DIALOGUE-DE PERRETTE, PARLANT A LA DIVINE MACETTE
Par le sieur Régnier,
Perrette
Plus luisante que n'est du verre, Seiche comme un pot de terre, Tondue comme un Prélat, Je viens des bords de Garonne Prostituer ma personne A tout lubrique combat.
MATHUHm REGNIER tj
Macette
Plus claire qu'une lanterne, Faite en mancbe de guiterne, Brillante comme le jour, Je viens de courre les rues, Faisant mille et mille veûes, Pour ie mystère d'amour.
Peurette
Je suis la Samaritaine Qui n'ay ny rente ny domaine, Que le fruict de ma vertu, Aussi n'y a-t-il en France Chevalier qui, à la lance, N*ait contre moy combattu.
Macettb
Je suis Urgande Tantique, Qui ne vit que de pratique.
Inimitable en mon art, Ardente comme une mèche, Douillette comme une flèche, Ayant plus d'os que de lard.
Perrettb
Je suis ceste grande fille Que le petit traîne-ville Dans le bois dépucella Dessus la Rose nouvelle, Mais je n'estois pas pucelle.
Comment dont se fait cella ?
Macette
Et moy ceste femme fille Tant commune en ceste ville.
Qui perdit au jeu d'amours Cela que chacun appelle La fleur de toute pucelle Et si la garde tousjours.
Perrette
Sy vous me voyez en masque^ Portant perruque sur casque, Et le feu dans le Museau, En cela je vous explique Les secrets de ma boutique Comme dedans un tableau.
Macette
Je suis d'une (sic) estrange usage- Une fille en son veufvage Qui a sous le bout du buse Un morceau de bonne prise, Gardant choses exquises Entre les roses et le musc.
Perrette
Je porte en casque honneste^ Pour n'avoir point de teste, Le teint de fard placqué, Estant infiniment laide, Le feu qui dedans excède M'en a le dehors masqué.
MATHURIN HEGNÎER ig
iM A cette' Je suis ce grand vœu de cire Que ron oOroit à sainct Cire Pour Tenfleure des roignons, Que je guéris sans pistache,; Ny sans huile que l'on écachc, Comme on faict des oignons.
Perrette
J'ay les talons armés d'aillés, Pouvant atteindre par elles A la vitesse du vent.
Mais en armant mon derrière De la différente matière.
Je desarme mon devant.
Macette
Mercure eut des pieds aux aisles.
Et moy dessous les [aissellesj, Comme les chauve-souris.
J'ai la blancheur de la meure, Et ris alors que je pleure, Et si pleure quand je ris.
Perrette
Je suis d'amour si divine.
Qui des arts de Celestine Amplifie tous les jours.
Et celuy que celuy (i) blesse, Comme une grande Déesse, M'invoque pour le secours.
(i) Variante : ce dieu (Cf. Tricotel.)
Macette
Je fais par mon éloquence.
Mettre l'espril en vaillaace, Et les armes manier :
Je puis amollir les roclies, Doubles trottent en mes poches Ainsi que rats en [grenier]
Perrette
Brave en l*amoureuse guerre.
De moy-mesme je m*enferre Et de disposte façon De mes amours homicide Je fais perdre selle et bride, Estriers, sangle et arson.
Macette
Et moy lorsque j'entre au couple, Mon mouvement est si souple, Qu'il fait feu comme un fusil, Surpassant Tare qu'on décoche.
Mais moy et mon petit coche Ne pesons qu'un grain de mil.
Perrette
Je romps pourtraict et croupière Tant j'ay la crouppe légère Et le mouvement soudain, Mais pourtant rase la teste \ Celuy qui picquoit la beste Ne peut se tenir au crain.
MATHURÎ>E REGNIER 3l
I . B . I iJii ni ir ii 'n i n — nnr rinrir - - - - ri, '^■•- --■-■—■-■■-■" - - — ^ ----- —
Macette
L'hiver et l'esté je sue Et qui me touche s'englue Comme fourmy dans le miel :
J'ay de fer et non de verre Toujours le cul contre terre, Et les yeux dedans le Ciel.
Perrètte
En France je représente Une momie vivante, Une picque sans fourreau, Une vielle, une lime, Et qui me voit il m'estime L'épousée d'un bourreau.
Macette
Dans Paris je tiens escoUe Et chacun chez moi s'enrolle Soubs les bannières d'amour.
Tenant des arts habille, Et le bordel de la ville Et la banque de [la] Cour.
Perrètte
J'ai par impudic usage Détournez maints pucelages A la chasse du connin, Comme les mouches gesnees Aux toilles des araignées Dont je porte le venin.
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Macëttb
Moy déployant ma boutique, Taat j'ay louable pratique, Uq seul ne veut mon devant, Ainsi qu'un gueux de voirie Passe par la rôtisserie.
Pour n*en humer le vent.
Peprette
Au cul me pendent sonnettes Comme ferrets d'éguillettes, Mes nerfs [fiffrent] sur mon corps En fin toute je ressemble A un mullet qui est hors d'amble, Et qui ne peut porter le mors.
Macbtte
Or me voila devenue Pauvre, laide, maigre et nuô, N'ayant ny cheveux ny dent, Et ce qui me met en peine, Peut estre la peau pleine, Soufflez, ce n'est que du vent.
Perrette
Et moy, bien tost vieille et laide, Mais c'est un mal sans remède.
C'est tout ce que j*ay vécu.
Voila la grande darette, Je suis d'avis que l'on luy mette Une [marjolaine] au cul.
[Recuiil des plus excellants vers satyriatus ii u Umpt, *Paris, Antbaine Estoc, 1017.)
STANCES
t>ar le sieur Régnier,
Je ne suis pas prêt de me rendre
Je suis en f. .tre un Alexandre
Et comme son ambition
D'un monde ne peut se repaistre
Un tant grand c. . . peusse-t-ii estre (i)
Ne suffit à ma passion.
Bien que casse {sic) la teste grise, J*ay sué sous mainte entreprise, Mon V. . est si franc du collier Que veuves sans choses et autres Il enfile plus de patenostres Que n'en dit jamais cordelier.
Toujours gaillard, prest à combattre.
J'en mets à bas autant que quatre.
Qui ne le croit vienne au congrès :
Je foutray à jeun et sans boire Plus qu'Hercule à la c. . .Ile noire, Le plus vaillant f. . teur des g . . . .
(Délices tatyriques Paris, SommavilU, 1620,)
1) Variante : une,,, tant grande (Cf. Incotel.)
CONTRE UNE VIEILLE COURTISANE Satyre,
Encor que ton teint soit desteint (i) Que replissé soit ton visage, Et ton trou cent fois plus repeint (a) Qu'un vieil Saint-Martin de village,
Que tu face (sic) peur à Tamour, Que de bille soit ta parolle, Et tout ce qu'on te voit de jour Soit de nuit soubs ta tavoyolie {sic) i
Que ton sein soit vieil et recuit Que ta bouche soit esdenté, Et qu'avec toy mesme la nuict Ne dorme ta face emprunté (sïc),
Que dans leurs gencives tes dents Comme un vieil clavier d'espinette Tantost dehors, tantost dedans, Facent des tours de marionnette ; (3)
Cependant tu fais les doux yeux Si ne t'esmeut la révérence Que tu dois à ton c. si vieux Qu*il en est réduit en enfance.
(1) Variante : œil.. . esteint, (Cf. Tricotel.)
(2) Variante : front ? (Cf. Tricotel.)
(3) Variante : facent tours, (Cf. Tricotel.)
MATHORtN REGNIER 2Ç
Mais bien qu1l fut en son printemps 11 n'en est pas moins vieille beste ; Aux femmes on cognoiat les ans Non pas au cul, maïs à la teste.
Si tu crois pour finir tes vœux Que ton argent face merveilles, Parle à mon v.. si tu le veux Je ne sçay s'il a des oreilles.
Mais je sçay tout borgne qu'il est Qu'il se cognoist en marchandise, Que f..tre une vieille ce n'est Ny sa couleur ny sa devise.
{Délices mtyriqiu'S, Paris^ SommavilU, iôio}.
ÉPIGRAMME
Jeanne, vous desguisez en vain Ce que chacun tient pour certain.
Que sert de faire tant la fine ?
Je vous foutois sur vostre mine Et croyais f. .tre une putain.
{Délices Satyriqum^ etc.}
LES POÈTES SXTYRÎQUES