‹ Les Poètes russes (volume 2)Chapitre 7 sur 16 · DELARUE · texte numérisé non relu

DELARUE

Xir SltClE.

Qi une (S^ÏKtMfiunnt^

Bel œil clrcassien où Tamour nous fait sigae ! Cheveux noirs et luisants, joue aux reflets rosés , Col nacré, dents d'ivoire et poitrine de cygne , Bouche aux coins souriants et de miel arrosés ,

Hélas! il faut quitter vos beautés adorées,

Quand j'y Yois Tidéal que тоц âme poursuit!

Quand tout le long du jour je les eusse admirées , Lee brûlant de baisers tout le long de la nuit.

BARON BOSENN.

MX"* 8IÈGLE.

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((^Ьлп00и bu а^атрл^поп €%0clmv^

Compagnons, j'ai vu bien des lieux , J'ai vu Moscou, puis j'ai vu Vienne ; Mais que je m*en aille où revienne , C'est toujours ma Livonienne 4Jui brûle mon cœur et mes yeux.

Svelte ainsi que les blés en gerbes, Comme eux elle a des cheveux d'or ; Et comme les bleuets encor , Ses yeux, à payer d'un trésor , Sont deux saphirs les plus superbes.

En corset noir de fin velours

Où pen4, ninei qu'une вЯе blanche,

La gaze de sa longue manche,

Voyez-la prier un dimanche

Sur son vieux banc aux trèfles lourds !

Voyez comme son col se plie Luisant к Tombre tic Tarceau Où les piliers font un faisceau.

La cathédrale est le berceau Dé sa sainte mélancolie^

Vers son missel pieusemeût La douce eafant qui se chagrine Penche sa bouche purpurine »

Ses blanches mains sur la poitrine Se croisent sous son Iront charmant

Vous la prendriez pour un ange Quand son regard remonte aux cieux»

Tant il reflète gràdeux Son cantique silencieux Et sa pureté sans mélange*

C'est à Tadorer à genoux 1 Son teint de lys, qu'un rien enflamme, Est transparent comme son âme ; Est-ce un esprit? est^e une femme ?

Qui Ле sait I oh I prosternons-nous!

Près de sa fenêtre en ogive

Quand sous ses doigts Tont les fuseaux ,

Ainsi que la brise des eaux

Qui soupire entre les roseaux

Écoutez sa chanson naîre!

Pourtant elle est triste toujours, Elle qui peut être princesse !

Ses yeux sont humides sans cesse.. • Savez-vous d'où vient sa tristesse?

C'est qu'elle pleure nos amours.

Des chevaliers de Teutonîe Porte-glaives et porte-croix De hauts Barons, presque des rois , Ont fait des joutes mainte fois Pour cette enfant de Livonie.

Or elle n'en a pris войск Ceux qui passent sous sa fenêtre Elle feint ne pas les connaître ; Mais lorsque je viens à paraître Sa douce voix ditt me voici ! •

Hélas ! à moi rien ne prospère !

Je suis un pauvre ciseleur ; J'ai sculpté dans Гог le meilleur Vierges, oiseaux, acanthe en fleur Sur les hanaps où boit son père.

Il m'a chassé criant « jamais» 1 Et malgré lui nous nous aimâmes; Puis ayant fiancé nos âmes.

Je partis... je vis bien des dames Mais elle seule je l'aimais I

Je vie les femmes de Russie Belles, aux bandeaux de brocarde , Étoiles des téremms des Tsars 5 Leurs yeux de feu semblent deux durds, Leurs seins, une neige épaissie.

Je vis en chaperons dorés Les blondes filles d'Allemagne Soit sur des tours de Gharlemagne , Soit, candides, par la campagne Errant aux bras des adorés.

Mais de ces belles de tous lieux Depuis Moscou jusqiiee à Vienne Que je les voie ou m'en souvienne Seule, elle, ma Livonienne Brûle mon cœur, empiit mes jeux.

C'est la perle de la Baltique,

L'ondine de nos flots du nord,

Le lys qu'une fée à ce bord

Nous jeta comme un charme, un sort,

L'ange de Riga la gothique!

Maintenant, pauvre ciseleur, C'est elle encore et toujours elle Qu'en or, en argent je cisèle Comme ange, ondine, demoiselle , Ou sortant d'un beau lys en fleur.

JERSCHOF.

XIX" SIÈCLE

€Qi%ffian.

Dans la plaine aux vents ouverte, Est un chêne aimé des ans, Qui porte à sa cîme verte Un aiglon, aux yeux luisants.

Ployant son afle rapide Dont il frappe l'air des cîeux,

L'aiglon vers la terre humide Baisse tristement les yeux.

Au pied du grand chêne coule La rivière au flot tremblant, Qui doucement berce et roule Un beau cygne au duvet blanc.

Redressant son vol, sa queue, Fier de toutes ses beautés, Le cygne dans l'onde bleue Fait des cercles brillantes.

« — Pourquoi, mon aiglon rapide, » Ne fends-tu pas l'air des cieux?

j» Pourquoi vers la terre humide »Ami, baisses-tu les yeux?

»Ne la vois-tu pas qui coule » La rivière au flot tremblant, » Qui doucement berce et roule » Ton amour, un cygne blanc?

» Sens-tu vieillir ta grande aile?

»S'émousser ton bec pesant.

» Faiblir ta serre fidèle ?

» S'assombrir ton œil luisant?

» Un malheur ici t'enchaîne • Mon rapide, apparemment? »

L'aiglon posé sur le chêne Alors répond tristement :

« — Oh ! non ! je la vois qui coule » La rivière au flot tremblant : .

» Et doucement berce et roule Ш Un beau cygae au duTet blanc.

» Je ne pleure ni mon aîle»

> Ni mon bec dur et pesant , » Ni ma serre si fidèle, • Ni mon œil vif et luisant.

9 C'est mon pays que je pleure, » Le chagrin vient me ronger »Sous un ciel où je demeure > En ermite, en étranger*

1 G'est*sous ma voûte natale » Qu'il fait beau fendre les airs, » Vaincre en leur course fatale » Les ouragaiw dcf déserts*

1 Voir les flocons qui tournoieot rSur des glaciers argentâs»

» Et les neiges qui déploient • Leurs tissus dlamant^s.

» Là les forêts centenaires » Grondent comme des torrents, » Là, se brisent les tonnerres »Aux granits récalcitrants.

>Là plombent de lourdes nues «Portant minuit en plein jour, > Des aurores continues »La nuit brillent à leur tour.

» Dites-moi quand reverrai-je » Mon pays éblouissant !

» Quand s'ouvriront sur sa neige tMes ailes au vol puissant!

» Oui, je veux revoir encore » Sur les sapins haut-venus, »Âu bois qui me vit éclore sLes aiglons à moi connus ;

■ Un moment dans mes parages » Reposer insoucieux, f Puis monter sur les nuages, 9 Et me perdre dans les cieux. »

LERMANNTOF.

шг «Itou.

€t IpaHt Ь^лщопкЬЪии

Mon poignard resplendit en sa monture d'or, Sa lame est forte' et bien trempée

Les veines de damas le sillonnent encore.

Et leur empreinte est bien frappée

Il me Tient d'Orient« Ce fut un montagnard Qui porta Tarmetutélaire,

Esclave dévoué le fidèle poignard

Longtemps le servit sans salaire.

En ce temps il perça plus d'un sein palpitant

Et plus d*une cotte de maille En ce temps il paya tout propos insultant

Par plus d'une mortelle entaille.

Certes en ce temps-là cet habit d'aujourd'hui,

Cet or, ces parures flatteuses, Ces reliefs ciselés eussent été pour lui,

Choses étranges et honteuses.

Mais au bord du Terek un Kasak l'enleva

Sur le froid cadavre du maître; Après un long duel où le Tscherkess trouva

Le bras russe bien dur peut-être.

Puis un arménien, un vil marchand forain

Cota d'un regard apathique Le taux commercial de ce fer souverain

Et le jeta dans sa boutique.

Et maintenant privé de son fourreau natal.

Qui fut mutilé dans la guerre,

Le pauvre compagnon d'un héros, le m^tal

Devant qui tout tremblait naguère, N'est qu'un hochet doré qui brille inoffensif

Au mur d'un boudoir de maîtresse; Nulle main prévenante et nul œil attentif

Ne le polit ou le caresse ; Et personne jamais ne vint avant le jour

Lire ses légendes arabes Et, priant à genoux, baiser avec amour

Les mystérieuses syllabes.

Ainsi, poète, ainsi dans ce siècle énervé

Tu manques à ta destinée.

Echangeant contre l'or le bandeau réservé

A la tête découronnée.

Jadis tout se courbait sous ta sublime voix;

Ta parole retentissante Exaltait les guerriers, émerveillait les rois

Brûlait la foule frémissante.

Il la fallait biùA que la coupe au feftln»

Que Гепсепв pur à la prlèret Gomme l'esprit de Dieu sur ce monde iueertain

Elle versait force et lumière.

Dans les jours de triomphe ou les jours de reters»

Sur les nations ébranlées, Gomme un bruit de tocsin les échos de tes YOrs

Bondissaient à larges volées.

Mais nous voilà bien vieux; et chacun s'assoupit

A ton noble et naïf langage; Le faux seul est fêté ; ce siècle décrépit

Farde les plis de son visage.

A quand donc la vengeance, A prophète incompti»?

Assez de flétrissure infâme 1 Saisis le fer sacré qu'a rouillé le mépris ,

Du fourreau d'or tire ta lame !

MIATLEF.

Xir*8IÈ0lE.

it0 йий^с0^

J'aime voir au ciel bleu les errantes nuées

Précipiter leur vol sans cesse remuées

Par quelque main qu'on ne voit pas ,

Sans cesse variant leurs formes et leurs groupes,

Tantôt éperdûment courir troupes par troupes,

Tantôt se suivre pas à pas !

Ouï , j'aîme interroger au ciel chaque nuage, Et mon âme comprend leur merveilleux langage.

Tous mes beaux souvenirs des beaux ans, des beaux

[jours, Plaisirs, chagrins, espoirs, enchantements, amours.

Larmes si chères, dépensées , Fraîches illusions, aux sourires trompeurs, Semblent se refléter dans ces mille vapeurs

Où je retrouve mes pensées.

Tantôt sur le ciel noir Passent de lourdes nues Dont les crêtes chenues»

Les formel inconnues Sont lugubres à roir.

C'est comme des pics sombres Des antres » des décombres ; Leurs formidables ombres Changent le jour en soir.

Ainsi quand Touragan des souvenirs funèbres Nous flagelle, le cœur se remplit de ténèbres.

On songe auit trahisons Dç quelque femme aimée Dont la bouche embaumée Dans notre âme enflammée Yersa tous les poisons.

A l'amitié trahie, De mille autres suivie, Qui de la jeune vie Brunit les horizons.

Puis Ton songe à tous ceux que la mort viendra prendre , Ou qu'elle nous a pris pour ne plus nous les rendre.

On songe hélas ! hélas ! Aux siens, à son vieux père Qui ferma la paupière Et sous la froide pierre Roidit ses membres las ; A l'adieu que sa bouche ; Murmurait sur la couche ; Et tout vent qui nous touche Résonne comme un glas.

Quelquefois, à minuit, sur la voûte limpide, Ainsi qu'une fumée éthéréc et rapide ,

Des nuages légers, par la brise chassés, Planent d'un vol égal flottant comme en cadence ; On dirait à les voir une ronde, une danse D'esprits aériens Tu n à l'autre enlacés.

Ces voiles transparents, cette gaze flottante

Sous le dôme des cîeux étalent une tente

Où des étoiles d'or scintillent au travers.

Tels brillent les regards de nos vierges pudiques,

Lorsqu'un premier amour plein de feux sympathiques

Emplit iimiden^ent leurs beaux yeux grands ouverts.

Comme ces lueurs voilées, Ces vapeurs entremêlées.

Il m'arriye par volées Dee SQuyenirs vaporeux.

Doux rêy^e pleips 4e prestige Dont l'haleine qui ypltige^ Me refleurit sur ma tige Moi déjà si vieux pour eux !

Temps bénis, où la jeunesse Cette bonne enchanteresse Vous donne amis ist maîtresse Croyance et crédulité.

Où notre vie écumante Vase plein où tout fermente Passe d'un baiser d'amante^ Â la grave piété.

Temps où l'on va haut la tête, Où l'on veut le plus haut faîte, Où sous un habit de fête Vous apparaît l'univers.

Où, dans les joyeux quadrilles, On rêve à de jeunes filles; Puis, errant sous les charmilles On rêve à ses jeunes vers 1

Mais quand Taurore étend sa pourpre nuancée, Lorsque le ciel rougit comme une fiancée

 l'approche de son amant ; Lorsqu'on voit les reliefs d'or et de pierreries Que sculptent les vapeurs, sublimes broderies

Ruisselantes au firmament ; Puis lorsque le soleil sur la terre éblouie

Imprime des sillons , Que sa lumière monte en gerbe épanouie

Dardant de chauds rayons ;

Alors c'est la beauté de l'immense nature, C'eet la grandeur de Dieu devant la créature

Qui se dessinent à mes yeux Des rêves plus puissants et des pensers de flamme Sur leurs aîles de feu me viennent ravir Tàme

Et vont s'abîmer dans les cieux ! *

Je songe au bonheur dont s'inonde L'époux et le père attendri, Lorsque ouvrant ses lèvres au monde Un premier fils jette son cri.

A rhomme mur qui sait sa force , Dont le sein a pris une écorce

Qui lui permet de braver tout , A l'homme inflexible , tenace Qui, lorsque Forage menace, Toujours comme un chêne est debout.

Voici Tàge où pour la patrie S'émeuvent la tête et le sang , Où l'existence est mieux pétrie Gù l'on réfléchit ce qu'on sent.

Alors les succès, les victoires , Tous les combats, toutes les gloires , Cris de guerre, hymnes inspirés!...

Alors un bras puissant relève Soit une plume, soit un glaive Que le génie a consacrés.

Et cet homme sur ses épaules , Sans plier, porte sa grandeur.

Son nom retentit aux deux pôlee Il va de splendeur en splendeur.

Quand il baisse son front superbe Il voit comme des touffes d'herbe Tout un peuple qui se blottit.

Pourtant quand son regard remonte Il dit sans colère et sans honte Seigneurs seigneur I je suis petit !

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C'est surtout le ciel pur, c'est le ciel sans nuage Qui s^orne dans la nnit de lignes, de mirage De symboles tracés sur Tazur infini.

J'y crois apercevoir encor l'étoile sainte Qui guida les pasteurs vers Bethléem, l'enceinte Où Dieu s'était fait homme après Га?о1г puni.

Laissez-moi fuir notre atmosphère Ou souffle le péché haï ; Voilà réblouissante sphère Où chacun trouve un Sinaï.

Déjà la lumière étincelle»

Vient irradir œa prunelle Voyez tous ces bviisspnfli 4^ fqu ) C'est là le tissu dç la robe^ L'habit de flamme où se (lérobe L'éternelle spleedeur 4q Шт^

Soudain l'amour sacré m'illuminei et m'embrase » La foi Tient m'enivrer à la coupe d'extase, Sous mes pieds disparait la terre des humains ; Les étoiles du ciel sont les" fanaux de route Qu'allume le seigneur pour éclairer sans dopte Le voyageur cherchant les célestes chemins.

Plus haut que ce globe d'argile Plus haut que les globes des cieux Plus loin que notre corps fragile Ne peut atteindre avec ses yeux Plus bin que ne va la science L'esprit humain , la conscience Je veux aller, je veux voler.

C'est à la flamme universelle , Foyer duquel tout bien ruisselle, Que tous nos maux vont se brûler.

Les siècles et leur bruit, les hommes et leurs actes Tombent, comme un torrent roulant des catarractès, Dans l'Océan sans fin qu'on nomme Éternité. Océan plus profond que la voûte azurée.

Plus clair que le soleil dont la flamme dorée Verse la vie à flots sur notre humanité.

Yoilà le pays d'où nous sommes , D'où nous bannit le créateur , Maie le Dieu qui sauve les hommes Nous tend son bras réparateur.

Ce Christ dont le sang toujours coule Combat la mort, Tétreint, la foule.

La mort se noie au sang divin !!!!

Marche, ô mon âme somnolente, Presse, presse ta course lente Tu ne marcheras pas en vain.

Ainsi tout l'univers rayonne et se reflète Sous ses divers aspects dans j'àme du poète,

Lorsqu'il promène aux deux sa éotttemplation* Je lis sur les feuillets qu'étolfent les nuages Les passions de Thomme атес tous leuls orages Je lis dans le ciel pur la rétélatlôn.

PODOLINNSKI.

XIX» SIÈCLE

fiHuobUr

Quand je ne serai plus , amis, enterreK*moi Seul, à récart, bien loin du cimetière,

Sous les larges rameaux d'un vieux chêne , arbre roi , Et couvrez-moi d'une colline entière.

lia douleur des vivants trouble la paix des morts ,

Épargnez-moi pleurs et regrets austères ; II. 17

Je yeux ouïr plutôt des amants sans remords Dont les baisers trahissent les mystères.

Je deviendrai poussière; eh! maiSi qui peut savoir Si les cœurs morts diffèrent tant du nôtre?

Si les amours d'autrui ne sauront m'émouvoir? Si je ne puis pleurer les pleurs d'un autre?

Le laboureur craindra, respectant le vieux tronc ,

De remuer sa base végétale ; Jamais кв Ъпм du soc né me détepitBODt

Pour m'fnkrer à ma cwobtt datait*

Mais quand mon centenaire aura fini son temps , Quand nos débris vivront mêlés sous Therbe

De la fortQ V4ciw щ souffle du printemps p Je surgirai tige forte et siiper|)e.

J'ombragerai d'un dais les cendres du vieillard, D'un manteau yert , habit royal , sans tache ;

Mon front, dur à la foudre , en brisera le dard Et ma poitrine émoussera la hache.

Et rhomme que la gloire aura salué grand Me remarquant, un jour, sur son passage ,

M'ira prendre un rameau , puis au peuple adorant Apparaîtra ceitit de mon grand feuillage*

Ainsi s'accomplira ce rêve hélas ! si beau , Folle espérance en tout poète innée ;

Ainsi je pourrai voir au-delà du tombeau La foule enfin à mes pieds prosternée.

JOKOLOFSKI.

XIX"* 8IÈGIE.

I^Qimtm itt^i^mmU

Il eut pour germe un souffle inconnu sur la terre ; Phare des temps, son œil au loin se projeta ; Marchant pour accomplir son divin ministère Il franchit en deux pas Sinai , Golgotha.

Ce mervciUeux géant lançait au ciel Moïse , Ou berçait Isaïe au chant de ses leçons , Il semait le vieux girain dans la terre promise Et regardait pousser les nouvelles moissons.

Le nouveau grain mûrit, semblable au grain antique; Alors léguant ce germe à toute nation , Il cria hautement de sa voix prophétique :

Hégénération !, Régénération !

gbeb(»;nca.

XIX"* SllGU.

N'étais-je pas le framboisier des bois De rouges fruits superbement ornée?

Mais on m'a pris tige et fruits à la fois Pour me lier dans un bouquet sans choix. •• Telle est ma destinée !

N'étais-je pas Therbe verte du champ De brins fleuris mollement couronnée ?

Mais au matin , de la faulx me tranchant , On m'a flétrie au soleil desséchant. •• Telle est ma destinée !

N'étais-je pas ^зощщее une be$iuté » .

Quand je marchais par ma mère menée ?

Mais on lia ma jeune volonté Et Ton m'unit à Fhomme détesté. •« Telle est ma destinée I

AI-BOULATT.

Dites 5 ditç^rPoi 1» çoqtr^

OùrayonaelepwajjllS,

Où le printemps I Аашщс; éthéjfée^

Flotte toujours daos Гешру|гее^

Fleurit toujours les bois yerdis.

Où les péris , CCS anges blondes »

Attendent nos cœurs reposés ,

Où Tâme au sein du bruit des mondes ,

Dans ses quiétudes profondes

A toujours des rêves rosés.

Où les larmes ont des sourires , Où les tristesses ont des fleurs ; Où 9 roi des éternels empires , L'amour fête les purs délires Dans ses palais aux sept couleurs.

Où, toujours clair et priMnoatique , Le bonheur luit comme un soleil ; Où cognant à notre portique , La vie au sens énigmatiqùe Ne trouble pas notre sommeil.

Dites y enfants de la poussière »

. N'est-ce pas , ce n'est point ici.

Dans ce monde à la peau grossière, Dans cette fosse carnassière^ Que vit réden de mon souci?

Votre monde n'est qu'ignorance, Que misères , que cécités , Il donne, altéré de souffrance, Des échafauds à l'espérance, Des bourreaux aux félicités.

Votre monde est une caverne

Où l'homme, pauvre journalier.

Travaille et froidement hiverne.

Où les vices ont leur taverne ,

Où tous les maux ont leur hallier* II. 18

Hélas! la vie humaine plonge Dans l'ombre toutes les vertus ^ Et fait que le plus noble songe , •Prenant des ailes au mensonge, S'envole à nos yeuK abattus.

Hélas ! à la foule stupide Il faut l'or et les charlatans t Et la gloire la plus limpide Fuit, ainsi qu'une onde rapide, Dans les ravins que fait le temps.

Mais les douleurs , le temps les laisse ; De douleurs vos champs sont plantés ; Le cœur que leur épine blesse Ne voit, chancelant de faiblesse , Que myosotis ensanglantés.

Ah! loin d'ici laissez-moi, frères; Hommes, laissez-moi m^en aller!

Assez de larmes funéraires; Semblable aux urnes cinéraires , Assez , assez, me désoler !

Assez du carcan qui me plie,

Вц sol par le pécbé hanté !

Que deyant ma face polie

Tombe bientôt ce fer qui lie

La mort à l'immortalité 1

Que je touche au bord pacifique Où, dans les limbes du salut, Résonne rhjrmne magnifique Dont toujours l'aile séraphique Fait vibrer les cordes du luth l

Dis-moi, vieux pèlerin, dis-moi, monde d'argile , Quand donc s'arrêtera ta longue course agile? Mourras-tu convulsif en martyr tourmenté?

Ou bien , tout doucement étreignant ta prunelle , Iras-tu partager la couche maternelle , D'où te bannit Téternité?

Broyé, pulvérisé, te verra-t4)n descendre Au cahos général des univers en cendre , Mêlant ta voix mourante au grand râle des cieux? Ou, quand viendra ton tour et ton heure suprême, Tomberas-tu tout seul comme l'étoile blême Qu'au ciel le vent arrache et balaye à nos yeux?

Terre humaine 9 dis-moi si tes frères, les mondes, Ébranleront les airs de leurs clameurs profondes , Flottant avec pitié sur ta destruction , Ou si tu finiras dans Toubli , le mystère , Ainsi que sans ami se meurt un solitaire , O! grande désolation!

Eh quoi! se peut-il donc que le Dieu ^e clémence, Écrase dans sa main toute ta sphère immense Et la jette à jamais aux gouffres du néant, Toi qui fus cependant, ô pécheresse antique ! Le temple où se chantait un incessant cantique Au Dieu qui t'évoqua de l'abîme béant!

Qui fus le tabernacle où son agneau sans tache Brisa le joug d'airain que le mal nous rattache Et dans les saintes eaux lava Fhùmanité ; Où, revêtant un jour l'humaine défaillance.

U acella de «on sasg ta nouvelle alliance j Terre» «Yeçla dinnité}

Où longtemps » d*âge en âge et depuis sa venue , Sur ton sol, chaque jour, descendant de la nue ^ U a prié pour toi qui l'avais fait mourir !

0Ы non! — toi qui fus l'arche où plana la colombe , Et toi que Dieu le fils avait prise pour tombe, Ohl combien Dieu le père au ciel doit te chérir!

KOLTZOF.

it (&клиЬ fiHjSiBtbct.

Les nuages par le monde

Versent Fonde Que la terre envoie au ciel.

L'eau ranime et désaltère Les entrailles de la terre.

Dont le sein déchiré donne des fruits de miel.

Oh! que d'abîmes immenses

De semences S'entrouvent à chaque pas , Soit aux sphères reculées^ Lumineuses, étoilées.

Soit au sol ténébreux que Ton foule ici-bas <

Féconde, mystérieuse,

Merveilleuse En tout ce que nous voyons, La nature a des prestiges Des spectacles de prodiges Pleins d'étranges reflets, pleins d'ombre et de rayons,

Méditant le grand mystère

De la terre Dàds r<ftuvre de chaque jour,

— ses —

Et Tieillissant eur leur route Dans les rêves, dans le doute, Lee siècles vont et ront^ et passent ваш! retour.

L'éternité les accueille Et recueille . Leur troupeau que Dieu conduit* Elle demande à chaque âge :

Comment a fini Гои vrage ?

Chacun répond : démande à Tàge qui me siiib

Ah! que du moins la prière

Soit lumière !

Que la méditation Ouvre à Tesprit qui contemple Le sanctuaire du temple !

Seigneur» dis-nous le sens de ta création.

Ce sont encor des répliques

Symboliques Impalpables à Tesprit.

Le Seigneur au lieu d'oracles, Parle en de nouveaux miracles Dans Torage qui gronde ou le ciel qui sourit*

Qu'aura donc pour fin future La nature Oii tout meurt sans varier?

Oh ! ma lampe, oh ! luis, plus blanche, Sous le crucifix qui penche !

Il m'est dur de penser, il m'est doux de prier.

£л ||)еШ< Щя%00П Ьс Ы JoKtt

Là*ba8| plus loin que la rivière Qui brille bleue à rhorizon, Dans la forêt, noire civière, Est une petite maison. ^

Elle a deux fenêtres bien claires,

De toute atteinte déloyale

Sa troisième et dernière enfant.

Pour qu'un marchand galant et riche Ne remmène jusqu'à Moscou, Pour qu'un boyar dont l'amour triche Ne lui jette sa chaîne au cou.

vous, esprits de ce rivage.

Errants dans les taillis féconds !

Esprits de la forêt sauvage ! Donnez«moi l'aile des faucons !

Que vers cette enfant que j'adore Je vole quand viennent les soirs!

Que je revoie et baise encore Ses bras si blancs, ses yeux si noirs 1

Que humant sa lèvre soyeuse.

Mes deux mains à son cou charmant,

Une étreinte voluptueuse

Nous enlace heureux et dormant !

Que moi, si fou, je sois ГаЬеШе, Qu'elle, si douce, soit la fleur.

Et que jamais je ne m'éveille!...

Revoir le jour, ah! quel malheur!

SODKHANOF.

ximtou.

it ШЫтлпи

Sous son écorce dure oublié dans la rue Un diamant de prix roulait sur le pavé; Or la foule passait de plus en plus accrue , Sans que nul ne Teut relevé !

Enfin il vint heurter le pied d'un lapidaire.

И fut extrait» taillé, poli... Theureux hasard ! On le yit revêtir son lustre originaire Et briller au bandeau du Tsar.

SLEPOUSCHKINN.

XIX" SIÈCLE

3<Att ^0и00лтпп.

Les jours d'automne avaient semé la pluie et l'ombre Sur les monts où couraient des nuages sans nombre ; Puis, venant à souffler, l'impitoyable hiver Incrusta ses glaçons sur tout fleuve au bord vert , Et balayant la neige à travers les campagnes , Il l'entassa partout ainsi que des montagnes ;

Si bien que les passants perdus, exténués

Ne trouvaient que chemins, bois et champs obstrués.

Les hautains Polonais ont de fortes allarmes , Car les Russes vengeurs les passent par les armes. Ni leurs mailles de fer, ni leurs grands boucliers Ne peuvent résister aux coups de nos guerriers ; La pertuisanne russe, aux frontières lointaines , En son vol foudroyant les fauche par centaines ; Ils tombent dans la neige, et les chevaux piaffants Les foulent sous les pas des Russes triomphants. Pojarski, le héros, rayonne dans sa gloire , La Russie est sauvée 1 oh ! victoire ! victoire !

paoK Uo^oûu tout «»t fét«, ipanouissem^ot ; Le feu de joie éclata où (и^'ГешЬгазешец!} GhaquQ toitt chaque touv de peuple se couronae ; La race Romaaof en appelée au troue !

On vient d'éUc0 Тмг le jeune MibhaU.

Or toujours complottaient» couvaat leur feu subtil» Des révolutions et de la félonie»

Tramant un coup de main déjà la Litbuanie Contre Kostrama lance un fort détachement.

Là, modeste, pieux, plein de recueillement»

Habitant la maison et le bourg des ancêtres Vivait le successeur qu'on donnait à nos maîtres. Celui que proclamaient les voix russes en chœur, Cet enfant de leurs vœux, pur et simple de cœur, Préludant humblement à la toute*puissance»

Priait Dieu de bénir sa royale innocence , Et, de l'armer un jour, monté sur le pavois , De Tesprit de justice et de Tamour des lois.

L'aube luisait au ciel, mais la tourmente grise Voilait les champs; au bois sifflait la froide brise. C'est alors qu'affrontant la neige et le brouillard Du boMrg de Domnino s'en venait un vieillard,

Un paysan que tous respectaient, un bon père , C'était Jean Soussaninn. La vieillesse prospère Etalait sa beauté sur ses longs cheveux blancs ; Petit, mais le dos large et ferme sur les flancs, Il avait des regards pénétrants de finesse.

Son espérance à lui, sa joie et sa jeunesse.

Son fils, ce cher enfant marchait à son côté , Beau comme Dobrygna, le paladin vanté.

Le souffle matinal dans ses boucles se joue, Un carmin velouté lui colore la joue ; Le bel enfant mûrit en force chaque jour ; Son esprit va comme elle, il grandit à son tour.

Tandis que cheminait cette superbe paire

— Tout cœur jeune est bavard — le fils disait au père :

€ Mikhaïl est donc Tsar I ah ! pour nous quel bonheur !

Quoi ! lui Tsar ? qui l'eut dit ? c'est à peine, d'honneur,

Si j'y crois ! le Boyar que chérissent nos âmes

Va régner! lui, notre ange, est ce soleil en flammes! »

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