‹ Les poètes satyriques des XVIe et XVIIe sièclesChapitre 29 sur 30 · FRANÇOIS MAYNARD · texte numérisé non relu

FRANÇOIS MAYNARD

j Que tes discours sont impudents l

Perdis-tu pas ton pucelage Avec tes premières dents î

\Eàiiimi dtî ^xitvrts dt Mnynatd, f64£)«

Que Lucrèce eut grand tort de suivre

Les mouvements de sa vertu,

Quand Tarquin se fut ébattu,

Elle eut fait sagement de vivre :

Ou sous la tombe on ne sent rien.

Ou je crois qu'il lui fâche bien

Que rhonneur Tait prise pour dupe ;

Sa mort fut un rare dessein.

Mais un Cupidon sous la jupe,

Vaut mieux qu'un poignard dans le sein.

Lise, que le gain rend commune Et que l'artifice embellit, Le revenu de vostre lit Vous a mise dans la fortune.

Si la raison guide vos sens, Bruslez une moisson d'encens Dessus les autels de Priape.

Vous disposez de ses bontez, Et ce dieu fait que vous portez Trois couronnes comme le pape.

{Ruuiil des plus beaux vers de MM. Malherbe, %iean, eU.^ Paris ^ i62y )

CLAUDE LE PETIT

Que dire de Le Petit après ce qu'en ont écrit le Bibliophile Jacob et Edouard Tricotel ? // naquit à Deuvron, près de Forges, en Normandie, vers i6y8 ou lùyg. Il fit sa philosophie chez les Jésuites, pérégrina à Rome et à Madrid et inourut « estranglé et brûlé )f en place de Grève, comme blasphémateur et impie^ le premier jour de septembre 1Ô62. François Colletet savait l'apprécier : (( Il estoit âgé de 27 ans, écrit-il, et fut regretté des honnestes gens à cause de son bel esprit quil eust peu employer à des choses plus dignes de lecture, ))

On connaît ses vers a satyriques » sur Paris ridicule, mais on ignore cette curieuse page introuvable qui contribua à sa condamnation : Le Bordel des Muses. Longtemps un exemplaire de ces quelques feuillets lubriques, sorte de prospectus à une oeuvre plus ample, que notre auteur dut écrire, qu'il écrivit sans doute et qui disparut avec lui, demeura à notre Bibliothèque Nationale. Aujourd'hui nous sommes en peine de le retrouver. Est-ce dire que la haine des hommes, après deux siècles et demi^ poursuit encore sa mémoire au point de supprimer, dans l'asile inviolable de la pensée, une pièce aussi unique, témoignage des débauches d'un esprit rare ?

Nous devons au manuscrit Tricotel — déjà cité^ — l'occasion de reconstituer quelques passages de cet opuscule.

Le Bordel des Muses, selon une note qui se trouve à la findudit manuscrit, formait un petit volume in^S^

CLAUDE LE PETIT

de 24 p^g€&, sans date, sorte de (r spécimen des œuprès libres de Claude Petit m, dont l'ènumération remplissait à elle seule une grande partie de l'ouvrage. La copie donnée par Tricoîel faisait partie dun recueil de pièces sur Théophile (Bibliothèque Impériale (sic) 184^, Y 4go8 ou 4^20) (i). Elle contient, d* après l'original^ une lettre-préliminaire à M. Christien Wolfang, gentilhomme aliemand et Maistre d'Hostel de Son Altesse M^r le prmcede Sulzbach (sic) de présent à Namur en France, signée :

w Baron de Schitdebek jf, une table générale des matières /r contenues dans les quatre parties de ce volume jj et enfin le texte de la première partie (la seule publiée), composée de quatre somiets, une épi^ gramme et une série de stances de dix vers. C'est ta en partie le texte que nous donnons intégralement.

(t) Cf. Le Bordtl des Musês ou les NeufPucelles putains, caprices satyri* ques de Théophile le jeune (Claude Petit) divisés en 4 parties, Partie prc mière^ etc... kA Leyden, sur le véritable manuscrit de l'auteur fidèlement rtvu et mis en ordre par un de ses amis après sa mort (sans àate).

AU LECTEUR CRITIQUE Eptgramme

Critique qui fais Tcsprit fort En matière de f. .terie, Ne t*6tonne point, je te prie, De trouver f .tre icy d*abord.

J*aimeroy mieux mourir de rage Que d'avoir dedans mon ouvrage Malicieusement laissé Aucun mauvais exemple à suivre, Mais puisque nos ayeux pour nous faire survivre^ Ont f..tre sur f..tre entassé, Je puis bien commencer mon livre Par où le monde a commencé.

SUR MON LIVRE Sonnet

Courtisans de Priape et du Père Bacchus, Vigoureux officiers des nocturnes patrouilles,

Vénérables f..teurs d'impérissables c

Experts depuceleurs, artisans de cocus.

Et vous, garces à chiens, croupions invaincus.

Qui de nos braquemards vous faites des quenouilles.

Dames du Putanisme, agréables gargouilles.

Vous, lâches empaleurs et chanporneurs (sic) de eus.

CLAUDE LE PETIT

Venez tous au bordel de ces Muses lubriques : L'esprit qui prend plaisir aux discours satynquest Deschargera sans doute, entendant ces accords.

Ce livre fleurira sans redouter les fiâmes;

On souffre icy des lieux pour le plaisir des corps*

On en souffrira bien pour le plaisir des âmes.

AUX PRECIEUSES Sonnet

Courtisanes d'honneur, putains spirituelles, De qui tous les péchés sont des péchés d'esprit, Qui n'avez du plaisir qu'en couchant pas escrit Et qui n'aimez les lits qu'à cause des ruelles,

Vous chez qui la nature a des fleurs éternelles, Précieuses du temps, mes chères sœurs en Christ, Puisque l'occasion si justement vous rit, Venez dans ce bordel vous divertir, mes belles.

Si l'esprit à son V.. aussi bien que le corps, Vostre ame y sentira des traits et des transports A faire décharger la femme la plus froide.

Et si le corps enfin est par l'amour fléchi, Ce livre en long roulé, bien égal et bien roide Vaudra bien un godemichi.

90 LES POÈTES SATYRIQUEâ

AU Lli:CTEUR CURIEUX Sonnei

Estant hier co d embauche au faubourg Siint-Gcrmaia Entre une heure et minuit dans mon humeur bourrue Et cherchant à tastons tout seul de rue en rue Un bordel pour gister jusques au lendemain.

Marchand moitié de pied et moitié de la main Et crotté jusqu'au cl comme un soc de charrue, Je vis le long du mur venir à pas de grue Un grand fantôme sec comme du parchemin.

Qui fut lors bien surpris, ce fut moy je te jure On m'avoit d*une paille astoupé la nature Jamais je ne me vis en pareil embarras.

Tu voudrois bien savoir ce que c'estoit sans doute

Mais, Lecteur Pourquoy non? Si fait, tu le sauras,

Cestoit, Dieu me pardonne, un diable qui te f. .tes.

SUR MON BORDEL DES MUSES Stances

Tout fout maintenant sur Permesse Et les pucelles d'Hélicon S'en font donner dedans le c. . .

Aussi bien que dessus la fesse.

Pœbus mesme les f. .t pour rien.

CLAUDE LE PETIT ^t

Par prudence afin que son bien N'entre point ea d'autres familles, Dieu nous garde d'co juger mal, Mais lorsqu*oa a f, .tu ses filles On peut bien f. ,tre sou cheval.

Pegaze est de belle encolure 11 est bîeu fait et bien fourny.

Il est de c. , Jlons^bien muny, Il a la croupe large et dure.

Je ne prends point dans ce calcul L'intérêt du c* ni du cl, De la putain ny du bardache Mais je croy qu'on fait plus de mal De f..tre neuf sœurs à la tâche Que de chevaucher un chevaL

Mais que dis-jc? Je ne vois goutte

De censurer un immortel

Qui se f. .t du péché mortel

Et qui n'en fait point, quoiqu'il f..te

Jupin la-haut comme un pourceau

Outre sa sœur et son oiseau

Se f. .t de tous tant que nous sommes,

D'autres en seroient châtiés,

Mais dans les sottises des hommes

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