ALEXANDRE S0U3IST
KRILOFF.
Un âne ( il s'en trouve partout ♦ ) Se promenait dans un bocage, N'admirant pas et mangeant le feuillage ; Il jouissait bêtement, mais beaucoup.
Voilà qu'il aperçoit , retiré sous l'ombrage Un rossignol. — Soudain, Prenant son air badin, > Abl c'est toi! salut, mon confrère, » Se met-il galamment à braire.
» Tu chantes, m*â-t-on dit , comme un petit Martin » Voyons ; de ton gosier déroule les merveilles.
» Devant moi tu peux tout chanter,
» Je suis digne de t*écouter ;
» Regarde plutôt mes oreilles I »
Alors, le chantre du printemps Eleva dans les airs sa voix sonore et tendre : Il pressait, suspendait ses concerts éclatants ; Il chantait le plaisir, puis gémissait longtemps ; Et les oiseaux groupés se taisaient pour l'entendre. Et les vents. s'arrêtaient, et les troupeaux charmés Oubliaient Tonde fraîche et les prés embaumés; Et, guidant ses amours sous ГощЬге bocagère.
Le pâtre, plus hardi, près d'un sein plus troublé. Soupirait , sur les chants du troubadour ailé,* De longs aveux plus doux au cœur de sa bergère.
L'oiseau divin a fini sa chanson.
L*âne aussitôt : « Pas mal , nous ferons quelque chose.
» Fort bonne qualité de son I » Qui sait ! tu deviendrais peut-être un virtuose, » Si... notre coq t'avait donné quelque leçon. » C'est lui qui chante, oh ! oh ! d'une belle façon ! »
Contre l'arrêt grotesque implorant un refuge, Le pauvre rossignol, loin, bien loin s^envola;
Et dans les déserts s'en alla Chanter pour les échos et non pour un tel juge.
Vous êtes parmi nous des rossignols aussi ,
Poètes, fuyez les profanes; Chantez, mais à l'écart ; hélas ! dans ces temps-ci. Qui trouvez-vous souvent pour vous juger ? — Des ânes!.