‹ Les Poètes-misèresChapitre 8 sur 47 · IMBERT GALLOIX · texte numérisé non relu

IMBERT GALLOIX

J'irais boire du lait dans les grottes profondes Du palais d'Aladin.

Ch ! si les champs du ciel étaient mes champs de gloire. Si j'étais un oiseau, l'oiseau de la victoire

Ou l'oiseau de l'amour; Que de maux sans espoir, que de belles chimères, Que de douleurs peut-être aussi douces qu'amères Partiraient tour à tour !

Mais le calme renaît; une haute pensée

Ou descend sur mon cœur, ou s'en est élancée.

Elle a dit en passant :

Espère, écoute et crois, fils des fils de la terre, Ecoute,' car voici, j'ai le langage austère

Qui s'en va consolant.

La main qui dans les cieux dirige ces nuages.

Qui dit à ces oiseaux que pour leurs longs voyages

C'est là qu'est le chemin ; Qui foudroie un grand roi, qui fracasse un vieux chêne. Qui volcanise un globe ou guérit une peine

Cette main, cette main

Qui. dans la nuit des mers, fait tourner la boussole, Qui montre en se jouant au papillon qui vole

Les calices vermeils, Qui dans l'air pluvieux, comme une immense écharpe. Balance rni arc-en-ciel, qui vibre sur la harpe

Aux cordes des soleils,

Et crois-tu que toi seule, cette main t'abandonne ? Ah! l'œil qui la dirige à jamais t'environne;

Il voit, tu ne vois pas ; Il ouvre devant toi des routes inconnues. Tes inspirations d'où sont-elles venues,

Où sont allés tes pas ?

74 LES POÈTES-MISÈEE

Du feu que répandaient ses prunelles sublimes ^'a-t-il pas éclairé ton horizon d'abîmes;

N'avais-tu pas perdu I.a trace du chemin? N'étais-tu pas dans l'ombre •Criant? — Mais le passant fuyait la plaine sombre.

Sans avoir répondu.

Alors qui vint à toi? Qui t'envoya son ange Entre le noir torrent et la blanche lavange,

Ces coursiers de la mort?

Oh ! c'est lui, c'est celui qu'on ignore et qu'on nomme, ■Celui qui veille aussi sur les pas de tout homme.

Celui qui fait le sort.

Page 1