‹ Les Poètes-misèresChapitre 43 sur 47 · VERS DORES POUR HENRI DEGRON · texte numérisé non relu

VERS DORES POUR HENRI DEGRON

La route lactescente et profonde où plongea Mon blanc coursier, nourri des fleurs vierges des cim?s Sous ses pieds d'or sonnant, cède; et je vois déjà Des champs promis, trembler, là-bas, l'azur sublime.

Victoire ! Secouant d'héroïques flambeaux Par-dessus la nuit même aux voûtes d'ombre et d'astres, J'ai — pour faire surgir des peuples fiers et beaux — De mes clairons d'argent, assourdi les désastres !

Des mains des mécréants, j'ai reconquis la Croix, Et dans des poudroiements de gloire et d'épouvante, La hausant par-dessus les aurores levantes, Pour mieux porter mon Dieu, je me suis sacré Roi.

Et le peuple est venu vers moi, portant des branches, Mais des fils de ténèbre, hochant la tête, ont dit : « Celui-là nous déplaît, parce qu'il resplendit. » J'ai clos leur lèvre en leur imposant mes mains blanches

Puis l'Azur pacifique a calmé mon courroux, J'ai supplié l'azur de descendre en leurs âmes. Parce que je fus fort, je fus aimé des femmes, Les hommes m'ont aimé, parce que je fus doux.

Et quand l'élan de mon coursier archangélique Rasa le clair buisson de myrte où tu t'assieds, Divin poète, au chant plaintif et bucolique. Tu fis voler ton myrte — en couronne — à mes pieds.

Prends, pour qu'il t'ouvre, un jour, mes cités sans exemples Ce rameau de rosier humide et florescent Car de mon blanc coursier, quelquefois, je descends Sur le bord de la route, et j'y bâtis des temples.

EAEMANUEL SIGNORET 155

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