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LES FEUILLES D'AUTOMNE

Ce recueil, qni s'ouvre par une réminiscence de ses jeunes années, constate un nouveau progrès uu point de vue i littéraire. C’est là qu'on trouve la Prière pour tous, l'Aumône, pièces trop louées et qui renferment les idées religicuses les plus erronées : aussi n’en citons-nous que des extraits accompagnés de commentaires. Il y a, par contre, beaucoup de vérité et d'amour dans la pièce Lorsque l'Enfant paraît (1) et aussi dans celle qui a pour titre : Dans l'alcôve sombre, Ce recueil est plein d’accents ‘'e tristesse qui remuent l'âme ; mais on sent que le découragement gagne le poète : sa foi s’obscurcit, le scepticisme l’envahit.

Data fata secutus, DEVISE DES SAINT-JOHNW, A

Ce siècle avait deux ans ! Rome remplaçait Sparte. Déjà Napoléon perçait sous Bonaparte,

Et du premier consul déjà, par maint endroit,

Le front de l’empereur brisait le masque étroit. Alors dans Besançon, vieille ville espagnole,

Jeté comme la graine au gré de l'air qui vole, Naquit d'un sang breton et lorrain à la fois

Un enfant sans couleur, sans regard et sans voix ; ù

(1) Par un singulier contraste, Victor Hugo, le peintre des tragiques horreurs dans ses drames et ses romans, a été dans notre siècle le poète de l'enfant : ancun sujet ne l'a plus heureusement inspiré. Tout ls monde sait par cœur ces vers pleins de tendresse et de grâce :

Car vos beaux yeux sont pleins de douceurs ;ofinies; Car vos petites mains, joyeuses et bénies , , N'ont point mal fait encore ; Jamais vos jeunes pas n’ont touché notre fange, Tête sacrée! enfont aux cheveux blonds! bel ange A l’auréole d’or!

1l est si beau l'enfant, avec son doux sourire, Sa douce bonne foi, sa voix qui veut tout dire, Ses pleurs vite apaisés ; .

Laissant errer sa vue étonnée et ravie, | Offraut de toutes parts sa jeune âme à la vig Et se bouche aux baisers |

196 LES POÈTES LLUSTRES

Si débile qu'il fut, ainsi qu'une chimère, Abandonné de tous, excepté de sa mère,

Et que son cou ployé comme un faible roseau Fit faire en même temps sa bière et son berceau, Cet enfant que la vie effaçait de son livre,

Et qui n'avait pas raême un lendemain à vivre, C'est moi, —

Je vous dirai peut-être quelque jour

Quel lait pur, que de soins, que de vœux, que d'amour,

Prodigués pour ma vie en naissant coadamnée.

M'ont fait deux fois l'enfant de ma mère obstinee, Ange qui sur trois fils attachés à ses pas Epandait son amour et ne mesurait pas!

O l'amour d'une mère ! —amour que nul n'oublie! Pain merveilleux qu'un Dieu partage et multiplie ! Table toujours servie au paternel foyer !

Chacun en a sa art, et tous l'ont tout entier !

Je pourrai dire un jour, lorsque la nuit douteuse Fera parler les soi: ma visillesse conteuse, Comment ce haut destin de gloire et de terreur Qui remuait le monde aux pas de l’empereur”

Dans son souffle orageux m'emportant sans aufense, À tous les vents de l'air fit flotter mon enfance. Car, lorsque l’aquilon bat ses flots palpitants, L'océan convulsif tourmente en même temps

Le navire à trois ponts qui tonne avec l'orage,

Et la feuille échappée aux arbres du rivage !

D'ailleurs j'ai purement passé les jours mauvais, Et je sais d'où je viens si j'ignore où je vais. L'orage des partis avec son vent de flamme

Sans en altérer l’onde a remué mon âme,

Rien d’immonde en mon cœur, pas de limon impur Qui n’attendît qu'un vent pour en troubler l'azur !

Après avoir chanté, j'écoute et je contemple,

À l’empereur tombé dressant dans l'ombre un temple,

Aimant la liberté pour ses fruits, pour ses fleurs, Le trône pour son droit, le roi pour ses malheurs ; Fidele enfin au sang qu'ont versé dans ma veine Mon père vieux soldat, ma mère Vendéenne!

Juin 1830.

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