CHANT HEROÏQUE
Aurore ! je n'ai pas à t' arracher tes voiles
Et je ne ferai point jaillir l'eau du rocher.
— Pourtant je porte aux flancs des semences d'étoiles :
Tout un monde naissant sous mon front est caché.
Hagard, j'ai pris des vols d'éclairs dans mes mains jointes, Des lierres d'or à mes cheveux sont mélangés Et sur mon arc tremblent des flèches dont les pointes Versent la mort aux flancs des hommes étrangers !
Un ciel naquit par moi plein d'étoiles vivantes — Seul, comme un vin de feu. Soleil tu pénétras Dans ma veine où roulaient de pâles épouvantes... Et j'ai passé portant la Beauté dans mes bras !
Les forêts m'ont couvert d"ombrages prophétiques, Mon cœur battit sous les écorces du bouleau, La brise m'enseigna de sauvages' cantiques Et mon âme a souri dans mes yeux, près de l'eau.
Et les vieux dieux du feu m'ont répondu l'audace !... Mon regard transforma tout ce qu'il a touché. 0 vous tous tressaillez, car je suis d'une race D'astres... Un monde en fleurs sous mon front est caché !
156 LES POÈTES-MISÈKE
La tendresse des hitîis unie au son des brises Fit héroïquement palpiter mes seins blancs ; Jai des paroles de candeur que m'ont apprises Les myrtes douloureux et les lauriers tremblants.
On profana ma voix sur des luths adultères. Comme un vent enflammé d'autres burent mon sang.
— Xul ne saurait tarir le cœur joyeux des terres Et j'ai versé la vie à grands flots, en passant !
Car la foudre est tombée et retentit aux bouches De mes trompettes d'or où sonnent des effrois ; La foudre qui blessa vos flancs, flûtes farouches Consume aussi le sceptre aux mains vaines des rois .'
Négligeant une lutte où languit ma main forte J'ai lancé sur les mers d'éblouissants vaisseaux. Jésus! ta croix de feu tombe au gouft're et j'apporte Une lyre qui chante ainsi que les oiseaux.
L'illustre sang des dieux brille aux buissons de mûres L'éclat des fleurs illumine mon horizon :
— Enivrez les cieux bleus de vos profonds murmures 0 vents spirituels de la sainte raison !
J'élèverai, comme un ciel se courbe, la Coupe ! La jeunesse des yeux de l'homme y resplendit.
— La lune, aigle d'argent, bat de l'aile à ma poupe.
— Le sourire du monde à mes lèvres grandit !
Quand ma nef passera près des plages obscures A l'heu'Ve délicate où dorment les troupeaux. Jetez aux vents des nuits, ô vierges, vos ceintures Sombres bergers, jetez au torrent vos pipeaux !
Et courez vers la vague où traînant Taube grave Le grand Vaisseau tonnant de musique s'accroît; — • La mer engloutira la plage où dort l'esclave.
— Le fruit de vie est mûr dans les jardins du Po! .