériques, Etourdissants et convaincants, Renversants, divins, éloquents, Qu'ils leur laisseraient en partage Bien souvent tout leur héritage !

— 0 rimeurs, hôtes des greniers, De l'amour hardis chansonniers ; Vous, les Princes des Métaphores, Sculpteurs et ciseleurs d'amphores, Chercheurs du céleste festin ; Vous à qui, souvent, le Destin Vient infliger mille secousses,

— Gringoires, Figaros, Escousses, — Vous les entraîneurs de héros ; Créateurs de romanceros,

Doux poètes à plate panse, C'est vous tous que l'on récompense !

Car, — approximativement, — Vous êtes sur le testament Où le nom du poète Leygues S'applique à tous ses chers Collègues..

Vous héritez tous, — c'est charmant !

Vous héritez — moralement.

André Jttrénil.

CHOIX DE POÉSIES U'.l

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