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112 LES YOÈTES ILLUSTAES

Voir de combin de muivs avaient grandi leurs trones, Les comparer us l'œil comme alors à nos fronts, En froisser une feuille, en eneillir une branche ; Appeler par son nom chaque colombe blanche, Qui, partant de nos pieds porr voler sur les toits, Rappelait à son cœur nos ramiers d'autrefois ; Ecouter si le vent dans l’herbe ou la verdure, L'onde dans la rigole, avaient même murmure ; Eprouver si le mur de la chère maison

Renvoyait aussi tiède au sleil son rayon ;

Ou si l'ombre du toit, sur son vert seuil de mousse, Au penchant du soleil s’allongeait aussi douce. C'était à chaque chose une exclamation,

Un soupir, puis un mot de résignation,

Puis de son bras au nôtre une étreinte plus vive, Qui trahissait l'élan d’une âme convulsive.

Enfin de la demeure ouverte, d'un coup d'œil

Et d’un élan rapide elle franchit le seuil ;

Elle nous entraîna d’un pas involontaire

Dans toute la maison, comme en un sanctuaire Qu'elle semblait fouler avec recueillement, N'osant ni respirer, ni faire un mouvement, Comme si du passé l'image tendre et saint Devait au moindre bruit s'enfuir de cette enceinte. Dans notre toit d'enfant presque rien de changé ; Le temps, si lent pour nous, n'avait rien dérangé : C'était toujours la salle ouvrant sur la pelouse,

Le réduit qu'obscurcit la liane jalouse,

La chambre maternelle où nous vinmes au jour, Celle de notre père, à côté, sur la cour ;

Ces meubles familiers qui d’une jeune vie,

Sous notre premier toit, semblent faire partie, Que l’on a toujours vus, connus, aimés, touchés ; Cette première couche où Dieu nous a couchés, Cette table où servait la mère de famille,

Cette chaise où la sœur, travaillant à l'aiguille Auprès de la fenêtre en cet enfoncement,

Sous ses cheveux épars penchait son front charmant ; Sur les murs décrépits ces deux vieilles gravures Dont les regards étaient toujours sur nos figures ; Et, près du vieux divan que la fleur nuançait, L’estrade où de son pied ma mère nous berçait. Tout était encor là, tout à la même place ;

Chacun de nos berceaux avait encore sa trace ;

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Chacun de nous touchait son meuble favori,

Et, comine s’il avait compris, jetait un cri.

Mais ma mère, entr'ouvrant ! : chambre poternelle Et nous poussant du geste : “ À genoux ! uous dit-elle, Enfants ! Voilà le lit où votre nère est mort ! ” Puis tombant elle-même à genoux sur le bord,

F; des mains embrassant le pilier de la couche, Comme nous en pleurant elle y colla sa bouche ; Ses larmes sur le bois ruisselaient à grands flots, Et la chambre un moment fut pleine de sanglots.… Mais des pieds de chevaux dans la cour résonnèrent, Le marteau retentit et les cloches sonnèrent.

À ce bruit tout à coup reprenant nes esprits,

Et comme des voleurs craignant d’être surpris, Emportant dans mes bras ma mère évanouie,

Dont cette émotion venait d’user la vie,

Dérobés aux regards par le mur de jasmin,

Je regagnai tremblant la porte du chemin, Soutenant sur mon cœur ma mère à demi morte ; Et, dans le moment même où la secrète porte

Se fermait doucement sous la main de ma sœur, J'entendis les enfants du nouveau possesseur, Sortant de la maison en joyeuse volée,

Courir de haïe en haie et d’allée en allée,

Et leurs cris de bonheur monter et retentir

Sur les pas de la mort, qui venait d’en sortir.

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