‹ Les Poètes russes (volume 2)Chapitre 12 sur 16 · U FANTOME DE LAMOUR · texte numérisé non relu

U FANTOME DE LAMOUR

Jeune homme , livrenoioi tes firatchea destinées i Viens et suspends ta vie à mon bras rose et blanc ; Sans moi ses pas sont lourds » ses heures sont fanées* On donne le bonheur» qu'amassent des années, Pour mon sourire étincelantt

Mon seul sourire vaut une existence entière.

Entasse des trésors, monte au trône d'un roi. Sois le Dieu qui soumet la renommée altière..* Esclave de la vie et portant sa litière , Tu n'es qu'un mendiant sans moi.

Moi seul je sais combler, peupler le vide immense, Le gouffre sourd, ouvert sous tout homme en tout lieu ; Moi seul j'ai dans la main la magique semence D'un pouvoir infini qui toujours recommence Et fait les miracles sans Dieu,

Quand ce ciel s'étendait sans soleil, sans étoiles, Quand la terre gissait sans axe, sans étais , Quand l'univers voguait sans boussole et sans voiles, Quand l'antique sommeil portait tout dans ses voiles , Quand rien n'était encor, j'étais* 1

Déjà je me penchaid sur ce sommeil du monde , J'évoquais avec Dieu ce qui devait venir; Et créant à sa voix , шоп haleine féconde Faisait éclore au loin les cieux , la terre , l'onde Et tout le champ de l'avenir.

О jeune homme! suis-moi, mes routes sont fleuries ; Tes yeux 9 à mon flambeau doucement interdits, Cr oîront voir, s'égarant de féerie en féeries , Flotter sous le ciel pur, danser sur les prairies Les rêves d'or du paradis.

Les fictions partout croiseront leurs volées ; La nature muette aura des mots, des voix ; Les ramiers, les ruisseaux, les forêts isolées Jetteront à ton cœur leurs paroles voilées , Te révélant ce que tu voisi

Ton cflBitr iMomuiftni ces MOotUBf шушршйе^м Gomme dee Mmenin de toi miiI leteooef .

Ta comprendn» ce monde aux formée fimtaetiqiiee. Ceux ф|'ес1а11е11г ioodaiii mes isards magoédquee Sont des poètes tout Tenus.

Tout le miel contenu dans les hamains calices , Tous les enÎTrements qu'à Dieu j'enlërerai.

Tout ce que terre et cieux exhalent de délices , J'en remplirai pour toi, sur le sol où tu glisses , La coupe que je te tendrai.

Je verserai sur t(A le baptême d'extase, J'édifierai pour toi , dans ее monde perters , Avec les clairs rayons dobt le soleil s'emiNrase , Comme on met une perle ац fond d'un sombre vase. Un nouvel et vaste univers.

Ц FANTOME DE U eUNlE.

Jeune homme » fuis y oh ! fuis la yision traîtresse ; Ne la crois point et crains sa langue enchanteresse. Sa chaîne d'or meurtrit comme un collier de fer. Son diecotti» qui t'enlace est Taapie аош les loeea > Se» iûQges rayoanantft ont de§ lévale тагАвм» Son extase est focgée aux flammea de Teofev*

Oui , sa béatitude inaensée et rapide

N'est qu'un rêve sans but, une ivresse stupide;

Elle énerve les seins que ses doigts ont serrés.

Ce sourire vanté, ce sourire céleste,

Comme l'éclair que lance une foudore fuaegte\

Enfonce dana le cœiur cent po^aa^d» acéiée.

Sois homme, rompis le joug du sommeil qui te lie ; Que ton esprit repousse et que ton âme oublie Ce fantôme menteur de la félicité ; Suis-moi, viens, viens trôner au palais que j'habite ; Mais d'abord morne, austère, ainsi qu'un cénobite. Prends l'armure d'acier de la ténacité.

Car mon chemin est long, ardu, désert et sombre ; Vers la clarté lointaine on marche errant dans l'ombre ; Partout la ronce nue et le gouffire béant ; Partout un roc glacé, sans une fleur qu'on aime ; Mais chaque pas qu'on fait, menant au but suprême, Est un pas lumineux, est un pas de géant.

Marchons à mon palais ; par-delà cette terre. Dans un air azuré qu'aucun souffle n'altère,

Il déploie aux regards ses dômes spacieux , Ses superbes frontons rayonnant dans l'espace , Ses colonnades d'or, dont Téclat les surpasse , Sur leur jet colossal semblant porter les cîeux.

Marchons; —là , les lauriers s'enlacent aux murailles ,

Récolte du génie en ses champs de batailles ;

Là , la pourpre des rois tapisse les pavés ;

Les sièges de repos y sont autant de trônes ;

On a pour marche-pied des sceptres, des couronnes

Et pour dais les soleils dans ces murs enclavés.

Devant tous les parvis, sous toutes les arcades ,

L'eau vive monte en gerbe ou retombe en cascades;

Les fondements y sont d'un ciment éternel ;

Chaque pilier est fait du résidu des âges ;

La Renommée agile y garde les passages ;

Le Temps veille captif au porche sofennel.

ir, 21

Là , le jour immortel, Timmortelle durée j

Là y balancé toujours , dans la sphère épurée »

Le printemps exhalant ses doux rayoûnemeûts ;

Là 9 gardée à jamais par les saintes phal&ngei ,

Tu verras flamboyer , sous une voûte d'anges ,

• — if«-

La table des grands noms, faite de diamants.

Le sort même ne peut toucher à ce beau Hvre Dont seule je dispose , et que seule je livre A ceux qui l'ont conquis , marchant à mon côté : Viens , viens , et tu verras bientôt ton nom sonorô Y luire en larges traits, plus brillants que Гаигоге, Dans le cercle de feu de l'immortalité.

KHOMIAKOF'

inrilÈUf.

iti Viu0iftt^

Les flatteurs t'avaient dit : « Sois orgueilleuse» Ь terre! Qui taillas puissamment avec ton cimeterre

L'univers par moitié ; Terre au front couronné, sublime, incorruptible. Terre faite à jamais d'acier indestructiblci

Prends le monde en pitié.

• Tes domaines n'ont point de bornes dans l'espace; La Fortune^ en tous lieux où ta majesté passe,

A ton commandement Pliant les deux genoux en esclave fidèle j Dès que tu dis, je veux, et que ta voix l'appelle,

T'obéit humblement i

» On voit s'épanouir les fleurs et les semences

Sur tes steppes ; les cieux ont pris tes monts immenses

Pour marches de leur seuil; Et chacun de tes lacs est comme une mer vaste 1... • Russie, ah! n'en crois rien! fuis ces mots pleins de faste,

6a«(lfr4di de Г<я^$11€Й.

Qu'importe qu'tlk «ms Mué tee flettvM aieul del Фаевй Pareilles aux flots bleèui des m^e ke plue yiMt>ndes,

Que tes monts epacieux Aient des entrailles d'or et de brillants superbes , Et que les champs de blé, roulant leurs hautes gerbes,

S'étalent sous tes deux?

Qu'Importe qu'éblouis par ta magnificence ,

Les peuples baissent l'œil et craignent la puissance

- De ton sceptre vainqueur ?

Que sept mers nuit et jour murmurant leurs cantiques» Chantent eertilement aux pieds de tes portiques Tes louanges en chœur?

Qu'importe que, soufflant de sanglantes tempêtes, Tes aigles aient au loin renversé murs et faites

De cent cités en deuil ?

Oh ! de tant de pouvoir, de gloire et de poussière, Russie, ô mon pays, gardeH:oi d'être fière,

Garde*toi de l'orgueil 1

Plus terrible que toi fut la ville romaine ,

La reine aux sept coteaux qui prenait pour domaine

L'univers en passant. Réalisation palpitante et fatale Des volontés de fer, de la force brutale

Faites et chair et sang.

Plus large que le tien était le cimeterre Des hordes de TAltaï qui décimaient la terre ;

Et puis, et puis encor.

Avide et l'œil altier, n Vt-on pas vu la reine Des ondes d'Occident s'enfouir souveraine

Sous ses grands lingots d'or?

Et pourtant Rome, hélas! n'a plus son auréole » Les vents ont balayé la tourmente mongole.

Et la sombre Albion Gbancelante» étouffant le cri de sa détresse , Tisse pour gagne pain de noirs complots, traîtresse

Л toute nation.

C'est que Tesprit d'orgueil a d'infécondes brises. Seigneur» tu reprends Гог, et l'acier tu le brises,

Tout s'éclipse à ta voix ; Toute force ne vit que dans les choses saintes ; Rien n'est fort que la main qui fait dans tes étreintes

Le signe de la croix.

Or ta suprême loi, ton sort à toi , Russie, Ta haute mission, par Dieu même choisie,

C'est, sur tout l'univers D'épancher de ton sein, plein de sacrés mystères. Les sacrifices purs et les œuvres austères,

Pour sauver les pervers.

HwÏÏ.

Sur les hauteurs du Dnieper, dominant la campagne» Le vieux Kieff rayonne à mes yeux enchantés ; Le Dnieper étincelant roule sous la montagne Sa moire chatoyante, aux reflets argentés.

gloire! c'est Kieff! la ville séculaire 1

Cet antique berceau d'un peuple triomphant !

• Et moi j'eus pour nourrice

• Notre mère Moskva. »

Gloire au Dnieper, le beau fleuve aux eaux expiatoires Gloire à Kieff, la ville aux murs miraculeux! О KiefF, à jamais tes catacombes noires Éclipsent la splendeur de palais fabuleux.

Gerte, il nous en souvient ; quand jadis épaissie L'ombre du paganisme errait dans notre ciel, Soudain, irradiant la nuit de la Russie, Sur tés murs se leva le soleil éterneL *

Ainsi qu'aux jours passés, aux jours présents encore. Des plus lointains climats, des déserts inconnus, Des grands fleures du nord, du couchant, de Taurore, ville de nos saints ! tous nous sommes venus.

Nous sommes accourus , milice évangéliquc, L'oraison à la bouche et le rosaire en main, Aux lieux où chaque tombe enserre une relique, Où tout caveau du ciel nous montre le chemin^

Frères, mais, où sont donc les fils de Volhynie? Galitsch, où sont tes fils, que tu nous amenais En ces temps ?••• ô malheur! opprobre 1 félonie ! Les uns furent jetés aux bûchers polonais ;

Les autres, amorcés par les pompes royales, Séduits par la Pologne, au branle des festins, Vendirent à ses rois leurs âmes déloyales, Souillèrent dans l'orgie, hélas ! leurs purs destins.

Le fer, la trahison, et la flamme et la ruse

Nous les ont enlevés, ces fils de nos aïeux !

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