‹ Les poètes illustrés du XIXe siècle [microforme]Chapitre 17 sur 121 · A. M. EUGÈNE DE GENOUDE · texte numérisé non relu

A. M. EUGÈNE DE GENOUDE

Son front est couronné de palmes et d'étoiles ; Son regard immortel, que rien ne peut ternir, Traversant tous les temps, soulerant tous les voiles, Réveille le passé, plonge dans l’avenir.

Du monde sous ses yeux les fastes s %éroulent, Les siècles à ses pieds comme un rent s'écoulent ; À son gré descendant ou remontant leur cours, Elle sonne aux tombeaux l'heure, l'heure fatale,

Ou sir sa lyre virginale Chante au monde vieilli ce jour père des jours.

Écoutez ! Jéhovah s’élance Du sein de son éternité.

Le chaos endormi s’éveille en sa présence ; Sa vertu le féconde, et sa toute-puissance Repose sur l’immensité.

Dieu dit, et le jour fut ; Dieu dit, et les étoiles De la nuit éternelle éclaircirent les voiles ;

Tous les cléments divers

À sa voix se séparèrent ;

Les eaux soudain s’écoulèrent

Dans le lit creusé des mers ;

Les mon es s'élevèrent,

Et les aquilons volèrent

Dans les libres champs des airs,

Sept fois de Jéhovah la parole féconde Se fit entendre au monde,

Et sept fois le néant à sa voix répondit ; Et Dieu dit : “ Faisons l’homme à ma vivante image. ” 11 dit, l'homme naquit ; à ce dernier ouvrage, Le Verbe créateur s'arrête et s'applaudit.

Mais ce n’est plus un Dieu ; c'est l'homme qui soupire : Éden a fui. voilà le travail et la mort.

Dans les larmes sa voix expire ; La corde du bonheur se brise sur sa lyre, Et Job en tire un son triste comme le sort,

“ Ah ! périsse à jamais le jour qui m'a vu naître | Ah ! périsse à jamais la nuit qui m'a conçu, Et le sein qui m'a donné l'être, Et les genoux qui m'ont reçu !

Que du nombre des jours Dieu pour jamais l'eface ! Que, toujours obscurci des ombres du trépas, Ce jour parmi les jours ne trouve plus sa place | Qu'il soit comme s'il n’était pas !

“ Maintenant dans l'oubli je dormirais encore, Et j'achèverais mon sommeil Dans cette longue nuit qui n'aura point d’aurore, Avec ces conquérants que la terre dévore, Avec le fruit conçu qui meurt avant d’éclore, Et qui n'a pas vu le soleil.

“ Mes jours déclinent comme l'ombre :

Je voudrais les précipiter. .

O mon Dieu, retranchez le nombre Des soleils que je dois compter !

L'aspect de ma longue infortune loigne, repousse, importune

Mes frères lassés de mes maux :

En vain je m'adresse à leur foule :

Leur pitié m'échappe et s'écoule

Comme l'onde au flanc des coteaux,

“ Ainsi qu’un nuage qui passe, Mon printemps s’est évanoui ; Mes yeux ne verront plus la trace De tous ces biens dont j'ai joui.

Par le souffle de la colère,

Hélas ! arraché de la terre,

Je vais d'où l’on ne revient pas :

Mes vallons, ma propre demeure, Et cet œil même qui me pleure, Ne reverront jamais mes pas |

# L'homme vit un jour sur la terre Entre la mort et la douleur ; Rassasié de sa misère,

Il tombe enfin comme la fleur,

Il tombe ! Au moins par la rosée Des fleurs la racine arrosée Peut-elle un moment refleurir ; Mais l’homme, hélas ! après la vie, C’est un lac dont l’eau s’est enfuie :

On le cherche, il vient de tarir.

“ Mes jours fondent comme la neige Au souflle du courroux divin ;

Mon espérance, qu'il abrége,

S'enfuit comme l’eau de ma main, Ouvrez-moi mon dernier asile :

Là, j'ai dans l'ombre un lit tranquille, Lit préparé pour mes douleurs.

O tombesu, vous êtes mon père !

Et je dis aux vers de la terre :

“ Vous êtes ma mère et mes sœu :!”

“ Mais les jours heureux de l’impie Ne s’éclipsent pas au matin ; Tranquille, il prolonge sa vie

Avec le sang de l’orphelin.

Il étend au loin ses racines ; Comme un troupeau sur les collines, Sa famille couvre Ségor ;

Puis duns un riche mausolée

Il est couché dans la vallée,

“ät l’on dirait qu'il vit encor.

y mn, 3 he ‘, i Lai nd ‘1% . is } En e % ' k ‘3 4 ; LE 5 110 à | : * Ca er.

à LUTTE hall ‘ 1 ir tl | :

fl j EE .

UNE 8 1115 { F4 ï | qe + a, 11 FA 41 :

* Î Î 18 # l Th 1118 1. { | 1} 44 118 l | à { | | RU ta 41 | 1 |

rhin

“ C'est le secret de Dieu : je me tais et j'adore, C’est sa main qui traça les sentiers de l’aurore, Qui pesa l'Océan, qui suspendit les cieux.

Pour lui l’abîime est nu, l'enfer même est sans voiles ; Il a fondé la terre et semé les étoiles :

Et qui suis-je à ses yeux ? ”

Mais la harpe a frémi sous les doigts d'Isaie ;

De son sein bouillonnant la menace à longs flots S'échappe ; un Dieu l'appelle, il s'élance, 1l s’écrie, Cieux et terre, écoutez ! silence au fils d'Amos !

4 Osias n'était plus : Dieu m'apparut ; je vis

Adonaï vêtu de gloire et d'épouvante :

Les bords éblouissants de sa robe flottante Remplissaient le sacré pa” ‘is.

“ Des séraphins, debont sur des marches d'ivoire, *

Se voilaient devant lui de six ailes de feux ;

Volant de l’un à l’autre, ils se disaient entre eux :

“ Saint, saint, saint, le Seigneur, le Dieu, le roi des dieux ! “ Toute la terre est pleine de sa gloire !”

“ Du temple à ces accents la voûte s’ébranla ;

Adonaï s'enfuit sous la nue enflammée ;

Le saint lieu fut rempli de torrents de fumée ; La terre sous mes pieds trembla.

“ Et moi, je resterais dans un lâche silence ! Moi qui t'ai vu, Seigneur, je n'oserais parler ! À ce peuple impur qui t'offense

Je craindrais de te révéler !

“ Qui marchera pour nous ? dit le Dieu des armées.

“ Qui parlera pour moi ? ” dit Dieu. Qui? moi, Seigneur ! Touche mes lèvres enflammées :

Me voilà ! je suis prêt !.. Malheur,

“ Malheur à vous qui dès l'aurore Raspirez les parfums du vin,

Et que le soir retroave encore Chancelants aux bords du festin !

Maiheur à vous qui par l'usure Éténdez sans fin ni mesure

La borne immense de vos champs | Voulez-vous donc, mortels avides, Habiter dans vos champs arides, Seuls sur la ‘tre das vivants ?

“ Malheur à vous, race insensée, Enfants d’un siècle audacieux, Qui dites dans votre pensée ;

QUE MORE RATE ppt PA CLS Es pe “oh AE. 4 21, AMAR d1 TRE î) & AU ad QUE? 2 4 Em NE dr CN a ce dd dès Good RENE Re AA CG QG SL cé de ATOM TS y « D: Me " ÿ +

Nous sommes sages à nos yeux |

Vous changez la nuit en lumière,

Et !e iour en ombre grossière

Où se cachent vos voluptés ;

Mais, comme un taureau dans la plaine, Vous traînez après vous la chaîne

De vos longues iniquités.

‘# Melheur à vous, filles de l’onde, Iles de Sidon et de Tyr !

Tyrans, qui trafiquez du monde Avec la pourpre et l'or d'Ophir !

Malheur à vous ! votre heure sonne ; En vain l'Océan vous couronne !

Malheur à toi, reine des eaux,

À toi qui sur des mers nouvelles Fais retentir comme des ailes

Les voiles de mille vaisseaux !

“ Ils sont enfin venus les jours de ma justice : MA colère, dit Dieu, se déborde sur vous !

Plus d’encens, plus de sacrifice Qui puisse éteindre mon courroux !

Je livrerai ce peuple à la mort, au carnage ; Le fer moissonnera comme l’herbe sauvage Ses bataillons entiers.

—$Seigneur, épargnez-nous ! Seigneur !-Non, point de trêve ! Et je ferai sur lui ruisseler de mon glaive Le sang de ses guerriers !

“ Ses torrents sécheront sous ma brûlante haleine ; Ma main nivellera, comme une vaste plaine, Ses murs et ses palais :

Le feu les brûlera comme il brûle le chi ame. Là, plus de nation, de ville, de royaume ; Le silence à jamais !

“ Ses murs se couvriront de ronces et d'épines 5

L'hyène et le serpent peupleront ses ruines ; Les hiboux, les vautours,

un l’autre s’appelant durant la nuit obscure,

Viendront à leurs petits porter la nourriture Au sommet de ses tours ! ”

nn

PSE DR PL RG ARE OM ETee D A UT iQ

ae

M is Dieu ferme à ces mots les lèvres d'Tsaïe : Le sombre Ézéchiel

Sur le tronc desséché de l'ingrat Israël

Fait descendre à son tour la parole de vie.

“ L'Éternel emporta mon esprit au désert.

D'ossements desséchés le sol était couvert ; J'epproche en frissonnant ; mais Jéhovah me crie : “ Si je parle à ces os, reprendront-ils la vie ?

“ Éternel, tu le sais. — Eh bien, dit le Seigneur, “ Écoute mes accents ; retiens-les, et dis-leur :

“ Ossements desséchés, insensible poussière,

“ Levez-vous ! recevez l'esprit et la lumière !

“ Que vos membres épars s'assemblent à ma voix ! “ Que l'esprit vous anime une seconde fois !

“ Qu'entre vos os flétris vos muscles se replacent ! “ Que votre sang circule et vos nerfs s’entrelacent ! “ Levez-vous et vivez, et voyez qui je suis ! ” J'écoutai le Seigneur, j'obéis et je dis :

“ Esprit, soufllez sur eu: du couchar 1e l'aurore : “ Soufllez de l’aquilon, soufflez !.. ” Pressés d’éclore, Ces rstes du tombeau, réveillés par mes cris, Entre: :hoquent soudain leurs ossements flétris ; Aux clartés du soleil leur paupière se rouvre, Leurs os sont rassemblés, et la chair les recouvre ! Et ce champ de la mort tout entier se leva, Redevint un grend peuple, et connut Jéhovah ! ”

Mais Dieu de ses enfants a perdu la mémoire ; La fille de Sion, méditant ses malheurs, S'assied en soupirant, et, veuve de sa gloire, Ecoute Jérémie, et retrouve des pleurs.

“ Le Seigneur, m’accablant du poids de sa colère, Retire tour à tour et ramène sa main.

Vous qui passez par le chemin, Est-il une misère égale à ma misère ?

“ En vain ma voix s'élève, il n’entend plus ma voix. Il m'a choisi pour but de ses flèches de flamme,

Et tout le jour contre mon âme Sa fureur a lancé les fiis de son carquois.

Le a A 2 L] ” L : . h .

CR CRR ES Pace p. Le es

“ Sur mes os consumés ma peau s'est desséchée ;

Les enfants m'ont chanté dans leurs dérisions ; Seul, au milieu des nations,

Le Seigneur m'a jeté comme une herbe arrachée,

“ Il s’est enveloppé de son divin courroux ; Il a fermé ma route, il a troublé ma voie ; Mon sein n’a plus connu la joie, Et j'ai dit au Seigneur : “ Seigneur, souvenez-vous,

“ Souvenez-vous, Seigneur, de ces jours 7 colère ; ‘“ Souvenez-vous du fiel dont vous m'avez nourri ! “ Non, votre amour n’est point tari :

“ Vous me frappez, Seigneur, et c’est pourquoi j'espère.

“ Je repasse en pleurant ces misérables jours ;

“ J'ai connu le Seigneur dès ma plus tendre aurore ; “ Quand il punit, il aime encore ;

“ Il ne s’est pas, mon âme, éloigné pour toujours.

“ Heureux qui le connaît ! heureux qui dès l'enfance

“ Porta le joug d’un Dieu clément dans sa rigueur ! “ Il croit au salut du Seigneur,

‘“ S’assied au bord du fleuve, et l'attend en silence.

“ Il sent peser sur lui ce joug de votre amour ; “ Il répand dans la nuit ses pleurs et sa prière, “ Et, la bouche dans la poussière,

“ Il invoque, il espère, il attend votre jour. ”

Silence, ô lyre ! et vous, silence, Prophètes, voix de l’avenir !

Tout l’univers se tait d'avance

Devant Celui qui doit venir.

Fermez-vous, lèvres inspirées ; Reposez-vous, harpes sacrées,

Jusqu'au jour où, sur les hauts livux, Une voix au monde inconnue

Fera retentir dans la nue :

Paix A LA TERRE ET GLOIRE AUX CIEUX !

Page 1