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Son visage était calme et doux à regarder ;
Ses traits pacifiés semblaient encor garder
La douce impression d’extases commencées ;
Il avait vu le ciel déjà dans ses pensées,
Et le bonheur de l’âme, en prenant son essor, Dans son divin sourire était visible encor.
Un drap blanc recouvert de sa soutane noire, Parait son lit de mort ; un crucifix d'ivoire Reposait dans ses mains sur son sein endormi, Comme un ami qui dort sur le cœur d’un ami :
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104 LES POÈTES ’LLUBTRES
Ft, couché sur les pieds du maître qu'il regarde, Son chien blenc, inquiet d’une si longue garde, Grondait au moindre bruit, et, las de le veiller, Ecoutait si son souffle allait se réveiller.
Près du chevet du lit, selon le sacré rite,
Un rameau de buis sec trempait dans l’eau bénite ; Ma main avec respect le secoua trois fois,
En traçant sur le corps le signe de la croix.
Puis je baisai les pieds et les mains’; le visage
De l’immortalité portait déjà l'image,
Et déjà sur ce front, où son signe était lu,
Mon œil respectueux ne voyait qu'un élu.
Puis, :vec l’assiitant disant les saints cantiques, Je m'as \s pour pleurer près des chères reliques ; Et, prian: et chantant et pleurant tour à tour,
Je consumai la nuit et vis poindre le jour.
Près du seuil de l’éxlise, au coin du cimetière, Dans la terre des morts nous couchâmes la bière ; Chacun des villageois jeta sur le cercueil
Un eu de terre sainte en signe de son deuil ; Tous pleuraiens en passant et regardaient la tombe S'affaisser lentement sous la cendre qui tombe ; Chaque fois qu'en tombant la terre retentit,
De ia foule muette un sourd sanglot sortit.
Quand ce fut à mon tour : “ O saint ami ! lui dis-je, Dors ! ce n’est pas mon cœur, c'est mon œil qui s’aflige En vain je vais fermer la couche où te voilà,
Je sais qu’en ce moment mon ami n’est plus là. Il est où ses vertus ont allumé leur flamme !
Il est où ses soupirs ont devancé sou âme ! ”
Je dis ; et tout le soir, attristant ces déserts,
Na cloche en gémissant le pleura dans les airs,
Et, mêlant à ses glas des aboiements funèbres, Son chien, qui l’appelait, hurla dans les ténèbres.
Et moi, seul avec Marthe en ce morne séjour J’allais, je revenais du jardin à la cour,
Cherchant et retrouvant en chaque endroit sa trace, Le voyant, lui parlant, et lui laissant sa place, Feuilletant tout ouvert quelque livre pieux,
En lisant un passage et m'essuyant les yeux.
# N'écrivait-il jamais ?—Quelquefois le dimanche, Me dit Marthe, il veillait sur une page blanche,
Et quand elle était noire, au fond d'un vieux paaier I] la jetait, et moi, dans un coin du grenier
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Je balayais la feuille au retour de l’aurore.
Ce qu'ont laissé les rats y peut bien être encore. ” J'y monta: ; j'y trouvai ces pages où sa main Avait ainsi couru sars ordre et sans dessein, Semblables à ces mots qu’un rêveur solitaire
Du bout de son bâton écrit avec mystère, Caractères battus par la pluie et les vents,
Et dont l'œil se fatigue à renouer le sens.
Bien des dates manqüaient à ce journal sans suito, Soit qu’il'eût déchiré la page à peine écrite,
Ou soit que Marthe en eût allumé ses flambeaux, Et les vents sur son toit dispersé les lambeaux. Déplorant à mon cœur maiïnte feuille ravie,
Mon œil de ces débris recomposait sa vie,
Comme l'œil, éclairé d’un rayon de la nuit,
Et s’égarant au loin sur l'horizon qui fuit,
Voit les anneaux glissants d’un fleuve à l’eau brillante Dérouier flots à flots leur nappe étincelante,
Se perdre par moments sous quelque tertre obscur, Dans la plaine plus bas reparaître plus pur,
Se briser de nouveau dans les prés qu'il arrose ; Mais suivant du regard le sillon qu’il suppose,
Et sous les noirs coteaux devinant ses détours,
De mille anneaux rompus recompose un seul cours. C’est ainsi qu’à travers de confuses images,
De ce journal brisé j'ai recousu les pages.
Si d’une ombre souvent le texte est obscurci, Complétez en lisant ces pages ; les voici.