‹ Les poètes illustrés du XIXe siècle [microforme]Chapitre 37 sur 121 · ÉPISODE · texte numérisé non relu

ÉPISODE

Ce roman poétique devait rencontrer au milieu de son succès les critiques les plus justes et les plus sévères. Sans parler du reproche fait au poète d’avoir mêlé une thèse à son récit, on le blämait de ne pas rester fidèle à lui-même et de chercher une inspiration douteuse dans les procédés aventureux du roman moderne. On y relevait aussi et peut-être avec raison, les signes d’une improvisation trop rapide et de nombreuses défaillances de style et de pensée que rachetaient sans doute, mais n'’effaçaient pas, de grandes beautés descriptives et de fortes situations dramatiques.

Nous issbon de ce poème les plus belles pages, celles-

là seulement qui méritent l'attention du lecteur chrétien. Voici d'ailleurs l'analyse complète de cette œuvre, dont

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À les beautés de détail ne peuvent racheter les défauts de "4 l’ensemble.

4 Le début en est austère et touchant. Un voyageur ‘# visite le hameau de Valneige perdu dans les Alpes ; il # frappe au presbytère abandonné, où lui répondent seule-

A ment les aboïiements d’un chien et la voix tremblante

d’une servante. Le vieux curé est mort ; la servante confie

he au voyageur un manuscrit : c’est le journal et la dernière “| confession du prêtre. Le poème s'ouvre après cette courte ; introduction.

Jocelyn est l'épopée du renoncement, l'hymne d'une vie résignée dès l’aurore au sacrifice. Un jeune paysan raconte en chants naïfs, les premières impressions de son enfance v# et de sa jennesse. Un jour qu'il revenait d’une fête de Village, il surprend un secret de famille ; sa sœur désire se marier mais elle est trop pauvre pour celui qu'elle voudrait épouser, Jocelyn, après une courte délibération avec lui-même, se sacrifie au bonheur de sa sœur ; il lui abandonne sa part d’héritage et déclare son intention de se vouer, comme prêtre, au célibat. Il entre su séminaire ; les orages de la Révolution de 1793 l’en chassent et le contraignent de chercher un refuge dans les grottes inaccessibles des Alpes. Là se place l'épisode le plus touchant du poème. Un émigré, poursuivi par les soldats, meurt dans

| la montagne en confiant à Jocelyn son enfant, Laurence. à Jocelyn trouve dans cet enfant un aimable et innocent 1 compagnon ; il ne soupçonne pas d’abord que c’est une (à femme.

é Un jour cependant Jocelyn découvre le secret qui fait à 1 la fois le nœud et l'invraisemblance du poème. Mais l'heure de la séparation va bientôt sonner. Jocelyn est appelé auprès de son évêque, qui est en prison à la veille d'être conduit au martyre. Le saint évêque entend sa confession et lui fait un devoir de se consacrer entièrement à Dieu. Jocelyn n'avait pas encore reçu les ordres sacrés : il est ordonné prêtre... .. Laurence ne revoit Jocelyn qu'un moment pour apprendre qu'il est à jamais perdu pour elle. Après une affreuse crise de désespoir, on l'emporte évanouie chez une sœur de l’évêque martyr, ‘“ aimable et

douce sainte ”, qui se charge de la pauvre orpheline, À partir de ce moment, le poème revêt des teintes aus- tères. Jocelyn est nommé curé à Valneige et ne vit plus que pour ses nouveaux devoirs, dont il fait à sa mère et à sa sœur une peinture charmante de naturel, de siraplicité

et de modestie,

Ye M !

Tout n'est pas fini pourtant ; Jocelyn doit retrouver Laurence, Après plusieurs années, il l’aperçoit dans une église ; mais c'est pet hasard qu'elle y est entrée ; Laurence, loin d’avoir cherché comme Jocelyn, des consolations dans la religion, s’est jetée dans le tourbillon du monde pour s'étourdir. Mariée malgré elle, elle a désolé son mari par ses froideurs, et il est mort de douleur. Veuve à vingt ans elle s'est précipitée avec une ardeur fébrile dans tous les plaisirs pour user plutôt sa vie et sa souffrance. Quand elle reconnaît Jocelyn dans l'ombre de l'église, elle s'évanouit.

D'autres années s'écoulent encore ; Laurence veut revoir la montagne où elle a vécu deux ans si heureuse. Ses souvenirs lui portent le dernier coup, elle se meurt et appelle un prêtre. C’est Jocelyn qui entend sa confession et qui ne se fait connaître d’°lle que lorsqu'elle exhale le dernier soupir. Il s'éteint lui-même longtemps après.

Ajoutons sans commentaire ces quelques lignes tirées de l'avertissement que Lamartine lui-même a mis en tête de la première édition de Jocelyn :

“ Cet ouvrege n'est point un poème, c'est un épisode. “ C’est un fragment d’épopée intime ; ce n’est pas, comme “on l’a cru, le type sacerdotal : le sacerdoce ici n’est que “ le cadre, et non le sujet. Le prêtre moralement et poétik nd conçu à une autre dimension que Jocelyn. “ Jocelyn est un homme sensible et passionné, que des “ circonstances et des vertus jettent dans le sanctuaire, et “ qui devient curé de village. Le curé de village est une “ des plus touchantes incarnations de l'Evangile, une des “ plus pittoresques figures de nos civilisations modernes. “ Je n’ai eu qu'à y coudre un prologue et un épilogue, pour “ faire de cet épisode une espèce de petit poème ayant son “ commencement et sa fin. ”

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