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LA FORET

Par un soir d'anges, j'ai marché dans les torrents ! Mon luth d'or triste épouvantait les esclavages : Des grands torrents, vers moi jaillit un Lys sauvage Et j'ai cueilli le calme Lys des conquérants !

Sur les hauts lacs, comme des Xymphes souveraines.

Des nénuphars de qui le torse reluisait

M'ont désigné la Vierge d'eau qui serait reine !...

Le vent chaste, en leur bouche ouverte, reposait.

Et puis j'ai rencontré la Forêt vagabonde

Qui. pour ressusciter le vieux dieu que je fus.

M'a tendu ses deux seins. qui s'enflaient comme une onde

Et m" a mordu le cou, dans un rire confus 1

Cim '^ sur cimes a croulé la Forêt ample;

Sous ses flancs nus et frissonnants, j'ai succombé.

Sa robe verte m'a vêtu comme d'un temple :

— J'ai vu le ciel des fleurs, à son front haut flamber !

Mes bras sont, ruisselants du sang rouge des baies, Mes pieds nus ont foulé les fraises et les fleurs, Je sais le chant sacré des antiques douleurs Et la sève du monde a coulé par mes plaies !

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