LA FOI
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Ame, qui donc es-tu ? Flamme qui me dévore, Dois-tu vivre après moi ? dois-tu souffrir encore ? Hôte mystérieux, que vas-tu devenir ?
Au grand flambeau du jour vas-tu te réunir ?
Peut-être de ce feu tu n'es qu'une étincelle,
Qu'un rayon égaré que cet astre rappelle ; Peut-être que, mourant lorsque l’homme est détruit, Tu n'es qu'un suc plus pur que la terre a produit, Une fange animée, une argile pensante…
Mais que vois-je ? À ce mot tu frémis d’épouvante : Redoutant le néant, et lasse de souffrir,
Hélas ! tu crains de vivre et trembles de mourir.
Qui te révèlera, redoutable mystère ?
J'écoute en vain la voix des sages de la terre,
Le doute égare aussi ces sublimes esprits,
Et de la même argile ils ont été pétris.
Rassemblant les rayons de l’antique sagesse,
Socrate te cherchait aux beaux-jours de la Grèce ; Platon à Sunium te cherchait après lui :
Deux mille ans sont passés, je te cherche aujourd’hui ; Deux mille ans passeront, et les enfants des hommes S'agiteront encor dans la nuit où nous sommes.
La vérité rebelle échappe à nos regards,
Et Dieu seul réunit tous ses rayons épars.
Ainsi, prêt à fermer mes yeux à la lumière,
Nul espoir ne viendra consoler ma paupière :
Mon âme aura passé, sans guide et sans flambeau, De la nuit d’ici-bas dans la nuit du tombeau,
Et j'emporte au hasard, au monde où je m'élance, Ma vertu sans espoir, mes maux sans récompense. Réponds-moi, Dieu cruel ! S'il est vrai que tu sois, J'ai donc le droit fatal de maudire tes lois ! Après le poids du jour, du moins le mercenaire “ Le soir s’assied à l’ombre, et reçoit son salaire ; Et moi, quand js fléchis sous le fardeau du sort, Quand mon jout est fini, mon salaire est la mort!
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Mais, tandis qu'exhalant le doute et le blasphème, Les yeux sur mon tombeau, je pleure sur moi-même, La foi, se réveillant comme un doux souvenir, Jette un rayon d'espoir sur mon pâle avenir, Sous l'ombre de la mort me ranime et m'enflamme, Et rend à mes vieu. jours la jeunesse de l’âme. Je remonte, aux lueurs de ce flambeau divin, Du couchant de ma vie à son riant matin ; J'embrasse d’un regard la destinée humaine ; À mes yeux satisfaits tout s’ordonne et s’enchaîne ; Je lis dans l'avenir la raison du présent ; L'espoir ferme après moi les portes du néant, Ft, rouvrant l'horizon à mon âme ravie, i’explique par la mort l'énigme de la vie.
% Cette foi qui m'attend au bord de mon tombeau, Hélas ! il m'en souvien*. plana sur mon berceau. De la terre promise immortel héritage, Les pères à leurs fiis l'ont transmis d'âge en âge. Notre esprit la reçoit à son premier réveil, Comme les dons d’en haut, la vie et le soleil ; Comme le lait de l'âme, en ouvrant la paupière, Elle a coulé pour nous des lèvres d’une mère ; Elle a pénétré l’homme en sa tendre saison ; Son flambeau dans les cœurs précéda la raison L'enfant, en essayant sa première parole, Balbutie au berceau son sublime symbole, Et, sous l’œil maternel germant à son insu, Il la sent dans son cœur croître avec la vertu.
Ah ! si la vérité fut faite pour la terre,
Sans doute elle a reçu ce simple caractère ;
Sans doute, dès l'enfance offerte à nos regards, Dans l'esprit par les sens entrant de toutes parts, Comme les purs rayons de la céleste flamme, Elle a dû dès l'aurore environner notre âme,
De l'esprit par l’amour descendre dans les cœurs, S'unir au souvenir, se fondre dans les mœurs, Ainsi qu'un grain fécond que l'hiver couvre encore, Dans notre sein longtemps germer avant d’éclore, Et, quand l’homme a passé son orageux été, Donner son fruit divin pour l'immortalité.
Soleil mystérieux, flambeau d'une autre sphère, Prête à mes yeux mourants ta mystique lumière!
Pars du sein du Très-Haut, rayon consolateur ! Astre vivifant, lève-toi dans mon cœur !
Hélas ! je n’ai que toi : dans mes heures funèbres, M& raison qui pâlit m'abandonne aux ténèbres ; Cette raison superbe, insuffisant flambeau, S'éteint comme la vie aux portes du tombeau.
Viens donc la remplacer, à céleste lumière !
Viens d'un jour sans nuage inonder ma paupière ; Tiens-moi lieu du soleil que je ne dois plus voir, Ft brille à l'horizon comme l’astre du soir :