‹ Les poètes illustrés du XIXe siècle [microforme]Chapitre 12 sur 121 · LA PRIÈRE · texte numérisé non relu

LA PRIÈRE

Le roi brillant du jour, se couchant däns sa gloire, . Descend avec lenteur de son char de victoire ;

Le nuage éclatant qui le cache à nos yeux

Conserve en sillons d'or sa trace dans les cieux,

Et d’un reflet de pourpre inonde l'étendue, Comme une lampe d’or dans l’azur suspendue, La lune se balance au bord de l’horizon ;

Ses rayons affaiblis dorment sur ls gazon,

Et le voile des nuits sur les monts se déplie. C’est l'heure où la nature, un moment recueillie, Entre la nuit qui tombe et le jour qui s'enfuit, S’élève au créateur du jour et de JA nuit,

Et semble offrir à Dieu, dans son brillant langage, De la création le magnifique hommage.

Voilà le sacrifice immense, universel !

L'univers est le temple et la terre est l'autel ;

Les cieux en sont le dôme, et ses astres sans nombre, Ces feux demi-voilés, pâle ornement de l'ombre, Dans la voûte d'azur avec ordre semés,

Sont les sacrés flambearx pour ce temple allumés : Et ces nuages purs qu’un jour mourant colore,

Et qu'un souffle léger, du couchant à l'aurore,

Dans les plaines de l'air repliant mollement

Roule en flocons de pourpre aux bords du & aament, Sont les flots de l’encens qui monte et s’évapore Jusqu'au trône du Dieu que la nature adore.

Mais ce temple est sans voix. Où sont les saints concerts ? D'où s’élèvera l’hymne av roi de l'univers ?

Tout se tait : mon cœur seul parle dans ce silence.

La voix de l'univers, c'est mon intelligence.

Sur les rayons du soir, sur les ailes du vent,

Elle s'élève à Dieu comme un parfum vivant,

Et, donnant un langage à toute créature,

Prête, pour l’adorer, mon âme à la nature.

Seul, invoquant ici son regard paternel,

Je remplis le désert du nom de l'Éternel ;

Et Celui qui, du sein de sa gloire infinie,

Des sphères qu'il ordonne éconte l’harmonie;

Écoute aussi la voix de mon humble raison,

Qui contemple sa gloire et murmure son nom.

C’est peu de croire en toi, bonté, beauté suprême ! Je te cherche partout, j'aspire à toi, je t'aime ! Mon âme est un rayon de lumière et d'amour Qui, du foyer divin détaché pour un jour,

De désirs devoranté loin de toi consumée, Brûle de remonter à sa source enflammée,

Je respire, je sens, je pense, j'aime en toi !

Ce monde qui te cache est transparent pour moi ;

C’est toi que je découvre au fond de la nature,

C’est toi que je bénis dans toute créature.

Pour m'approcher de toi, j'ai fui dans ces déserts :

Là, quand l'aube, agitant son voile dans les airs,

Entr'ouvre l'horizon qu’un jour naissant colore,

Et sème sur les monts les perles de l'aurore,

Pour 1aoi c’est ton regard qui, du divin séjour,

S'entr'auvre sur le monde et lui répand le jour.

NL l’astre à son midi, suspendant sa carrière, ’inonde de chaleur, de vie et de lumière,

Dans ses puissants rayons, qui raniment mes sens,

Seigneur, c’est ta vertu, ton souffle que je sens ;

Et quand la nuit, guidant son cortége d'étoiles;

Sur le monde endormi jette ses sombres voiles,

Seul, au sein du désert et de l'obscurité,

Méditant de la nuit la douce majesté,

Enveloppé de calme, et d'ombre, et de silence,

Mon âme de plus près adore ta présence ;

D'un jour intérieur je me sens éclairer,

Et j'entends une voix qui me dit d'espérer.

Oui, j'espère, Seigneur, en ta magnificence : Partout à pleines mains prodiguant l'existence,

Tu n'auras pas borné le nombre de mes jours

À ces jours d’ici-bas, si troublés et si courts.

Je te vois en tous lieux conserver. et produire : Celui qui peut créer dédaigne de détruire.

Témoin de ta puissance et sûr de ta bonté, J'attends le jour sans fin de l’immortalité.

La mort m’entoure en vain de ses ombres funèbres, Ma raison voit le jour à travers les ténèbres ;

C’est le dernier degré qui m’approche de toi,

C’est le voile qui tombe entre ta face et moi.

Hâte pour moi, Seigneur, ce moment que j'implore, Ou, si dans tes secrets tu le retiens encore, Entends du haut du ciel le cri de mes besoins ! L’atome et l’univers sont l’objet de tes soins :

Des dons de ta bonté soutiens mon indigence, Nourris mon corps de pain, mon âme d'espérance : Réchauffe d’un regard de tes yeux tout-puissants Mon esprit éclipsé par l'ombre de mes sens,

Et, comme le soleil aspire la rosée,

Dans ton sein à jamais absorbe ma pensée |

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