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LES POË1ES ILLUSTRES

le poète en lui accordant une pension de mille francs sur sa cassette. Le public ne fut pas moins sympathique que le roi; l'édition tirée à 1500 exemplaires, s'écoula en quatre mois et procura à l’auteur un bénéfice de sept cent cinquante francs.

La pension de mille francs assurée par le roi aplanit les difficultés opposées à la réalisation du mariage du poète ; il put épouser celle qu'il aimait. Une cruelle catastrophe assormbrit cette fête de famille. Au sortir de table, le frère

du poète, Eugène, tomba soudain -Guis le délire, puis dans .

la folie ; il fallut le faire enfermer dans une maison spéciale où il mourut quelques années plus tard.

Une fois marié, Victor Iluso exerça une plus grande :nfluence sur la littérature. ’lusieurs écrivains de notre temps se souviennent encore de leurs pélérinages à la petite maison qu'il habitait au fond de la rue de Vaugirard, tout près de la fontaine encadrée entre deux peupliers. Cette maison devint le centre de réunion d’un assez grand nombre de jeunes hommes, que leur amour commun des lettres rapprochait dans les mêmes études, et qui cédaient à l'attrait naturel d’une femme jeune et belle, qui associée à tous les goûts de son mari, faisait avec grâce les honneurs de la petite maison de la rue de Vaugirard à cette société toute littéraire. Là, venaient plus ou moins assidûment Soumet, Sainte-Beuve, de Vigny, Emile et Antony Deschamps, Rességuier, Guiraud, de Beauchêne et toute une jeunesse qui éprouvait un goût passionné pour les choses de l'esprit. Quand Brizeux, qui murmurait déjà dans son cœur les premières mélodies de son doux poème de Harie, toutes parfumées d’une fraîche senteur de ses landes de Bretagne, parut un moment à Paris, vers 1824, il visita ce salon lettré, et là commença son amitié avec l’auteur d'Eloa.

Le livre De l'Allemagne, de Mme. de Staël, avait ouvert de vives discussions sur le genre classique et le genre romantique. Victor Hugo exposa ses idées, et, tout en reconnaissant la nécessité de donner à l’époque une littérature qui fût son expression, se fit le défenseur des règles éternelles du goût, du génie et des lois de la langue.

Mais la révolution de 1830 ébranla l’âme Au poète et porta un coup décisif à ses croyances religieuses en même temps qu’à ses principes politiques. La lampe qui éclairait le sanctuaire où naiïssaient ses pensées s'éteignit au souflle du- scepticisme. Entraîné par les idé:s du jour, il abandonna le gouvernement qu’il avait chanté avec

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enthousiasme et servi avec amour, pour embrasser -avec passion les idées progressives et libérales. Après les journées de juillet 1830, il chante les libertés reconquises et célèbre en même temps l’empereur dans des vers demeurés immortels.

On peut suivre aisément cet*2 transformation des idées religieuses et politiques de Victor Hugo dans tous les ouvrages qui, dès lors, sortirent de sa plume et attestent, il faut le dire, un affaiblissement dans son talent poétique. Nous devons cependant signaler comme correctif à cetis appréciation générale les Orientales et les Feuilles d'automne me sont, avec les ouvrages précédents, ses pius beaux titres

e gloire devant la postérité.

Les Orientales, ce dernier ouvrage de Victor Hugo sous la Restauration, furent publiées en 1829. On y constate uw développement du talent poétique, mais un ébranlement profond dans les idées. Dans les Feuilles d'automne (1832), le poète atteint à l’apogée de son talent ; mais on sent que la foi s’obscurcit, que le doute envahit son âme. Ce scepticisme s’aflirme surtout dans les chants du crépuscule (1835) : le poète y oscille entre l'espérance et le désespoir. Les Voix intérieures (1837) offrent moins de morceaux remarquables que les recueils précédents. Les Rayons et les Ombres (1840) constatent encore une décadence dans le génie poétique comme dans la philosophie de l’auteur.

Ces dernières poésies n'étaient plus qu'une diversion poétique du grand écrivain qui avait porté vers le théätre l’essor de son intelligence. C’est là surtout que Victor Hugo eut l’ambiti: à de faire triompher les principes de l’école romantique, qui l'avait pris pour chef et dont il traça le manifeste ut célèbre préface de Cromwell (1827). Le rôle militant de Victor Hugo commence à ce moment.

. Lamartine régna ; chantre ailé qui soupire, Il planaït sans effort. Hugo, dur partisan, (Comme chez Dante on voit, Florentin ou Pisan, Un baron féodal) combattait sous l’armure, Et tint haut sa bannière an milieu du murmure. (1)

Cette réaction contre l'esprit exclusif de l’école classique eut sans doute d’heureux résultats ; elle renouvela l’inspiration originale et ouvrit à la poésie un jour nouveau sur des horizons jusque-là dédaignés ; le moyen âge fut mieux

(1) Sainte-Beuve,

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