‹ Les poètes illustrés du XIXe siècle [microforme]Chapitre 90 sur 121 · ANDRÉ CHÉNIER · texte numérisé non relu

ANDRÉ CHÉNIER

Lorsque l'enfant paraît, le cercle de famille

Applaudit à grands cris ; son doux regard qui brille Fait briller tous les yeux,

Et les plus tristes fronts, lus plus souillés peut-être,

Se dérident soudain à voir l'enfant paraître, Innocent et joyeux.

Soit que juin ait verdi mon seuil, ou que novembre Fasse autour d’un grand feu vacillant dans la chambre Les chaises se toucher, Quand l'enfant vie t, la joie arrive et nous éclaire. On rit, on se récrie, on l'appelle, et sa mère Tremble à le voir marcher.

Quelquefois, nous parlons en remuant la flame, De patrie et de Dieu, des poëtes, de l’âme Qui s'élève en priant ; L'enfant paraît, adieu le ciel et la patrie Et les poëtes saints ! la grave causerie S’arrête en souriant.

La nuit, quand l’homme dort, quand l'esprit rêve, à l'heure

Où l’on entend - mir, comme une voix qui pleure, L’onde entre les roseaux, Si l’aube tout à coup là-bas luit comme un phare, Sa clarté dans les champs éveille une fanfare De cloches et d'oiseaux !

Enfant. vous êtes l’aube et mon âme est la plaine

Qui des plus douces fieurs embaume son haleine Quand vous la respirez ;

Mon âme est la forêt dont les sombres ramures

S'emplissent pour vous seul de suaves murmures Et de rayons dorés !

Car vos beaux yeux sont pleins de douceurs infinies, Car vos petites mains, joyeuses et hénies, N'ont point mal fait encot ; Jamais vos jeunes pas n'ont toucue notre fange : Tête sacrée ! enfant aux cheveux blonds! bel ange À l’auréole d'or !

Il est si beau, l'enfant avec son doux sourire,

Sa douce bonne foi, sa voix qui veut tout dire, Ses pleurs vite apaisés,

Laissant errer sa vue étonnée et ravie,

Offrant de toutes parts sa jeune âme à la vie it sa bouche aux baisers |

Seigneur ! préservez-moi, préservez ceux que j'aime, Frères, parents, amis, et mes ennemis même

Dans le mui triomphants, De jamais voir, Seigneur, l'été sans fleurs vermeilles, La cage sans oiseaux, la ruche saus abeilles,

La maison sans enfants |

Mai 1830.

mena

Beau, frais, souriant d’aise à cette vie nmère, SAINTE-BEUVE,

Dans l’alcôve sombre, Près d'un humble autel, L'enfant dort à l'ombre Du lit maternel.

Tandis qu’il repose,

Sa paupière rose,

Pour la terre close, S'ouvre pour le ciel.

Il fait bien des rêves,

I1 voit par moments

Le sable des grèves

Plein de diamants,

Des soleils de fl.mmes,

Et de elles dames

Qui portent des âmes Dans leurs bras charmants,

Songe qui l’enchante | Ï1 voit des ruisseaux, Une voix qui chante Sort du fond des eaux.

Ses sœurs sont plus belles.

Son père est près d'elles.

Sa mère a des ailes Comme les oisecux.

I] voit mille choses Plus belles encor ; Des lis et des roses Plein le corridor ; Des lacs de délice Où le poisson glisse, Où l'onde se plisse À des roseaux d'or !

Enfant, rêve encore !

Dors, Ô mes amours !

Ta jeune âme ignore

Où s'en vont tes jours.

Comme une algue morte, Tu vas, que t’importe !

Le courant t’emporte, Mais tu dors toujours !

Sans soin, sans étude, Tu dors en chemin ; Et l'inquiétude

À la froide main,

De son ongle aride, Sur ton front candide Qui n'a point de ride, N'écrit pas : Demain !

I] dort, innocence !

Les anges sereins

Qui savent d'avance

Le sort des humains,

Le voyani sans armes, Sans peur, sans alarmes, Baisent avec larmes

Ses petites mains

Leurs lèvres effleurent Ses lèvres de miel. RSR.

L'enfant voit qu'ils pleurent :

Et dit : Gabriel !

Mais l’ange le touche, Et berçant sa couche, Un doigt sur sa bouche, Lève l’autre au ciel !

Cependant sa mère, Prompte à le bercer, Croit qu’une chimère Le vient oppresser ; Fière, elle l’admire, L'entend qui soupire, Et le fait sourire Avec un baiser.

Novembre 1831.

Qui donne au pauvre, prête à Dieu.

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