EMILE DESCHAMPS
MIATLEF.
in ШклпеЫ €0updc.
— Où vas-tu flottante sur Tonde, Pauvre branche? Tu ne sais pas.
Prends garde : la mer est profonde, La mer est méchante, là-bas.
Avec la vague mugissante' Tu n'auras qu'un moment lutté, Comme l'orpheline innocente Avec notre perversité.
La terrible, quoi que tu souffres, Te terrassera mille fois Et t'entraînera dans ses gouffres- Branche, prends-garde, entends ma voix !
— Qu'ai-je besoin de prendre garde.
Répondit la branche, et pourquoi?
Je suis déjà sèche, regarde :
La vie, hélas! n*est plus en moi!
Du tronc paternel, presque morte, L'aquilon vient de m'arracher.».
Que la vague à tout vent m'emporte !
Je ne fais rien pour l'empêcher.
Aussi bien, sois juste ; à cette heure [^Qu'ai-je à désirer que mourir?
A тол cher arbre qui me pleure Je ne pourrais plus refleurir !..
EMILE DESGHAMPS.
MIATLEF.
in S^tfUun.
Statue, oh I que te voilà belle I Et mon âme est pleine de toi I C'est bien là, c'est justement celle Que je m'imaginais pour moi.
Que je sculpte dans ma pensée, Que je caresse en mon sommeil , Et qui se pâme, caressée Bien longtemps après mon réveil !
Саг ce n'est pas d*hier, va, que tu m'es connue I
Déjà, par ton fantôme ou mon rêve abusé.
Déjà plus d'une fois j'ai , malgré toi, baisé
Ton sourire innocent , ta gorge demi-nue ;
J'ai pressé ton corps vierge entre mes bras amants ;
J'ai joué, sans te craindre, avec tes pieds charmants.
Ah! si je pouvais donc trouver... si je devine
Un moyen d'animer cette forme divine
Et de verser en elle un de ces purs amours ,
Tout semblable à celui qui m'enivre et me tue...
Insensé, je me perds en stériles discours!
Mon destin est d'aimer, d'adorer la statue ;
Le sien est de rester un marbre froid toujours.
imVE DE8CHÀ1IP8.
MIATLEF.
it |lttA0C.
Que dans les champs du ciel coure un nuage noir : 11 s'en va de la lune éclipser le visage, Et m'obscursir au loin mon beau chemin du soir ; Et je frémis déjà, plein d'un sombre présage.
Dans notre vie il est des nuages aussi ; Et sa joie à l'instant se ternit et s'attriste , Quand la main du malheur sans dire : me voici I Sur le cœur stupéfait se pose à Timprovisle,
Mais, chassé par les vents, fuit le nuage noir; Et, comme elle brillait, la lune brille encore; Elle argenté là-bas mon beau chemin du soir ; Partout l'obscurité dans les airs s'évapore.
Les nuages épais de la vie et du sort « Ah I si du moins le temps les chassait de son aile ! Et si le lourd chagrin, tombé sur nous d'abord, Ne marquait pas le cœur d'une empreinte étemelle I
Par cet hôte terrible uqb |bil visité3t Nous le gardons toujours. — Mais il est une vie Sans nuage... et c'est là, vers les pures clartés, Que monte ma pensée incessamment ravie !
EMILE DESCHAM?8.
LEBMANTOF.
it Шмвбап Jfiitit0mc.
Sitôt qu'au firmament scintillent les étoiles, On aperçoit de loin voguer à pleines voiles,
Sur les flots bleus de POcéan, Un navire aux longs mâts, que nul vent ne balance,
Dont tous les agréa fçpt sileacei
Et dont chaque canon béant.
Sans un seul artilleur de garde.
Pointé vers Thorizon, reste шогое et regarde,
On ne voit point les matelots*
On n'entend point le capitaine ; Le vaisseau n'a souci , dans sa marche certaine, Ni des foudres du ciel, ni des rocs sous les flots.
Une lie est sur la mei% rocher sombre, infertile, Battu des vagues en fureur; Mais иле tombe est sur cette île.». C'est la tombe d'un Empereur.
Ses ennemis, en&i, l'ont couché dans sa bierre, Sans les honneurs guerriers, sans les pompes du deuil ; Ils ont scellé son corps sous une lourde pierre. De peur qu'il ne se lève un jour de son cerceuil.
Mais* quand l'année a fui , roulée en son suaire,
Quand minuit , l'heure mortuaire, Tinte, sans que dans l'île on ne s'émeuve en rien, ^
Des cieux, à ce signal , arrive
Un beau navire aérien
Qui touche doucement la rive.
Alors, son noir chapeau sur sa tête en travail ,
Vêtu de sa capote grise, L'empereur apparaît ! — Sous la nocturne brise
11 s'assied près dû gouvernail ,
Le front penché, les bras.croisésaur sa poitrine. «» Le vaisseau, comme un trak, fend la vague тшпе»
II emporte ardemment l'étonnant passager Il remporte, vers cette belle France, Où triste il a laissé, dans les temps de souffrance Un trône, et son cher fils, aux mains de l'Étranger , Et puis sa vieille garde, héroïque espérance 1
Dès qu'il peut , à travers les heures de la nuit Reconnaître la terre où domine son glaive ;
Voilà que l'empereur se lève Son cœur bat de nouveau, la flamme en ses yeux luit.
Il descend d'un pas ferme et hardi sur la côte.
Par des élans tendres et chauds, Il appelle ses vieux soldats ; pais à voix hante, Et d'un ton menaçant ses trente maréchaux.
Mais hélas I les soldats, à l'épaisse moustache, Dorment aux bords de l'Elbe ou du Tage ou du Pô ; Sous les sables brûlants, ou la neige sans tache Du Caire et de Moscou... Rêvant à leur drapeau !.. Ou le chagrin muet les a mis au tombeau !
Les maréchaux Э itt 4Ы MiiM gUMif^m tpdliM Ils ne répondMt {Ml non flu к tda Щ1Аг
Les uns avaient péri dans les combats ; -* les autres.. Leur encens militaire avait changé d*auteL
Et frappant de son pied le rivage sonore
L'empereur marche courroucé; Le long des iSots dormants, par sa fièvre pousâé«
Il va, vient, puis appelle encore ;
Il appelle à grands cris son cher filsi l'Enfant-M*
L'étoile de sa nuit profonde; II lui promet l'amour et l'empire du monde, Ne voulant que la France et la gardant pour soi.
Mail le jeune héritier dee grandes destmées Sous le poids de son nom a vu ses jours détruits; Comme un arbrç qui casse, aux premières années, Sous l'abondance de ses fruits.
Et l'Empereur s'arrête , il attend , ^ rteii ! «^ p^'SOQue !.. 11 attend. — La lune âéeroitt
Dans tous ses membres il frissonne, Mais il attend toujours; — l'heure du malin sonne... Alors ses pleurs brûlants mouillent le sable froid.
Il est là , seul... il cherche encor... son front retombe,
Il pousse un soupir douloureux, Et lentement remonte au vaisseau vaporeux Qui le ramène vite à Tile de sa tombe»
EMILE DESGHAMPS.