‹ Les poètes satyriques des XVIe et XVIIe sièclesChapitre 7 sur 30 · DIVERSES EPIGRAMMES · texte numérisé non relu

DIVERSES EPIGRAMMES

Jeunes esprits qui ne pouvez compreûdrc Comme îl vous faut gaigner le jeu d'aymer Le [eu de paume à tous vous peut apprendre Qu'amour se doit pour la belle estimer.

Le premier coup que quinze il faut nommer Cest le devis, puis le baiser le trente, Et puis toucher du tétin à la fente, Quarante-cinq doit compter Tamoureux, Mais pour gaigner le jeu qui tant contente, Il faut frapper tout droit dans l'entredeux.

Hélas, ma sœur, m*amie j'en mourrois Disoit Alix qu'on vouloit marier Au premier coup vaincue je serois, Rien n'en feray, ma mère a beau crier.

La sœur respond : Alix ne te courrousse Et de cela ne prends aucun esmoy :

Car si tu veux que j'ayde à la rescousse Les premiers coups j*endurerai pour toy.

* « Un bon frelaut troussé comme il falloit, Venoit des champs en faisant bonne trogne Une nonnain trouva qui y alloit.

Laquelle il print, luy disant : ma mignonne, Nous ferions bien vous et moy la besongne, Allons à part remuer de la fesse, Car si quelqu'un sur le fait nous empongne M'excuserai, disant je la confesse.

MATHURIN REGNIER fl

Ce disoit une jeune dame

A un vieillard : vous me faschez»

Et vous tuez le corps et Tâme

Pour néant à ce que tachez,

Allez faire ailleurs vos marchez

Mal vous sied ceste mignardise

Car quant à moy je suis promise,

Pas n'y voyez clair à demy :

Pour vous rien n'est sous ma chemise,

Cela n*est deu qu'à mon amy.

« tt

Margot s'endormit sur un lict

Une nuict toute descouverte

Voyant sa lanterne estre ouverte,

Mit sa chandelle au plus profond

Robin ta chandelle se fond.

Non faict, dict-il, c'est une goutte,

Qu'en l'allumant elle dégoutte,

Ce qui la faict ainsi fumer :

Vien Robin quand on ne void goutte

Souvent ta chandelle allumer.

Hau le meschant qui a ployé Et rebouché comme un mastin, Hau le vilain qu'il soit noyé, Le jouet de frère Martin, Qu'on n'en parle soir ne matin.

C'est fait il est devenu rosse, Et ne vaut plus en bon latin Qu'à servir l'Abbesse de crosse.

JI LEB POÈTES SATYRlQUCa

Un bon couillaud voyant sa chambrière Belle de corps et propre àsoustenir Quelque grand faix ca chambre dé derrière, Monta dessus, puis soudain vient venir Sa femme oyant ce bruict qui dit holà.

Qui vous a mis tous deux en ce point là ?

Est-ce l'amour qu'à moy avez enclose > Ha t mon mari, je ferois bien cela Ma chambrière eust bien fait autre chose.

Par un matin une fille escoutoit Un cordelier qui decrotoit sa mère, La décrotant si fort la tourmentoit, Que la fillette en eust douleur amère Qui s'escriant : holà ! holà ! beau-père Que faictes-vous ? La voulez-vous tuer ?

Las I je vous pry, autant qu'on peut prier Que pour ce coup vostre ire se desporte Car quand j'entends ma mère ainsi crier Souffrir voudrois la douleur qu'elle porte.

Quelqu'un voulant se gausser un petit, Trouvant un jour une dame gaillarde De vous baiser j'aurois bien appétit Mais vostre nez est si long qu'il m'en garde. Elle à l'instant vivement le regarde Et luy respond : pour si peu ne tenez, Car si ce point seulement vous retarde, J'ay bien pour vous un visage sans nez.

MATHURlî* REGNIER ||

D*VSE SERVANTE

Avant hier mon maistre m'accola Dessus ua banc où me trouva assise, Et puis me dit, m'amie faisons cela, Car c'est un jeu que tout le monde prise.

Au mesme instant rebroussa ma chemise Puis me coucha pour le faire à son aise, Ou lors je fis quelque peu la mauvaise, Ne cognoissant le goust de ces ébas, Après je dis : je veux bien qu'on me baise Tout aussitost que j'auray le cul bas.

Vrais amateurs du plaisir de Venus,

Qui pour neuf mois ne vous faictes que rire,

Lés envieux qui aiment à mesdire,

Ne faudront pas de se mettre tous nus

Pour travailler à un si sainct ouvrage.

Besongnez donc, et de jour et nuict,

Vous les ferez tous vifs crevez de rage.

Si de neuf mois [vous] venez à dix-huict.

Un bon vieillard qui n*avoit que le bec,

Se treuvant court près d'une jeune Dame,

Du désir prou, mais de cela à sec,

Ne suis-je pas, ce dict-il bien infâme?

Pour tout discours luy chante ceste game,

Il taste, il monte assez pour Tecacher

Plus de cent fois, et ne peut delascher,

Dont se mocquant, dit la Dame faschée:

L'esprit est prompt, mais infirme est la chair

Nostre curé souvent ni en a preschée.

LES POÈTES SATïRIQUES

Un galland le fît et re&t A une fille en s*csbatant, Et puis après la satisfit, D*un bel escu d'or tout contant.

Mafoy je n*en auray point tant, Dit la fillette, c'est beaucoup :

Serrez cela, dict-il tout à coup. Lors ce dict la fille au corps gent, Faictes le donc encore un coup, Pour le surplus'de vostre argent.

Elle disoit : faictes tous bellement, Hé I mon amy, j'ay la cuisse escorchée, Mais puis après se sentant eschaufifée Dict tost, tost, tost, iasi frappez hardiment Ne craignez point que je sois afifoiblie, Pour endurer un mal si doucement.

Un forgeron aussi vieil que le temps, Prioit d'amour un jour sa damoisclle, Et luy disoit : Madame je prétends Forger sur vous une pièce très belle, Elle luy respond à ce n'estant rebelle Que de sa part son devoir vouloit faire, Loy en forgeant ses marteaux vont deffaire, Puis son cogner se ployé comme plume.

Lors elle dict : pour cest œuvre parfaire Autre que vous faut-il qu'il batte l'enclume.

{Matb. Régnier: Satyres et autres œuvres foUtstres, êtc,, Paris ^ Samuel Tbihoust, j6i6, Seivstte^ j6i6, et ColUt, téty)^

MÀTHURÏN REGNIER |5

Page 1