L'IMMORTALITE PAGE
(1) Pour moi, quand je verrais dans les célestes plaines Les astres, s’écartant de leurs routes certaines, Dans les champs de l’éther l’un par l’autre heurtés, Parcourir au hasard les cieux épouvantés ;
Quand j'entendrais gémir et se briser la terre ; Quand je verrais son globe errant et solitaire, Flottant loin des soleils, pleurant l’homme détruit, Se perdre dans les champs de l’éternelle nuit ;
Et, quand dernier témoin de ces scènes funèbres, Entouré du chaos, de la mort, des ténèbres,
Seul je serais debout : seul, malgré mon effroi,
Etre infaillible et bon, j'espèrerais en toi,
Et, certain du retour de l’éternelle aurore,
Sur les mondes détruits je t’attendrais encore.
Quel élan de croyance, quelle chaleur d'enthousiasme dans cette magnifique période ! Et comment ne pas admirer cette chute si brusque, qui ailleurs ferait une dissonance :
Seul je serais debout ?
Ici c’est une grande et saisissante image, qui égale ou même surpasse celle d'Horace dans l’ode si vantée où il peint le juste inébranlable dans sa volonté, debout au milieu de l'écroulement de l'univers, dont les débris le frappent sans l’étonner :
Justum et tenacem propositi virum Non civium ardor prava jubentium Non vultus instantis tyranni Mente quatit solida, neque Auster Dux-inquieti turbidus Hadriæ, Nec fulminantis magna manus Jovis; Si fractus illabatur orbis, Impavidum ferient ruinæ, Odes, I, 8.