‹ Les poètes illustrés du XIXe siècle [microforme]Chapitre 86 sur 121 · L'ENFANT GREC · texte numérisé non relu

L'ENFANT GREC

O horror ! horror ! horror !

SHAKSPEARE, Macbelh.

Les Turcs ont possé là : tout est ruine et deuil. Chio, l’île des vins, n’est plus qu'un sombre écueil, Chio, qu'ombrageaient les charmilles, Chio, qui ds les flots réflétait ses grands bois, Ses coteaux, ses palais, et le soir quelquefois Un chœur dansant de jeunes filles.

Tout est désert : mais non, seul près des murs noircis, Un enfant aux yeux bleus, un enfant grec, assis, Courbait sa tête humiliée.

Il avait pour asile, il avait pour appui Une blanche aubépine, une fleur, comme lui Dans le grand ravage oubliée.

—Ah ! pauvre enfant, pieds nus sur les rocs anguleux ! Hélas ! pour essuyer les pleurs de tes yeux bleus Comme le ciel et comme l'onde, Pour que dans leur azur, de larmes orageux, Passe le vif éclair de la joie et des jeux, Pour relever tu tête blonde,

Que veux-tu ? bel enfant, que te faut-il donner

Pour rattacher gaîment et gaîment ramener En boucles sur t2 blanche épaule

Ces cheveux qui du fer n’ont pas subi l’affront,

Et qui pleurent épars autour de ton beau front, Comme les feuilles sur le saule ?

Qui pourrait dissiper tes chagrins nébuleux ?

Est-ce d’avoir ce lis, bleu comme tes yeux bleus, Qui d'Iran borde le puits sombre,

Ou le fruit du tuba, de cet arbre si grand, (1)

Qu'un cheval au galop met toujours en courant Cent ans à sortir de son ombre ?

Veux-tu, pour me sourire, un bel oiseau des bois, Qui chante avec un chant plus doux que le hautbois, Plus éclatant que les cymbales ?

Que veux-tu : fleur, beau fruit, ou l’oiseau merveilleux ? —Ami, dit l'enfant grec, dit l'enfant aux yeux bleus, Je veux de la poudre et des balles.

Juin 1828.

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