SOUVENIRS DE CASERNE
A mon camarade le bon peintre Léon Sauzé.
Heureux peintre, amant des formes, Toi qui peux, sous les grands ormes
Au tronc noir fendillé, Peignant le fouillis des branches, Rêver parfois, les dimanches,
Que tu n'es plus troupier !
Quittant la caserne grise,
Moi, dans les champs où la brise
Jase avec les oiseaux, Quand je vais voir les fleurettes Refléter leurs collerettes
Dans l'œil clair des ruisseaux,
Hélas ! par toute la terre, Quelque image militaire
M'obsède comme un cri.
Le ciel, sans la moindre nue, Paraît d'abord à ma vue
Tout bien — comme un conscrit.
Sous le soleil qui rayonne, Déjà chaque arbre bourgeonne
Comme un nez de margi.
La marguerite rosée Semble un œil que la rosée
En pleurant a rougi.
Sous leurs tuniques frangées Les fleurs s'alignent, rangées.
Casque d'or sur le front,
CHOIX DE rOÉSIES 1*J'.I
Un frelon, grande tenue, Leur passe une revue
Sans tambour ni clairon.
Les chênes montent en troupe illir la vaste croupe
Du mont ensoleillé.
La ferme qu'un long mur garde Fume, comme au corps de garde
Le soldat ennuyé.
Des buissons en file étroite Sont éparpillés à droite
Comme des tirailleurs.
Et le soir, passant sa bouche Aux créneaux du mont farouche
Masquant ses artilleurs,
La lune brillante et pleine Braque ses feux sur la plaine...
Et je rentre à la nuit, N'ayant pu, dans la nature, Comme en une source pure,
Que mirer mon ennui.
Charles Dornier.