IMBERT GAI.LOIX
A ses chants les plus doux ; Et la douleur, comme elle, ici-bas pleure et chante Les mondes primitifs, l'exil de l'âme errante,
L'heure du rendez-vous.
Ainsi je rêve un monde éclatant d'harmonies ; L'âme y monte bercée aux concerts des génies
Sur un nuage d'or, Puis abattant son vol des champs de la lumière, Elle ploie sur nos bords son aile aventurière
Pour y rêver encor.
Or ces rêves divins, de vie obscure essence, Ces visions sans nom, vague réminiscence
Qu'effacent nos réveils Que sont-ils. ô mon âme ? Ils sont ta voix plaintive, Qui gémit dans les fers, et qui chanta captive
D'invisibles soleils.
Ainsi je vais rêvant; car ma vie est un rêve
Qui du matin au soir naît, meurt, renaît, s'élève,
Et navigue à tout vent; Et, du matin au soir, mes légères pensées Sont les fleurs de nos monts sans ordre entrelacées.
Ainsi je vais rêvant !
Mais où vont ces oiseaux dont l'aile est aussi blanche Que le manteau neigeux roulé par l'avalanche
Sur tes flancs crevassés ? *
O Buet, vieux géant dont les cimes fourchues Ont peut-être abrité ces beaux oiseaux des nues
A mes yeux balancés.
Que ne suis-je un de vous? Quand renaît la lumière, Je m'abandonnerais dans l'immense carrière
Au caprice, au plaisir.
Ou bien, j'irais rôder dans un manoir grisâtre, Et, dans une embrasure, une plante bleuâtre
Serait tout mon désir !
72 LES POÈTES-MISÈr.E
Tantôt, dans un désert, deux arbres seuls et sombres Me diraient tristement : Descends, viens sous nos ombres,
Et charme nos ennuis.
Tantôt, de flots en flots, perdu sur l'Atlantique, Je me délasserais de ma course nautique
Sur des vaisseaux détruits.
Je ne connaîtrais pas mes veilles indicibles Et ces nuits de terreur, ces rêves si terribles
Qu'on n'en peut pas gémir !
Mais je verrais au loin quelque île fortunée, Déserte, aux vents du ciels, aux flots abandonnée,
Et j'irais y dormii'.
L'orgueil qui vous retient, mes paroles muettes. N'aurait pas à pleurer sur ces douleurs secrètes
Qui renaissent toujours !
Les arbres du chemin et l'eau de la rivière, Et lorsque vient le froid, l'Afrique et sa lumière,
Prendraient soin de mes jours !
Ou dans le jour brûlant je devinerais l'onde Sous ces arbres lointains que la verdure inonde;
Ou bien encor parfois.
Aux éclairs de juillet, pâles, soufrés, livides. Je descendrais soudain sur les tombes arides-
Des pâtres du grand bois.
Oh ! j'aimerais aussi sur des plaines roulées
Aux bords de l'infini, mais que n'auraient foulées
Que les sept vents du ciel.
Voler, voler toujours, voler, voler encore. Et chaque année, un jour, suspendre au sycomore
Mon voyage éternel !
J'aurais peut-être encor des désirs plus fantasques; Oui, j'irais folâtrer aux cimiers des grands casques
Du paradis d'Odin ; Ou, parmi les parfums, les esclaves, les ondes,