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Les Poètes russes

Le prince Elim Mestschersky , d'une des plus nobles familles de Russie , mort à Paris au mois de novembre 4844, voyagea très-jeune dans les différentes parties de ГЕигоре et surtout en France, dont il aimait de prédilection les mœurs et la société, et dont il connaissait et cultivait la langue comme nos meilleurs littérateurs. Il n'avait pas vingt ans qu'il faisait des vers français avec une véritable supériorité. En 4859 il publia son premier recueil de poésies intitulé : Les Boréales, qui fit sensation dans le monde littéraire. Ce recueil est divisé en deux parties , dont il appela Типе : Le Livre d'amour et l'autre Études Russes. Dans la première, il fit entrevoir les tendres mystères de son cœur , — dans la seconde , il donna , par d'habiles traductions de quelques poètes

russes contemporains, un premier aperçu de la poésie de sa pairie. Les Boréales étaient le double germe, le double type des compositions futures du prince Elim Mcslschersky. En effet, les Roses noires, son second recueil, publié quelques mois après sa mort, peuvent être regardées comme l'épanouissement du Livre a" 'amour , et les deux volumes des Poètes russes que nous publions aujourd'hui, achèvent et complettentles Études Russes.

Ces deux volumes étaient tout disposés, copiés et corrigés avec soin par le poète quand la mort est venue l'en-» lever avant sa trente-sixième année. Nous n'avons eu qu'à imprimer. Le prince Elim Mestschersky y donne en vers français la reproduction fidèle et élégante d'un choix des plus beaux morceaux tirés des poètes de la Russie les plus estimés. Toutes les poésies des autres peuples de l'Europe sont a présent connues des lecteurs français, par des traductions éminentes, la poésie russe était la seule dont la France ne connût que de courts et rares fragments. Cette lacune est comblée par les deux vohw mes que nous donnons et auxquels le public de France

— inféra sans doute l'accueil qu'il a fait aux traductions des autres poésies étrangères , et aux premières œuvres du prince Elim Mestschersky. Intérêt et curiosité dans l'objet de ce nouvel ouvrage; conscience et talent perfectionné dans le poète; que faut-il de plus pour le succès?

Le prince Elim Mestschersky était aussi aimé pour les qualités de son finie et le charme sympathique de son caractère et de toute sa personne qu'il était recherché et fêté pour la hauteur de son esprit et de son mérite poétique. Il a été lié intimement avec presque tous les poètes et les littérateurs dont la France actuelle s'honore, et qui lui portaient une affection que la mort n'a pas refroidie. Témoins tous les poétiques hommages qui ont été dédiés à sa vie ou à sa mémoire et que nous enlaçons ici comme des fleurs sur un tombeau.

Les lecteurs nous sauront gré d'ailleurs de faire passer sous leurs yeux quelques inspirations de plus des poètes qu'ils aiment :

Au pôle nord, voyez l'étoile blanchissante ; Au nord raimant, au nord l'hermine éblouissante ; Attrait, douceur, éclat!... Or, il nous arriva Sur les bords de la Seine un fils de la Né va, Un barde dont la voix chante avec assurance Des vers harmonieux dans la langue de France. Il est par son nom même à la gloire enhardi , Son œil jette un éclair des rayons du midi, Et Ton voit sur son front la tristesse secrète Dont le ciel a marqué chaque front de poète.

Que nous demande-t-il, ce voyageur? — Nos chants? Sa harpe a des accords plus doux et plus touchants ; Nos mœurs ? — Il les connaît. Notre»délicatesse ? — Versailles aurait vanté sa noble politesse.

On écoute celui qui vient interroger ; Le poète chez nous n'est jamais étranger. Il vient, ambassadeur des confins de l'Asie, Pour conclure un traité d'art et de poésie.

Il médite, pensif, dans son kiosk élégant, Près d'une pipe turque et d'un yatagan.

Près d'une coupe il fume un brûlant aromate, Il a du Turc, du Franc et très-peu du Sarmate. Aux heures du sommeil son double flambeau luit ; Gomme un astre rêveur, il se lève la nuit !

Répandant des clartés nouvelles et fécondes Sur les fruits du génie éclos dans les deux mondes, 11 trouve en des écrits d'outre-Europe venus, Les secrets de Babel, qui lui sont tous connus.

Jeune barde du Nord, salut ! aux mêmes flammeg

Nous avons allumé nos pensers et nos âmes.

Sous la sphère de glace et la sphère de feu,

Nous avons élevé nos cœurs au même Dieu;

Nous nous sommes placés sous les mêmes prestiges ;

Nous avons demandé des fleurs aux mêmes tiges,

L'ombre rafraîchissante au même arbre des bois,

Et l'inspiration au chant des mêmes voix.

Des mœurs, des temps, des lieux, effaçant les distances,

Nous avons, en aimant, môlé nos existences,

Et nous avons aussi confondu pour jamais

Le parfum de nos vers et de nos calumets.

Comte Jules de Resseguier.

Ami, si, pour on temps, ta muse se repose A l'ombrage des pins et du frais laurier rose,

Sous le ciel du Midi, Si, pour des jeux d'enfant, un moment, elle oublie La harpe du Slavon et le luth d'Italie, C'est qu'elle prend haleine avant l'assaut hardi.

Tu n'ee entré qu'hier dans l'ardente carrière, О coursier! tu n'as pas traversé la poussière

Du stade sablé d'or ; Et le souffle enivrant de la foule en démence, Ce vent de la victoire, impétueux, immense, Tu ne Tas pas senti dans ta crinière encor.

Ami, repose-toi ; que ton âme naïve S'épanouisse donc aux brises de la rive.

Eh ! qui te le défend ?

Deux rayons t'ont formé ; mais ce divin mélange, Cette double nature est bien celle de l'ange, Tantôt épris des cieux, et tantôt d'un enfant.

Jules de Saint-Félix.

Cher Français de Moscou, blond scaldc, dont le luth Assouplit à nos vers ses cordes boréales ; Prince qui, courtisant nos Muses, tes féales, Obtins, à nos dépens» que leur faveur t'élût ;

Si quelques-uns de nous ont péché ; s'il leur plût, Littéraires frondeurs, se faire rois des halles, La chaste poésie, aux formes idéales, A dans ton saint laurier sa branche de salut.

Qui pourrait voir d'un œil de haine et de colère Se lever dans nos cieux ton étoile polaire, A leurs astres rivaux mêlant ses rayons d'or ?

La France à ses tournois t'accueille sans alarmes ; Tu triomphes, mais fort et paré de ses armes ; Ta victoire pour elle est un hommage encor !

Emile Deschamps.

Л la Mite ЪШіт.

— Novembre 18-14. —

J'avais promis ce livre à votre fils, Madame, Je l'offrais à son cœur, je le voue à son âme,

Maintenant que de ce bas lieu, 11 s'élève et remonte à sa source première, Et, comme il est sorti pur du sein de sa mère,

Pur s'en retourne au sein de Dieu.

Mère, rappelez- vous du quatorze novembre !

Son prêtre lui faisant un temple de sa chambre,

Et sa Bible et son crucifix, Et son lit devenu son autel et le nôtre, Où Dieu pour vous apprendre à lui donner le vôtre,

Vous partageait son propre fils.

Л genoux, implorant, comme une mère implore, Pour des jours éternels vous l'enfantiez encore,

Mais radieux, mais triomphant, Mais à tout le bonheur, mais à toute la gloire, Mais à des lieux si beaux qu'on ne veut pas y croire !.

Femme 1 et vous pleurez votre enfant?

Non ; ne pleurez jamais que la mort de l'impie, Car c'est le châtiment des fautes qu'il expie ;

Mais lui, donnez-lui sans efforts, Donnez-lui sans douleur, puisque Dieu vous l'en vie, Sa seconde naissance et sa seconde vie ;

L'éternité n'est pas la mort.

Ou plutôt, regretter, c'est le faire revivre! Lisez-le tout vivant aux pages de son livre ;

Ses vers qu'il a dits tant de fois, C'est lui, c'est lui d'hier, c'est lui de tout-à-Pheure, C'est son esprit qui chante, ou son âme pleure ;

Il ne lui manque que sa voix.

Aimez tout ce qu'il laisse, aimez tout ce qu'il aime ; Aimez ce souvenir tout rempli de lui-même î

Aimez ce chant religieux, C'est peut-être sa voix dans ma bouche muette ; Peut-être votre flls dans un autre poète

Vous parle encor du haut des cieux !

Adolphe Dumas.

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