‹ Les Poètes russesChapitre 7 sur 33 · LXXV · texte numérisé non relu

LXXV

Ici , messieurs , je m'arrête. Ce serait profaner Alexandre Pouschkine que de l'analyser sommairement. Peut-être pourrai-je, d'ici à quelque temps, vous parler avec détails du poète et de ses ouvrages. En attendant , je suis fier de pouvoir proclamer Alexandre Pouschkine, cette dernière expression de Г époque réformatrice, cet ultimatum qu'une réforme universelle en littérature envoie à un genre tombant en caducité; idées qui se sont faites hommes, en Goethe pour l'Allemagne , en Byron en Angleterre , et en Alexandre Pouschkine pour la Russie. Puisse ее moment n'être point éloigné pour la France l

Alexandre Pouschkine vient à peine d'accomplir trente ans. Il a déjà acquis en Russie, non-seulement des titres glorieux à l'immortalité, mais encore cette certaine infaillibilité , cette omnipotence si nécessaires en littérature comme en politique , pour fixer définitivement l'établissement d'un nouvel ordre de choses. Il a quitté depuis peu la poésie lyrique pour le drame. A l'heure qu'il est, il a achevé une tragédie, dont le sujet est pris dans l'Histoire de Russie, et qui est, pour la

forme, l'un des premiers essais de Inapplication des principes romantiques à la tragédie russe. Je n'ai pas besoin de voue faire remarquer, messieurs, ce rapprochement frappant avec ce qui a lieu dans ce moment en France.

J'aurais voulu , après avoir parlé de la seconde époque littéraire en Russie et des deux poètes qui l'ont développée, pouvoir nommer les écrivains et poètes contemporains qui contribuent à sa gloire. Mais j'en suis empêché par le même motif qui m'obligea à ne pas offrir la nomenclature des classiques russes. D'ailleurs, nommer les littérateurs sans les caractériser en désignant avec soin leurs ouvrages serait une peine inutile ; leurs noms échapperaient aisément à une mémoire étrangère ; et ni les auteurs classiques , ni les auteurs romantiques russes ne méritent d'être oubliés.

Résumons en dernière analyse ce que nous avons observé dans ce tableau général de la marche de la littérature russe.

La civilisation littéraire en Russie a été aussi spontanée que la civilisation politique. La nation russe s'est

développée au moral aussi rapidement que sous le rapport matériel. Le Russe est devenu littérateur en aussi peu de temps qu'il a mis à devenir artisan , marchand, soldat discipliné et matelot. La littérature russe prit naissance , crût , mûrit , et reftfeurît de nouveau , en n'employant à peu près que le nombre d'années que fournit la vie de l'homme. Le genre romantique est inné à la Russie. La langue russe est propre à satisfaire à la double tendance qui doit dominer dans chaque littérature, condition qui se trouve parfaitement remplie dans les ouvrages des poètes russes; j'entends la

tendance nationale et la tendance cosmopolite dont la réunion est indispensable à la littérature de notre siècle. Les poètes de la Russie ont droit à l'admiration du monde civilisé, comme citoyens illustres de cette patrie universelle que j'ai signalée au commencement de mon travail. La littérature russe a égalé , sous divers rapports, ses sœurs ainées ; elle a partagé leur vicissitudes, et marche avec elle vers les mômes destinées.

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