LA PRINCESSE
LENÉIDE VOLKONSKI.
XIX" SIÈCLE
Ossian et Virgile et le divin Homère, Byron et Joukofski, Pousckinn le regretté, T'ont fait d'illustres dons de poésie, ô mère Des perles et de la beauté !
Aujourd'hui ce û'est point un poète sublime, C'est une mère, hélas ! pliant d'émotion,
Qui répand sur tes flots une prière intime, Puis une bénédiction.
Oh ! que mes vœux ardents, comme une chaude brise, Suivent le fils aimé qui vogue en ce moment ; Puisses-tu le bercer sur ton onde, qui frise Au loin sa nef, berceau fumant.
Ainsi que je faisais quand dans sa molle couche Ma main avec amour jadis le balançait!...
Oh! sois-lui caressante autant que cette bouche Qui tout petit le caressait !
J'ai confié mon ancre à la Vierge Marie ; Puisse-t-elle la mettre, entendant mon appel, Au port où Ton échappe à l'orage en furie, Comme dans le sein maternel.
BOUTYRSKI.
La neige amoncelait ses blancs flocons de laine , La forêt n'était plus qu'une tombe où tout dort, La nature gisait sans pouls et sans haleine ; On eût dit le vallon des enfants de la mort.
On eût dit que, lassé de sa course trop pleine, Le monde avait brisé son antique ressort;
Les arbres nus, pareils aux fanons de baleine, Squelettes, m'annonçaient à moi le même sort.
Soudain je tressaillis comme au bruit du tonnerre ; Le rameau desséché d'un chêne centenaire, Tombant avec fracas, bondit à mon côté.
Puis, rien ne troubla plus ces voûtes désolées ; Le cœur seul dans mon sein s'ébranlait par volées.. Oh! là vibrait tout haut mon immortalité!