‹ Les poètes illustrés du XIXe siècle [microforme]Chapitre 16 sur 121 · DRE E-A · texte numérisé non relu

DRE E-A

Heureux qui le connaît ! plus heureu jui l'adore ! Qui, tandis que le monde ou l’outygge ou l'ignore, Seul, aux rayons pieux des lampes de la nuit, S'élève aw sanctuaire où la foi l'introduit,

Et, consumé d'amour et de reconnaissance,

Brûle, comme l’encens, son âme en sa présence ! Mais, pour monter à lui, notre esprit abattu

Doit emprunter d’en haut sa force et sa vertu ;

11 faut voler au ciel sur des ailes de flamme ;

Le désir et l’amour sont les ailes de l’âme.

Ah ! que ne suis-je né dans l’âge où les humains, Jeunes, à peine encore échappés de ses mains, Près de Dieu par le temps, plus près par l'innocence, Conversaient avec lui, marchaient en sa présence ! Que n’ai-je vu le monde à son premier soleil !

Que n’ai-je entendu l’homme à son premier réveil | Tout lui parlait de toi, tu lui parlais toi-même ; L'univers respirait ta majesté suprême ;

La nature, sortant des mains du Créateur,

Etalait en tous sens le nom de son auteur :

Ce nom, caché depuis sous la rouille des âges,

En traits plus éclatants brillait sur tes ouvrages ; L'homme dans le passé ne remontait qu'à toi; ‘ Il invoquait son père, et tu disais : “ C’est moi.”

Longtemps comme un enfant ta voix daigna l’instrnire, Et par la main longtemps tu voulus le conduire. Que de fois dans ta gloire à lui tu t'es montré, Aux vallons de Sennar, aux chênes de Membré, Dans le buisson d’'Horeb, ou sur l’:uguste cime Où Moïse aux Hébreux dictait sa loi sublime !

Ces enfants de Jacob, premiers-nés des humains, Reçurent quarante ans la manne de tes mains : Tu frappais leur esprit par tes vivants oracles ; Tu parlsis à leurs yeux par la voix des miracles ; Et lorsqu'ils t’oubliaient, tes anges descendus Rappelaient ta mémoire à leurs cœurs éperdus. Mais enfin, comme un fleuve éloigné de sa source, Oe souvenir si pur s’altéra dans sa course ;

De cet astre vieilli la sombre nuit des temps Eclipsa par degrés les rayons éclatants,

Tu cessas de parler : l'oubli, la main des âges, Usèrent ce grand nom empreint dans tes ouvrages : Les siècles en passant firent pâlir la foi ;

L'homme plaça le doute entre le monde et toi.

Oui, ce monde, Seigneur, est vieilli pour ta gloire; Il a perdu ton nom, ta trace et ta mémoire ;

Et pour les retrouver il nous faut, dans son cours, Remonter flots à flots le long fleuve des jours. Nature, firmament ! l'œil en vain vous contemple : Hélas ! sans voir le Dieu, l’homme admire le temple: Il voit, il suit en vain, dans les déserts des cieux, De leurs mille soleils le cours mystérieux ;

I1 ne reconnaît plus la main qui les dirige :

Un prodige éternel cesse d'être un prodige.

Comme ils brillaient hier, ils brilleront demain Qui sait où commença leur glorieux chemin ?

Qui sait si ce flambeau, qui luit et qui féconde, Une première fois s’est levé sur le monde ?

Nos pères n'ont point vu briller son premier tour, Et les jours éternels n'ont point de premier jour. Sur le monde moral, en vain ta providence

Dans ces grands changements révèle ta présence ; C’est en vain qu'en tes jeux l'empire des humains Passe d’un sceptre à l’autre, errant de mains en mains, Nos yeux, accoutumés à sa vicissitude,

Se sont fait de la gloire une froide habitude :

Les siècles ont tant vu de ces grands coups du sort] Le spectacle est usé, l’homme engourdi s'endort.

Réveille-nous, grand Dieu ! parle et change le monde : Fais entendre au néant ta parole féconde :

Il est temps ! lève-toi ! sors de ce long repos ;

Tire un autre univers de cet autre chaos.

À nos yeux assoupis il faut d’autres spectacles ;

À nos esprits flottants il faut d’autres miracles. Change l’ordre des cieux qui ne nous parle plus! Lance un nouveau soleil à nos yeux éperdus ;

Détruis ce vieux palais, indigne de la gloire :

Viens ! montre-toi toi-même, et force-nous de croire! Mais peut-être, avant l’heure où dans les cieux déserts Le soleil cessera d'éclairer l’univers,

De ce soleil moral la lumière éclipsée

Cessera par degrés d'éclairer la pensée,

Et le jour qui verra ce grand flambeau détruit

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