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LES PRÉLUDES

La nuit, pour rafraîchir la nature embrasée, De ses cheveux d’ébène exprimant la rosée, Pose au sommet des monts ses pieds silencieux, Et l'ombre et le sommeil descendent sur mes yeux : C'était l’heure où jadis. Mais aujourd’hui mon Ame, Comme un feu dont le vent n'excite plus la flam'ne, Fait pour se ranimer un inutile effort, Retombe sur soi-même, et languit et s'endort. Que ce calme lui pèse! O fre | ô mon génie !

Musique intérieure, ineffable harmonie, Harpe que j'entendais résonner dans les airs Comme un écho lointain des célestes concerts, Pendant qu’il en est temps, pendant qu'il vibre encore, Venez, venez bercer ce cœur qui vous implore ! Et toi qui donnes l’âme à mon luth inspiré, Esprit capricieux, viens, prélude à ton gré |! Il descend ! il descend ! La harpe obéissante À frémi mollement sous son vol cadencé,

Et de la corde frémissante Le souffle harmonieux dans mon âme a passé.

J'entends, j'entends de loin comme une voix qui gronde ; Un souffle impétueux fait frissonner les airs,

Comme l’on voit frissonner l’onde:

Quand l'aigle au vol pesant rase le sein des mers,

Eh ! qui m'emportera sur des flots sans rivages ? Quand pourrai-je, la nuit, aux clartés des vu yes,

Sur un vaisseau sans mâts, au gré des aquilons, Fendre de l'Océan les liquides vallons, 114 M'engloutir dans leur sein, m'élancer sur leurs cimes, } Kouler avec la vague au sein des noirs abîmes,

Et, revomi cent fois par les gouffres amers,

Flotter comme l’'écume au vaste sein des mers ? D'effroi, de volupté tour à tour éperdue, «Cent fois entre là vie et la mort suspendue,

Peut-être que mon âme, au sein de ces horreurs, Pourrait jouir au moins de ses propres terreurs,

Et, prête à s’abîmer dans la nuit qu'elle ignore,

À la vie un moment se reprendrait encore,

Comme un homme, roulant des sommets d’un rocher, De ses bras tout sanglants cherche à s'y rattacher. Mais toujours repasser par une même route,

Voir ses jours épuisés s'écouler goutte à goutte ; Mais suivre pas à pas dans l'immense troupeau

Ces générations, inutile fardeau,

Qui meurent pour mourir, qui vécurent pour vivre, Et dont chaque printemps la terre se délivre, Comme dans nos forêts le chêne avec mépris

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