‹ Les Poètes-misèresChapitre 12 sur 47 · AUGUSTE LE BRAS · texte numérisé non relu

AUGUSTE LE BRAS

Il avait plusieurs croix, un superbe cordon ;

Ajoutez à cela sa forte pension.

Et, pourtant, son épée était encor pucelle :

Il était honoré comme un guerrier fidèle,

Mais suivant de Picard, le conseil très prudent,

Pour parvenir à tout, il fut sot et rampant.

Je vis, un autre jour, orner la boutonnière

D'un héros qui jamais ne connut le mot guerre.

Décoré du ruban par la main d'un préfet,

Tout ému de plaisir le pauvre homme tremblait,

Partout, au même instant, mon oreille attentive

Entendit répéter d'une voix peu craintive :

Ne tremble pas, la croix que Ton va te donner.

Il s'agit de la prendre et non de la gagner.

Et moi, sentant alors la beauté du mot prendre.

J'ai dit : Pour réussir, il ne faut jamais rendre.

Fripons, avec de l'or on nous honorera,

Honnêtes, sans argent, on nous méprisera.

Regarde ce baron qui possède équipage

Ec brûle de revoir le beau droit de jambage ;

A tout gouvernement, il se prêta fort bien ;

Sous le roi Louis XVI, il était plébéien.

Lorsque sur les Français la liberté nouvelle,

Pour leur servir d'égide, eut déployé son aile.

Notre baron partout criait avec fureur :

Foulons aux pieds, des rois la pourpre et la grandeur :

Et brûlant du désir d'acquérir la richesse.

De ses biens, disait-il, dépouillons la noblesse ;

Quand sur la France, enfin, régna Napoléon,

On vit encor changer notre caméléon.

De tous côtés, alors, il avait soin de dire :

Vive notre empereur! Vive à jamais l'empire !

Cependant, le héros qu'on aimera toujours;,

Enfermé dans une île y termina ses jours.

Et le petit baron, modèle ae prudence.

Rampa devant les rois qui rentraient dans la France.

Voilà comme on parvient sans courir de danger;

De cet exemple là, profitons, Béranger.

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