‹ Les poètes humoristesChapitre 71 sur 85 · SOUVENIRS DE CASERNE · texte numérisé non relu

SOUVENIRS DE CASERNE

A mon camarade le bon peintre Léon Sauzé.

Heureux peintre, amant des formes, Toi qui peux, sous les grands ormes

Au tronc noir fendillé, Peignant le fouillis des branches, Rêver parfois, les dimanches,

Que tu n'es plus troupier !

Quittant la caserne grise,

Moi, dans les champs où la brise

Jase avec les oiseaux, Quand je vais voir les fleurettes Refléter leurs collerettes

Dans l'œil clair des ruisseaux,

Hélas ! par toute la terre, Quelque image militaire

M'obsède comme un cri.

Le ciel, sans la moindre nue, Paraît d'abord à ma vue

Tout bien — comme un conscrit.

Sous le soleil qui rayonne, Déjà chaque arbre bourgeonne

Comme un nez de margi.

La marguerite rosée Semble un œil que la rosée

En pleurant a rougi.

Sous leurs tuniques frangées Les fleurs s'alignent, rangées.

Casque d'or sur le front,

CHOIX DE rOÉSIES 1*J'.I

Un frelon, grande tenue, Leur passe une revue

Sans tambour ni clairon.

Les chênes montent en troupe illir la vaste croupe

Du mont ensoleillé.

La ferme qu'un long mur garde Fume, comme au corps de garde

Le soldat ennuyé.

Des buissons en file étroite Sont éparpillés à droite

Comme des tirailleurs.

Et le soir, passant sa bouche Aux créneaux du mont farouche

Masquant ses artilleurs,

La lune brillante et pleine Braque ses feux sur la plaine...

Et je rentre à la nuit, N'ayant pu, dans la nature, Comme en une source pure,

Que mirer mon ennui.

Charles Dornier.

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