FRANÇOIS MA\'NARD
Ton front se ride et ta couleur se plombe ; Mets bas la honte et Ja timidité.
As-tu dessein de porter sous la tombe La triste tleur de ta virginité t
Ne me dis plus que ta mère est chagrine, Et que ses mœurs preschent une doctrine Qui te défend de me vouloir du bien ;
Je sais, Philis, qu'elle seroit ravie De faire choir un zest comme le mien Dans le vieux trou qui t'a donné la vie.
(Tn'apées.)
Tu penses avoir rafiné L*art d'écrire de bonne grâce.
Et prétends d'estre couronné Du plus beau laurier de Parnasse.
Defais-toy de ta vanité,
Prends des sentiments légitimes,
Euterpe est une déité
Qui ne veut point de tes victimes.
Le dieu qui monstre aux yeux de tous Ce que la coquette demande, (i) Robin, ne garde plus nos choux Que pour t'en faire une guirlande.
{Tiecueiî d€ Tolose, 16^8,)
(i) Priapc,
Que penses-tu faire de moy !
N'espère pas que je te baise ; Lise, un courtisan du feu roy Ne sçauroit maderer ta braise,
MoQ teint a pris une couleur Qui fait que le miroir m^estonne, Et tout ce que j'ay de chaleur La fièvre ou l'ambre me le donne.
Laisse-moy songer au tombeau, Et cherche un amy jeune et beau Par qui tu sois mieux divertie.
C'en est fait ; l'âge m'a vaincu, Et je suis mort en la partie Qui fait la garce et le cocu, (i)
Lise tu marches nuict et jour Sous la foy d'une macquerelle, Et quand je te parle d'amour, Tu baisses les yeux en pucelle.
Je croy bien que tu l'as esté.
Mais non pas qu'il t'en ressouvienne Jamais fleur de virginité Ne dura si peu que la tienne.
Tu dis pourtant que j'ay grand tort De te persécuter si fort, Pour te ravir un si beau gage.
(i) Cette dernière pensée est tirée de TAretin. (Note de l'éditenr des Priapùi de Maynard.)