JOCELYN
(1) Le poème narratif de Jocelyn se rattache à l’idylle par l’exquise simplicité du style, quand il faut exprimer les choses simples.
“ Point de périphrases maladroites ou recherchées, point “ d'énigmes substituées au mot propre. Lamartine prend “ le mot simple et le rend poétique par la place et le ton “ qu'il lui donne. Depuis Fénelon, personne n’a su être “ plus simple sans cesser d'être élégant ; personne n’a su “ mieux ramener dans la poésie l’usage que Fénelon re- “ grettait de n’y plus trouver depuis Homère, d'exprimer “ sas circonlocutions jes détails de la vie quotidienne, les “ustensiles du ménage et le travail de la cuisin, ou de la “ basse-cour. Lamartine entre-t-il dans le vieux presbytère “ où Jocelyn vient de mourir, il ne craint pas de parler du “ Inquet de la porte, de l'escalier qui conduisait à la chambre “ du pauvre prêtre, de la servante qui pleure, Le visage ca- “ ché dans son tablier ; de l'armoire au :inge qui se vidait “ pour habiller les pauvres :
“ Le peu qui lui restait a passé sou par sou, En linge, en aliments, ici, là, Dieu sait où. ”
“ Peint-il, le dimanche, les villageois qui viennent à la ‘messe du village,
Tous les sentiers fleuris qui descendent des bois Retentissaient de pas, de murmures, de voix ; On y voyait courir les bionds chapeaux de paille Et les corsets de pourpre enlacés à la taille. ”
“ Voilà avec quei keureux dédain de la périphrase La- “ martine décrit les scènes du hameau ; voilà le ton simple “ et gracieux qu'il donne à l'idylle. (1) ”
(1) Saint-Marc Girardin, Littérature dramatique, tome IV, pages 116 et 117.
Victor Hugo naquit à Besançon dans la seconde année
du dix-neuvième siècle. Sa mère, fille d’un armateur de
Nantes et Vendéenne exaltée, courait le Bocage au moment
même où celui qui devait être plus tard son mari, soldat
de fortune et colonel dans l’armée républicaine, était en-
voyé pour combattre l'insurrection. Ceux qui se plaisent
à rechercher dans la vie des hommes célèbres la trace des
premières influences qui ont entouré leurs berceaux relè-
veraient sans doute ce hasard qui semblait rrédestiner
Victor Hugo, en le faisant naître et grandir au milieu d’un
double courant d'idées et de sentiments contraires, à deve-
nir tour à tour le poète monarchique de la Restauration
et le poète républicain d'aujourd'hui.
Son instinct poétique s'éveilla de bonne heure : dès,
1817, l'Académie française donnait une mention à sa pièce
de vers sur les avaniages de l'Étude, et trois snnées de
suite l'Académie des Jeux floraux de Toulouse décernait
l’églantine d’or à ce poète de dix-huit ans, que Château-
k briand avait publiquement appelé un enfant sublime. En
. 1822 parurent les Odes et Ballades, qui lui assurèrent une
place définitive parmi nos grands poètes lyriques. A
partir de cette époque le nom de Victor Hugo n’a plus
cessé d'occuper et de passionner eñ sens contraire l'opinion
publique, toujours remise en éveil par une succession d'œuvres infiniment variées, d'inspiration et de mérite
inégal, mêlées de défauts saill:nts et äe qualités supérieu-
res, jamais médiocres en bien comes en mal, et qui par-
fois vous effrayent presque autant qu’elles vous ravissent.
Louis X VIEIL, qui aimait les ; ttres, fut un des premiers
à se procurer le volume des Odes et Ballades. Ille lut, le
relut, l’annota de sa main et prouva son admiration pour