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PREFACE XXV

laires C7i vigueur, perd sur lui en 'pittoresque ce qu'il gagne en profondeur. Aussi bien ni l'un ni l'autre ne font vraiment partie du Symbolisme et le premier n'y touche qu\e par l'emploi du vers libre. A propos de leurs camarades symbolistes, une remarque s'iirtpose: ces passionnés du rare et du flou de la pensée, de l'anormal et du périlleux en prosodie, mirent fatalement un abîme entre eux et la foule. Ils ne sont pas sociaux. S'ils le deviennent, c'est pour tomber tout de suite dans l'anarchie, comme Stuart Uerrill (1) et André Veidaux (2), ce dernier si oublié aurourd'hui, après un assez beau succès d'originalité.

Parmi et malgré les Symbolistes, il faut de, mem^ placer, à part, Paul Verlaine, un de leurs pères {Vautre étant Baudelaire), social parfois quand son inspiration naïve le pousse dans cette voie, et bien qu'il ne songe jamais qu'à ■on art touchant et sincère... Mais voici souffler les réactions: Bette combat Mallarmé, et ceux de 1895 renient ceux de 1885...

Car, aux doctrines de l'art pour l'art, succède enfin la doctrine de l'art pour le bien. A notre avis, un beau poète la résume: Sébastien-Charles Leconte (3), impeccable comme de Hérédia son maître, mais épris d'une poésie scientifique et sociale qu'il définit dans la généreuse préface du Sang de Méduse. « La poésie doit, dit-il, refléter les idées et les préoccupations de ce temps et ne plus s'attarder aux routines du passé... Elle doit exprimer, selon le mode le plus général, les pensées directrices de l'humanité vers l'idéal nouveau... Ce que le Peuple veut simplement, c'est plus de justice, plus de raison, plus de savoir; c'est que les hommes deviennent meilleurs puisque nous cherchons à les faire moins malheureux. Cet idéal n'est inférieur à aucun autre, et il a cet avantage de ne contenir

(1) Né en 18G3, à Hampstead, près New-York : Des poings à la porte, etc.

(2) Véhémentement (1896).

(3) Né à Arras, en 1865, le 22 octobre: Le Bovclierd'Arèfi (i?97), La Tentation de T/fomme (1903), Le Sang de Méduse (1905), etc.

quune j)art niinime de chimère. Il est possible à réaliser. Il est cependant assez beau pour tenter les poètes. »

Véritable profession de foi. Noble programme. Des idées analogues ont engendré Z" Humanisme, la doctrine de M. Fernand Gregh (1), d'ailleurs en germe dès 1890 dans la réaction dont 7ious parlions plus haut, et oii, à côté de Bette, il faut nommer le groupe un peu bruyant des Toulousains de Paris où, seul un Maurice Magre (2) avait un vrai talent, le groupe des Naturistes oii seul Saint-Georges de Bouhélier (3) fit preuve de persévérance laborieuse, bref tous ceux qui voulurent ramener la poésie à V exaltation de la volonté, de l'énergie, du travail, de la vie moderne. If et té (4) et Grcgh chantent « la beauté de vivre », Viollis convie à harmoniser l'intérêt individuel et l'intérêt social. Le Blond déclare qu'il faut « délaisser les palais de l'artificiel pour les ateliétrs et les usines », les rerues d'avantgarde protestent contre la névrose et les brumes de la génération précédente et Magre publie la Chanson des Hommes qui prend, pour quelques années, l'importance d'une révélation.

A la vérité, 2^o.rmi ce^ luttes — d'ailleurs intéressantes — de la jeunesse {parfois aujourd'hui, on se prend à regretter les enthousiasmes d'alors), il y avait bien de la confusion. Un Congrès de Poètes que nous réunîmes tous deux en 1901, essaya d'y jeter quelque clarté. Ce Congrès fameux [renouvelé à TAUe en 1902) dont on a dit tant de mal et tant de bien, on peut le juger aujourd'hui, — à huit ans de distance. Il apparaît que, aux seuls points de vue prosodique et social {il en est d'autres) il mit réellement de l'ordre en ce chaos. De lui date le vers libéré qui i

<1) Né à Paris, le 14 octobre ISTS : La Deciuté de vivre (1900), Clartés humabu-s, (1904).

(2) NV' à Toulouse, le 2 mars 1877: Ta Chanson des hommes (H99), Le Tucain (1!)00). Le Poème de In jeunesse (1901).

(3) N.'; à Ilui-ii (Seine ut-Oise), le .9 mai 1876: Les Chants de la vie iirilrtite (ï'3^2), etc.

(4) Né ùi Paris, en 1S63, le 25 juillet: L'Archipl en fleurs (Wb), J La Furet br insante [Wi('>), et*». 1

TREFACE XXVII

triompha du vers libre et du vers parnassien comme on en peut juger çn feuilletant telle anthologie, celle de Walch par exemple (1) où révolution prosodique se marque si nettement du premier au troisième volume. De lui encore date le groupe dit de Z' Ecole Française (2) qui, pareil aux autres groupes disparut, mais non sans avoir eu son intérêt d'actualité et mis au jour quelques bons poètes comme Adolphe Boschot (3), Edmond Blanguernon (4) et Marcel Boland (5), pour ne citer que ces noms-là, car il est trop naturel que nous omettions les nôtres... L'an d'ajirès, commençaient à agiter le monde des lettres: THumanisme susnommé, Tlntégralisme, la Renaissance Classique, le Synthétisme de Jean de La Hire, puis le Néo-Bomantisme d'André Joussain, Tlmpulsionnisme de Florian-Parmentier (6), etc., etc. Mais l'élan déjà était donné, la clarté, la pensée, l'émotion sociale réintégrées dans la poésie française...

Alors surgirent vraiment, et en foule, les poètes sociaux, définitivement, ils assumèrent leur rôle. Ils coviprirent que Ha poésie ne doit pas s'inférioriser en se socialisant, tom- \her, sous prétexte de démocratisme, aux déclamations électorales, s' encanailler pour paraître jiopulaire [quel exemple Vie belle violence littéraire : Les Châtiments !) se prosaîser ^'parce quelle se documente aux émotions des petites gens iet aux spectacles quotidiens. Ils acceptèrent cette déclara- "^tion nette d'Edmond Blanguernon : « La poésie sociale a sa [« source dans la morale sociale. L'artiste est un privilégié,

(1) Anthologie des poètes français contemporains, préface de iSulIy Prudhomme (Ch. Delagrave). Voir aussi Anthologie des poètes [lyriques français, par I. Fonsny et J. Van Dooren (chez Hermann, ' 'diteur à Verviers).

(2) V. la Foi Nouvelle, recueil précédé d'un maniteste (Fasquelle).

(3) Né à Fontenay-sous-Bois, en 1871, le 4 mai. — Poèmes \dialogués (1900). etc.

(4) Né à Bailleul (Noi'd le 14 janvier 1876. — La Vie orgueilleuse. Ode à Berthelot, etc.

(5) Né à Cette, en 187b. — Les Insomnies (1901), VEvangile des Hommes, etc.

(6) Né à Valenciennes. — Entre la Vie et le Rêve (1907), voir aussi la Physiologie morale du poète, 2' partie. En préparation : C Escalade de la Vie.

c un délégué du Peuple à la Beauté. Donc son devoir est c d'agrandir par ses chants Vâme de ses frères. Une cons- « dence profonde des devoirs sociaux, telle est la condi- « tion d'une poésie personnelle et sociale à la fois ». Et ils entonnèrent, chacun selon son tempérament, Vhymne des Temps Nouveaux. C'est au hasard do la. plume que, maintenant, il nous faut nommer Emile Benoist, auteur des Vagabonds, Paul Hubert (1) et Eugène Hollande (2), Emile Trollict (3) mort récemment, Georges Picch et Van der Elst (4), André Delacour (5) et Georges Thouret (6), /'. Fahié (La Terre) et Hubert-Fillay (7), Godin (La Populace) et Henri Delislc (8), André Ibels (Les Cités Futures), Floris Delattre (9), que d'autres/

Leur valeur est d'ailleurs inégale. JRoinard (10) a eu des cris de révolte singulièrement pjiissants, comme jadis Mme Acl-ermann (11), mais il convient peut-être, car ils sont plutôt philosophiques, et moins sociaux que révolutionnaires, de les ranger très à part. Orner Chevalier (12) est aussi fougueux, mais plus mesuré. Jehan Rictus (13) et Aristide Bruant (14), méritent une mention spéciale pour leur langue faubourienne; mais le second s'est feuilletonnisé, mercantilisé, tandis que le premier se résignait fièrement à une sincérité qui ne se monnaie pas! Gabriel Clou-

(1) Au cœur ardent de la cité (Fasquelle).

(2) La Cité future (Fasquelle).

(3) Les Routes fraternelles (Lemerre).

(4) Veilles et Lendemains (Ollendoi'ff).

(5) Lts Oasis (1907), Le Don df Soi (1908).

(Il) Né au Havre, le 15 Décembre 1866: Bluette et Rêveries, Mon Ame (lW3i. etc.

(7) Avocat blésois, auteur des Poèmes Maudits (1907), etc.

(8) Né à Amiens, en 1878: Chansons dolentes et joyeuses (1899)» Pour la Cite (l'M), Heures (1901).

(9) Nù en 1S80 : Les Rythmes de douceur, etc.

(10) Né A Neufchùlt'l-en-Brav, en.l856 : .Vus plaies <1886), la Mort du Rêve (1!»02). etc.

(11) Né«« 1« liO novembre 1813, morte en 1S90: Poésie» philosophiques Il «74), etc.

(12) Lpm Révoltée, le Livre îles Parias.

(13) Ni- à |{ouloKne-sur-Mei\ en septembre 1S67: Les Soliloques du l'fwre flS',»5), Doléances (ISW), Cantilèncs du malhrur (VM)2), etc.

N»' :"i Courlenay (Loiret): Dans a rue (lî^d), Cluxnaoiis nou- (\y>*>], Sur la 7'oute, etc

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