NOCTURNE PARISIEN
La Seine titube entre les quais, Le brouillard affuble chaque dôme D'un long casque à mèche. Les quinquets Déroulent sur les ponts un monôme.
i) Théo Yarlet, né à Lille, le 12 mars 1878: l'un des tempéraments les plus originaux de la jeune littérature septentrionale. Créateur d'une prosodie indépendante qui lui est personnelle. Va de l'épique au délicat, du tragique au bouffon avec une aisance parfaite. Son humour violent et corrosif n'est jamais joyeux. A classer parmi nos meilleurs descriptifs. Œuvres : Heures de Rêve (1898) ; Xotes et Poèmes (1905) ; Le Dernier satyre 1905) ; Xotations (1906) ; Le Huitième Péché, etc.
CHOIX DE POESIES
Leur capuchon, les urinoirs Apparaissent d'espace en espace.
■rgots immobiles et noirs Observent, de loin, ce qui se passe.
Minuit, pour rentrer, sonne au clocher.
Notre-Dame, ayant au dos la hotte, De ses tours plonge, tel un crochet, Un arc-boutant dans l'eau qui clapote.
Un remorqueur, là-bas, pousse un cri Lugubre de passant qu'on assomme.
Dés chats mènent un charivari Qui réveille le ciel de son somme Tant que sur eux il ouvre, sans bruit, Un coin du lourd nuage et déverse, De la lune, blanc vase de nuit, La douche subite de l'averse.
Charles Dornikr.
TOURNEES ELECTORALES
En feuilles blanches, roses ou vertes, Sur les murailles, déjà couvertes, Voici surgir des printemps nouveaux :
Fleurs de rhétorique à couleur pâle, Ruisseaux d'éloquence banale. — Déjà s'annonce, par monts et vaux.
La tournée électorale.
Tout le jour café, bar ou guinguette.
Se remplissent d'un peuple en goguette.
Aux urnes, citoyens ! A longs flots Le vin ruisselle et, dans la salle, Aux frais du candidat qui régale, La foule acclame de ses bravo- La tournée électorale.
Puis le soir, à l'injure perverse, Aux réunions, chacun s'exerce...
Enfin, sur quelque mot qui part.
Les coups de poing pleuvent en rafale.
La mêiée est bientôt générale.
Chacun, plus ou moins, reçoit sa part De tournée électorale.
Charles Ddunier.