‹ Les Poètes-misèresChapitre 11 sur 47 · IMBERT GALLOIX · texte numérisé non relu

IMBERT GALLOIX

Il rampe... des flots noirs, il rougit la crinière, Tombe enfin, s'éteint, meurt et meurt en foudroyant.

Laissez-moi, laissez-moi, voix qui partez du monde, Ne troublez pas ma paix, car j'ai trouvé la paix ! L'incendie, après lui, laisse une paix profonde : Ses débris entassés font silence à jamais.

Calme vain ! — Je suis seul et c'est là mon supplice ; Au tourment d'être seul je me suis condamné. Seul et jamais d'amour!... que chaque être obéisse; Un œil suivait ses pas quand il n'était pas né.

Mon âme lève un peu tes ailes accablées ! L'enfer rit de Tantale, il a soif, il a faim, L'eau fuit en murmurant ses entrailles brûlées, Les fruits qu'il va cueillir s'éloignent de sa main.

Puisque loin des parfums, puisque loin des rivages, Où l'air berce les bois et les flots le soleil. Où glissent les zéphirs, où grondent les orages, Où l'aurore est d'azur, où le soir est vermeil.

Puisque, chez l'étranger, mes veilles délaissées Sont comme un de ces jours qui ne peuvent finir, — Oh ! laissez-moi mon deuil et mes tristes pensées ! Vains rêves de bonheur ! Oh ! laissez-moi soufirir !

Oh ! que nul souvenir, nulle amitié chérie. De mes premiers beaux jours que nuls lointains échos, Nul espoir de bonheur, nul rêve de patrie. Que nul vivant surtout ne trouble mon repos !

Que je sois oublié comme la source vive Où le pâtre s'arrête, où boit le voyageur, Oublié comme un rêve où l'âme fugitive Dans une énigme obscure entrevoit le bonheur.

Qu'auprès du lumignon consumé solitaire. Sans plaindre le malheur je le fuie à mon tour. Et si des bruits encor, m' arrivent de la terre. Que la terre n'envoie à ce cœur sans amour

Que des remords, des pleurs, qu'une ombre chère et vaine Qu'un nuage inconstant qui roule seul et noir, Qu'une étoile sans sœurs, isolée et lointaine. Qu'un météore errant qu'on ne doit pas revoir.

(1) Vrai, juste, sain, puissant ; seule âme, âme des âmes, Dieu du pauvre, à tes pieds, je m'abaisse en pleurant. Suis-je seul, ô mon Dieu, lorsqu'en tes vastes trames, Ton œil dans l'infini n'a rien d'indifférent.

J'avais longtemps doute, ta lumière est venue; Mes yeux longtemps sans pleurs se sont tournés vers toi ; Mon sang s'est réchauffé d'une flamme inconnue; J'ai prié : ta clémence a descendu sur moi.

Que mon âme coupable ait mérité la vie. Qu'anneau d'un grand mystère et ne le sachant pas, A son départ du corps, attristée ou ravie. Elle avance d'un monde ou recule d'un pas ;

Puissante et sur la foi de son essence iîitime, Sur la foi de ces voix qui lui parlent souvent. Elle ira dans sa route oppressée ou sublime, Mais tranquille toujours sous l'œil du Dieu vivant.

Jusqu'au jour où de vie et d'amour abreuvée, Hors du temps, de l'espace, et dans la vérité, Elle déposera sa dépouille éprouvée.

Pour naviguer au port de l'immortalité.

Paris, 26 octobre 1828.

(1) Cette addition à la pièce ci-dessus fut écrite par Galloix daux jours avant sa moit : ce sont ses derniers vers.

/lUQUSTE LE BRflS

UN MOT A BERANGER (i )

Lorsque d'un vrai héros, nous rappelant l'histoire,

Tu fis,, d'une prison, le temple de ta gloire,

D'où vient donc, Béranger, que, sur toi, plein d'ardeur,

Ce qu'on nomme justice épuisa sa fureur.

Ta voix patriotique osa chanter la France.

Et ton œil, sur les bras, a vu tomber des fers.

D'un guerrier malheureux tu pleuras'les revers,

Et ton œil, sur tei bras, a^vu tomber^de" fers

Haïssant les tyrans, chérissant le vrai brave,

La liberté t'anime, et l'on te fait esclave.

Ah ! si tu consentais à devenir flatteur,

A ton habit, bientôt pendrait la croix d'honneur ;

Et dans peu, je le gage, une foule vulgaire,

Te verrait noblement voler au ministère.

Mais sans aile, dis-tu, pourrai-je m'élever

(1) On pourra juger la poéjie de Le Bras par les extraits que nous donnons ici à titre de curiosité. La pièce Un mot à Béranger n'est évidemment pas admirable, mais on y remarque de la sincérité, une inspiration ardente une jeunesse qui déborde et qui trouve par hasard l'expression heureuse pour dire son enthousiasme ou son indignation.

Bibliographie : Les Trois Règnes, Paris, 1829, in-8 de 16 pages, on y trouve une pièce sur la Révolution de 1793 : Bègne de la Liberté, une autre sur Napoléon : Règne de l'Honneur et une dernière sur la monarchie : Règne des rois. Cette brochure contient encore une pièce intitulée : Un mot à Béranger. — Trois jours du Peuple, stances, Paris 1830. in-8° de 8 p. — Les Arme icaines, Paris 1830, in-12, 140 p. Pierre II i, tragédie^ en collaboration avec V. Escousse, représentée au Théâtre-Français le 21 décembre 1831. — Raymond ou l'Héritage du naufragé, mélodrame, en collaboration avec V. Escousse, représenté à la Gaîtéle24 janvier 1832. — Georges ou le Criminel par amour, en collaboration avec Frédéric Guillardet, Paris 1833, in-8 (représenté à la Gaité, le 19 mai 1833.)

A consulter : H. L. G. (du Morbihan) : Une visite au tombeau d'Auguste Le Bras, Paris, 1834, in-8, — Jules Jaxin ; Littérature dramatique t. I Pari?, 185.3. — Alexandre Dumas: Mémoires t. IX, Paris^ 1852-54. — Béranger ; Chansons nouvelles et dernières : le suicide et note, Paris 1833. — Auguste Brizeux : Marie. Paris, 1832. — L'Inter' médiaire des Chercheurs et des Curieux, t. XXII et XXIII.

80 LES POETES-MISEBE

Au milieu des Français qu'il me faudrait braver.

Sans doute, et pour ce cas, j'en appelle à Villèlj :

Un ministre, toujours, a su voler son aile.

Allons, ne tardons plus, afin de parvenir,

Du grand Napoléon, chassons le souvenir.

Proclamons qu'en Autriche il combattit sans gloire,

Puisqu'il n'existe plus, flétrissons sa mémoire.

Laissons d'autres auteurs dire, en méprisant l'or,

Que, des rois f.... la race existe encor.

Quant à nous, permettons à notre voix menteuse

De répéter partout que la France est heureuse :

Disons que Martignac est un second Colbert,

Et que, de mécontents, le pays est désert.

Lorsque nous entendrons d un ton ferme et farouche,

Le mot de liberté voler de bouche en bouche,

Lorsque tous les Français par les cris superflus

Appelleront, hélas ! un héros qui n'est plus,

Lorsque, dans sa douleur, oubliant la prudence,

Le malheureux, sans pain, rompra l'aft'reux silence,

En nous courbant alors, disons d'un air joyeux,

Dé son gouvernement, le peuple est trop heureux !

Célébrons dans nos vers et l'autel et le trône;

Turons que Cadoudal est plus grand que Cambronne;

De la France, surtout, soyons les ennemis.

Et plaçons don Miguel au rang de nos amis....

Mais c'est encor trop peu... pour que l'on nous révère,

Imitons le héros qu'a célébré Molière,

Et, d'un masque trompeur, nous couvrant avec art.

Des fils de Loyola déplorons le départ.

Vivons en bons chrétiens et fréquentons l'église,

L'apparence suffit, bannissons la franchise.

Aussitôt, j'en suis sûr, les décorations

Vont nous venir en foule avec des pensions,

Et, pour mieux imiter un Dieu né dans la crèche.

Issus d'un nom obscur, nous roulerons calèche.

Peut-être quelque jour (pour moi j'en ai l'espoir).

Nous marcherons ornés d'un cordon en sautoir :

Qui sait ?... j'ai vu jadis, dans ma ville natale.

Un vieil homme étalant sa grandeur amirale ;

Page 1