‹ Les poètes satyriques des XVIe et XVIIe sièclesChapitre 3 sur 30 · AU LECTEUR · texte numérisé non relu

AU LECTEUR

Il ne faut voir ici qu'une pure fantaisie de bibliophile.

En publiant une série de documents poétiques relatifs au XVI^ et au XV 11^^ siècles nous n* avons point tant songé à renseigner sur un genre peu connu qu'à réunir des éléments utiles à la reconstitution d'une époque. Aussi bien la place nous manquait pour une tâche peu compatible avec notre esprit et notre but. Viollet le Duc, collectionneur laborieux, qui apporta souvent moins de fantaisie et de gaîté dans ses goûts littéraires que dans ses aptitudes d'architecte et dont le moindre projet ne fut pas seulement de coiffer les tours de Notre-Dame, tenta naguère une résurrection de la satire. La page est peu curieuse et quoiqu'elle ait mérité les honneurs de la réimpression, ne laisse pas cependant que d'être morose et d'offrir une plate apologie de Boileau. La satire ne s'en releva pas. Elle sommeille encore dans la poussière des bibliothèques, avec la production d'un temps qui n'excite pas asse^ notre curiosité. Pourtant elle méritait mieux que le jugement d'un Viollet le Duc et le dédain des lettrés. La (f satyre » en vers de la fin du XVI* et du plein

Tilt PRÉFACE

XVII* siècles n'esê point — n'en déplaise à un certain M. Lementj pédagogue injînimenî moral^ — une invention de Mathurin Régnier, Elle a des origines qui remontent asse:!^ îoin^ pour s'affirmer ensuite avec Vauquelin de ta Fresytaye, Angot de VEperonnière et nos premiers poètes de cabaret. Qui sait même, da7ts le fatras d'anciennes anthologies, Muses gaillardes, Délices satyriques, Muses folâtres. Cabinets satyriques, et autres recueils rarissimes, si Mathurin Régnier ne doit pas une partie de ses originales conceptions à la verve de ses joyeux confrères, tels Sigognes, Claude d'Esternod, Motin, Berthelot, dont les productions se trouvent mêlées parfois à la sienne propre, C^est là une question asse^ obscure que nous tenterons de résoudre quelque prochain jour quand nous essaierons d'écrire par le menu l'histoire dun genre dont le mérite est tout entier daîis l'évolution de nos mœurs.

En aiicîidant quil suffise de plan(er quelques jalons sur une terre inexplorée à dessein, et d'inscrire ici des noms qui ne s'embarrassent guère de l'indifférence ou de la sotte colère des critiques,

On ne s'attend guère, croyons-noiiSj à trouver ici une biographie du poète chartrain ; pas davantage une apologie de son œuvre. Cela n'entre point dans notre programme. On sait qu'il naquit à Chartres le 21 décembre i$y3 et qu'il mourut à Rouen, dans Vhôtellerie de VEcu d'Orléans, proche le vieux marché, le 22 octobre i6i3. On n'ignore pas ses satyres et ses épigrammeSf du moins celles qui furent recueillies par divers éditeurs complaisants. Il est d'autres vers de cet écrivain que la timidité des commentateurs, à défaut d'autres raisons qui ne nous importent pas^ écarta de ses oeuvres dites complètes. Il nous a plu de les recueillir pour la joie de quelques lettrés et de les publier ici, afin de combler une lacune regrettable, les moindres productions — les pires, dira-t-on, — de Mathurin Régnier, offrant à notre sens, un grand inté-- Têt pour l'histoire littéraire. Nous devons la plupart de ces poésies, d'une liberté telle qu*on les priva jusqu'à ce jour de tout commentaire, à une copie manus^ crite faite par Edouard Tricotel d'après des ouvrages rarissimes, et que M. Lachévre, bibliographe érudit autant qu'obligeant, voulut bien nous communiquer^ Ce manuscrit, qui date de 1860, se compose de pièces extraites des Délices satyriques (Paris, Sommaville, J620), du Recueil des plus excellants (sic) vers satyriques de ce temps (Paris, Anthoine Estoc, 1Ô17), et des éditions de Régnier données par Samuel 1 hi'boust, Sevestreen 16 16, et Collet en 1617 ; il renferme en outre des vers que nous avons retrouvés soit dans le

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Cabinet, soit dans l^ Parnasse satyrique, mais dont roriginedouieuscnOHsa par fois obligé à ks écarter(î). Nous ne chercherom point à excuser la licence qui nous iesfait publier, non plus à en dénalurer par des coupures le sens original. Elles sont telles que nous les avons découvertes, telles que les connurent certains critiques, lesquels moins hardis ou plus u moraux » que nous, les oublièrent Nous en avons compté vingtsix, tant sous la forme de slances et de rr satyres » que de sonnets et d'épigrammes. Quelques-unes d'entre elles furent publiées dans des recueils postérieurs, travesties ou bien attribuées faussement à divers poêles. Par contre, d'autres, et non des moins caractéristiques, n'appartenaient pas à notre auteur. Nous avons exclu celles-ci pour ne garder que celles-là. A défaut d'autres preuves que le nom de Régnier qui les accompa-' gne, la verve libre, l'humeur caustique et la langue nerveuse et colorée de ces pages, trahissent leur vérible auteur (2).

(r) Ainsi nous avons omis un sonnet commen'}ant par etvtrs :

Les humains Cheribon sont or, désanimez.

pullii dans U Parnasse satyrique tt qui u rtirouvi dans Us écrits satyrimus publiés en t$y8 contré Henri IIJ et ses mignons et recueillis dans Us Jourmux de Pierre de VEstoiU {Cf. édition Jouaust, 187$% ^*P- n?)»

{a) Personnellement, en raison de nos recherches dans le domaine de Tancienne foésie Jrançaise, nous n'awns aucun doute sur Vassthtnticité dt ces vers. Viollet le Duc, Edouard de Barthélémy^ Louis Lacour^ E. Courbet^ pour ne citer quê ces derniers éiiiteurs 'te Régnier, n'oni-ils pat puisé aux mimes sources que nous^ en extrayant des recueils que nous avom dépouillés^ telles pages nouvelles dont ils enrichirent leurs élitions. Comment justifier de leur mérite si leur choii trahit plus de complaisance que de vérité ? Pourquoi Jcartèrent'ils systémaliauement certaines pièces qui n- flattaient point leur propre goût? Les poésies qu'ils produisirent « pour la première fois », de même que les nôtres, ne se recommandent souvent à Vatlention^ que par une timple signature d'auteur Us accompagnant. Si Us unes sont apocryphes^ pour» quoi admettre Us autres ? En histoire littéraire, il est heureusement des guides plus sûrs que U « bon goût 9 et la e décence » des commentateurs.

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