LA MÈRE DE JOCELYN VEUT REVOIR SON ANCIENNE DEMEURE
Même lieu, 20 juillet 1800:
Hier, fatale idée ! el.s conçut l'envie
De revoir pas à pas la scène de sa vie,
La maison, le jardin, et de tout parcourir,
D'y revivre ua moment, fallût-il en mourir !
Ma sœur et moi, cédant à tout par complaisance, Du nouveau possesseur épiâmes l’absence,
Et, profitant de l’heure, appuyée à nos bras, Jusqu'au seuil de l’enclos nous traînâmes ses pas. Le concierge, attendri par ces deux voix de femmes, Ourrit furtivement la porte, et nous entrâmes.
Soit confiance en nous, ou soit cette pudeur Qu'’ainsi que l'innocence inspire le malheur,
Cet homme, retournant à ses travaux champêtres, Du jardin, du logis, sembla nous laisser maîtres.
Oh ! que son sentiment soit béni dans son cœur ! Ma mère, dont la joue avait r 3 couleur,
Ma mère, dont la force un men * ranimée, Empruntait de la vie à cette terre aimée, Parcourant du regard et le ciel et les lieux,
Voyait tout son passé remonter sous ses yeux ;
Le nuage des pleurs qui flottaient sur sa vue Laiïssait à chaque aspect percer son âme émue.
Elle nous entraînait partout d'un pas rêveur, Montrait du doigt de loin chaque arbre, chaque fleur ; Voulait s'en approcher, les toucher, reconnaître
S'ils ne frémiraient pas sous l'œil qui les vit naître ;
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